Livre vert, xxx111 quater, page
mançquaient, et les nouvelles indirectes disaient que le bataillon: Galliano arrivait environné par les Abyssiniens. Le lieutenantcolonel Galliano lui-même m'avait fait dire, puisqu'il ne pouvait pas écrire, « qu'il était tenu en quelque sorte comme prisonnier ». Ce qui semblait certain, c’est qu’au loin, vers Le sud, il y avaitun déplacement de toute l’armée choanne, dans la direction d’Ausien. On soupçonna que le bataillon Galliano, avec les troupes de ras Maconnen et des Tigrins, servait aux Choans pour couvrir leur marche, dans l'espoir que nous n’aurions pas attaqué pour ne pas exposer les nôtres à un massacre éventuel. Des informateurs, envoyés du camp des bandes indigènes (Mai Meghelta) par le capitaine Barbanti, donnaient comme certain que le bataillon était désarmé.
Mais ces bruits et ces soupçons étaient en grande partie exagérés. Les défenseurs de Macallé étaient escortés, c'est vrai, — et cela semblait pénible au brave lieutenant-colonel Galliano ; — mais (comme l’assurait Maconnen, d’ailleurs, c'était dans l’ordre des choses et conforme aux habitudes) on les escortait afin de les préserver des attaques des hordes abyssiniennes, qui auraient pu empêcher l'exécution de la convention. La précaution semblait d'autant plus dure et d'autant plus suspecte que d’abord la colonne s'était dirigée directement de Macallé sur Dongolo, puis elle avait obliqué vers Ausien, objectif de toute l’armée choanne. On ne peut pas cependant nier que le negus neghesti et les siens n'aient eu l’ingénieuse idée de se servir du bataillon Galliano comme d’un bouclier contre les attaques qu'ils crai: gnaient d'Adagamus. DR
Pour la troisième fois, depuis Amba Alagi, revenait la ques= üon de l'offensive, non pas, cette fois, contre un ennemi en po sition, mais contre l'ennemi marchant vers Ausien. Or, nous n'étions point en état de prendre l'offensive avec quelques pro babiltés de succès, car il aurait fallu porter nos troupes noires et blanches à deux journées de marche, en moyenne, de notre base d'opération; de plus, les vivres étaient rares, les convois" manquaient, et les bataillons italiens arrivaient lentement s sur la position d'Adagamus. | . Tout le monde sait comment se “déplésen les armées abyssi-. niennes, qui, même dans des contrées très accidentées et dépour-
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vues de routes, Dons avancer sur un très large front, grâce à leur agilité, grâce aussi à ce que leurs mouvements ne sont pas génés par les impedimenta. Les marches pendant le Jour sont courtes, bien qu'ils soient lestes et bons marcheurs; ils s’avancent par bandes groupées pour former de grosses fractions. Ces fractions peuvent rapidement faire face de n'importe quel côté, Surtout parce que la surveillance rapprochée est exercée par des avant-gardes et des flancs-gardes composées de cavalerie. Ils dressent le camp d’après l’ordre de bataille, autour des tentes des chefs, près de l’eau; mais surtout dans le voisinage d’une bonne position tactique. [ls marchent presque en ordre de combat, ce qu’il nous serait absolument impossible de faire dans un semblable terrain. Voici un croquis PRO de la marche d’une armée abyssinienne : .
AVANT-GARDE (Fitaurari)
AILE GAUCHE AILE DROITE (Grassmac) j {Cagnasmac)
ARRIÈRE-GARDE' (Mobo)
Le pays entre Macallé et Ausien, bien qu’il soit ondulé et toupé par des précipices, est en grande partie découvert; des hauteurs, la vue s'étend largement au loin. Il y a des crevasses et des fentes longitudinales avec des gonflements : ces accidents sont produits par les masses granitiques en décomposition et par les torrents qui, du massif de l'Haramat, descendent vers le Tacazzé et coupent les voies de communication avec Adagamus. Tout cela rend le terrain singulièrement malaisé, tourmenté, découpé, . difficile pour les mouvements des troupes blanches,
tandis que, dans le cas présent, le terrain était favorable aux mouvements des troupes ennemies, qui s’embarrassent peu des pierres, des racines, des trous et des rochers. C’étaient autant d'obstacles à notre marche et autant de facilité pour la marche ennemie. Pourtant, les jours précédents, je m'étais flatté de pouvoir faire une manœuvre offensive dès que j'aurais eu toutes les troupes sous la main et en ordre. En cas de marche de l’ennemi sur Ausien, j'avais pensé à marcher avec deux colonnes : une colonne extérieure, composée d'indigènes et partant de Mai Meghelta; l’autre colonne intérieure, composée de troupes blanches, partant d’'Adagamus et appuyée à Amba Sion!. J’envoyai étudier le problème, sur l’échiquier, par les colonels Valenzano et Albertone, qui poussèrent jusqu’à Ausien. Maïs tout mouvement offensif de notre part — en dehors de la structure topographique du terrain et du nombre des ennemis — était subordonné à la possibilité de surprendre cet ennemi; il était aussi fonction de la concentration, à Adagamus, non seulement de tous nos hommes, mais encore de tous les moyens permettant d'aller de l'avant. Dès ce moment, l'emploi du nombre sur le théâtre de l'action devenait une question péremptoire.
