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mouvement tournant éventuel. Le long de cette route (Adigrat- Entiscio-Adoua), on aurait ensuite pu ouvrir (comme l’a fait le chef de l’intendance, le lieutenant-colonel Ripamonti) une route plus directe de ravitaillement par Debra Damo et Mai Maret, sur la route de Sénafé. On aurait pu arriver en bonne position au contact de l’ennemi, en ayant le flanc gauche couvert par les montagnes déjà décrites de l’Augher, et — ce que l'on ne doit jamais oublier dans des pays aussi arides — dans une position pourvue d’eau, car, dans les endroits où l’eau n abonde pas, il est impossible de faire séjourner beaucoup d'hommes et beau» coup d'animaux.
Le soir même du jour où l’on signala que l’ennemi se dépla: çait, je réunis les trois commandants de brigade, c’est-à-dire les généraux Arimondi et Dabormida et le colonel Albertone, avec le chef d'état-major, sous ma tente, près du col d'Adagamus ; et; après m'être informé des conditions morales et matérielles des brigades, je donnai des ordres pour lever le camp d’Adagamus, pour faire diriger par le col d’Alequa les approvisionnements venant d’'Adigrat vers l’Entiscio et pour faire marcher les irous
pes le matin suivant sur la route Adigrat-Entiscio.
Depuis l’angle sud-ouest de la combe d’Adigrat, la route monte très rapidement, entre le mont Andiel (3,106 mètres) et le mont ÂAlequa, au col d’Alequa ; puis elle se déroule au milieu des combes de la montagne, couvertes de champs cultivés, laissant çà et là quelques misérables villages, pour descendre au Mai Mer: gaz, affluent du Mai Calai, qui se jette à son tour dans le Bélésa:
La première marche (1° février) s’exécuta en ordre jusquà l’ouest du col d’Alequa; les bandes marchaient en tête sous les ordres du capitaine Barbanti; venait ensuite la brigade indigène constituant l’avant-garde; la brigade et les bandes étaient com mandées par le colonel Albertone, promu quelques jours après au grade de major général. La brigade Arimondi, puis la brigade Dabormida, suivaient. Le mouvement fut un peu troublé et retardé par une fausse alarme venant d'Adagamus. Cette alerte avait été produite par quelques paysans ou brigands armés qui selon la coutume abyssinienne, voyant que nous nous retirions, s'étaient approchés de la position. Cette fausse alerte avait amené une partie de la brigade Dabormida à prendre sa formas tion de combat entre Adagamus et Adigrat.
Cette circonstance, jointe à l’inévitable allongement de la colonne, au milieu de ces précipices et dans ces montagnes resserrées, fit que le mouvement dura jusque dans la nuit avancée; mais nous n’eûmes pas à déplorer d’inconvénients plus sérieux. Le chemin parcouru n'était pas considérable, et les soldats, qui étaient conduits avec prévoyance par leurs commandants, avaient pu tranquillement faire cuire leur ordinaire. Les inconvénients étaient les inconvénients habituels, quelques-uns irréparables, tels que ceux provenant de la chaussure et du manque de bâts : les autres étaient réparables par l'expérience, comme la façon de porter les vêtements, la façon de marcher réunis et à une allure convenable, la façon de charger les convois, qui variait selon l’habileté, la pratique, le zèle et l'intelligence des officiers. L'esprit, en général, était martial, et les conditions morales et physiques étaient bonnes; mais la prestance des troupes laissait à désirer.
Le lendemain (2 février), le corps d'opération marcha encore pendant huit heures dans la direction générale d'Adoua, pré-
cédé à bonne distance par la brigade indigène et par les bandes; le flanc gauche était couvert par la barrière de montagne de l’Augher, souvent décrite, que gardaient des détachements indigènes, sous le commandement du major Valli. Le soir, les brigades blanches s’arrêtèrent dans la belle combe de Seriro, pourvue d'eau, de paille et de bois, tandis que l'avant-garde se hâtait d'aller à Mai Gabeta afin d’en prévenir l’occupation éventuelle. Le lendemain encore {3 février), tout le corps d'opération était :réuni à Mai Gabeta, position qui, pour le moment, répondait à idée directive de garder la colonie, en nous plaçant de façon à faire face, avec peu d'hommes, à un grand nombre d’ennemis et | d'amener même ceux-ci à nous attaquer sur des hauteurs domimantes protégées sur les flancs. En effet, nous avions à gauche les ramifications septentrionales de l’inaccessible mont Augher; ä droite, la crête était terminée par un précipice. L'attaque enne- Lie aurait dû se produire de front, par des vallées enchevêtrées, Contre deux espèces de bastions que couronnait notre brigade indigène.
À peine arrivées au camp, les troupes s'étaient mises au tra- Vail pour ouvrir des communications, pour se couvrir par de Petites tranchées, pour aplanir le sol, pour détruire les herbes
et les buissons qui encombraient les approches, sur notre front,
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et diminuaient l'efficacité du tir. En étant à Mai Gabeta, il ne nous. semblait pas probable que l'ennemi dût s’avancer, par la ligne d'invasion du Faras Mai, vers l’Oculé Cusaiï, sans venir nous atta* quer. Dans ce cas, nous voyions chaque jour augmenter pour nous les probabilités du succès.
Les informations disaient que l’ennemi était dans la plaine du Faras Mai et qu'il avait l'intention d'occuper le nœud de monta= gnes du Gundapta, situé précisément entre Mai Gabeta et Adoua*
De la région du Gundapta, deux routes conduisent au Bélésa, et par suite dans l'Oculé Cusai. Il semblait probable que l'ennemi, ne se dirigeant pas de suite sur Adoua, cherchait à se servir de ces deux voies pour pénétrer dans le cœur de la colonie, dans cette double hypothèse : ou bien qu’il n'avait pas trouvé sur son: flanc le corps d'opération italien, ou bien, s'il l'avait trouvé, quil l'avait battu.
Il n’était ni prudent, ni habile, ni conforme aux habitudes de guerre des Abyssiniens de nous laisser sur leur flanc droit sans nous attaquer; car ils devaient se mêttre en longues files sur des routes désertes, manquant d'eau, coupées par des précipicess avec des procédés de ravitaillement complètement en désordres et en traînant derrière eux des bagages et des bêtes de sommes, S'ils l'avaient fait, tant mieux pour nous! |
La position de Mai Gabeta avait aussi l’avantage de couvrir | directement notre voie de réapprovisionnement plus courte et. plus sûre que celle faisant le tour par Adigrat, c’est-à-dire de voie Mai Gabeta-Debra Damo-Mai Maret, qui allait s'ouvrir dès | que les travaux indispensables d'aménagement seraient terminés»,
Mais