Il est étrange que l’on ait cru que le negus neghesti, pour venir à Ausien (Hausen), ait dû prêter son flanc {droit aux troupes concentrées à Adagamus. Même une fois arrivé à Ausien, il nous faisait d'autant mieux face qu’il maintenait son ordre de bataille; car Ausien était au sud-sud-ouest d'Adagamus, et séparé de cette localité par environ 37 kilomètres de route ouverte et découverte, de sorte qu'il était impossible de dissimuler une opération de notre part; en même temps, cette route était coupée iransversalement par les lits des torrents et les profondes crevasses des versants. Il faut encore penser que notre ligne d’opé: ration se serait prolongée de deux autres journées de marche au delà d’Adagamus, et que, par suite, la question des ravitaille= ments se serait encore davantage compliquée.
Dans ces conditions, il n’était pas possible, dans un pays hos= tile, de surprendre un ennemi aussi attentif et avisé, qui s’avan-
çait vers Ausien avec tous ses convois sur le flanc extérieur
(ouest) et avec le bataillon Galliano sur le flanc intérieur (est).
1. Voir notre carte générale de la colonie à la fin de ce volume.
Peut-être avait-il l’intention de venir nous attaquer à Adagamus, où nous étions prêts à lutter contre lui quelle que fût sa supériorité numérique.
Au contraire, en nous portant en avant, — sans pouvoir compter sur la surprise, — nous risquions d'être pris dans un étau, surtout sur un théâtre d'action qui permettait, qui obligeait même une grande masse à exécuter ces mouvements tournants si chers aux Abyssiniens et si employés par eux dans toutes leurs guerres.
Si donc l'ennemi a voulu se servir du bataillon Galliano comme d’un bouclier contre un éventuel mouvement offensif de notre part, il a manqué son but, parce que nous n'étions nullement en état de l’attaquer. Si l’attaque avait présenté quelques probabilités de succès, personne n'aurait hésité à aller de Vavant, parce qu'aucune convention, pas méme une tréve verbale, nengageait notre action; parce qu'à la guerre on songe seulement au but suprême, la victoire, sans se laisser influencer par des motifs partiels ; parce que, en certains cas, le bataillon Galliano, composé d'hommes décidés à tout, au lieu de nuire, aurait pu concourir à l'action finale; parce qu’enfin le succès nous aurait donné la revanche d’Amba Alagi et de Macallé et aurait sauvé la colonie de l'invasion.
Il faut enfin remarquer que (ainsi qu’il résulte de mon télégramme du 28 janvier aux ministres de la guerre et des affaires étrangères!) la brigade Dabormida, qui manquait de convois, aurait pu quitter Adigrat pour Adagamus que le 30 janvier, est-à-dire lorsque le camp ennemi était déjà installé à Ausien. Par suite, pendant les jours précédents, l’attaque n'aurait pu ‘être faite que par les bataillons indigènes (brigade Albertone) et la brigade Arimondi; or cette dernière n’était pas encore au complet et manquait de bien des choses nécessaires à l'action. “Mais le chef du gouvernement en Italie était impatient, et le 29 janvier il télégraphiait : « Dans toute la conduite de l'ennemi Jjevois un piège. Il avance sans combattre vers le territoire que nous occupons. Veillez et mettez notre armée en état de pouvoir attaquer et de pouvoir répondre à l'attaque. (CrisPr?.)
Le même jour, 29 janvier, le général Mocenni, ministre de la guerre, me télégraphiait entre autres ceci : « La présence de ce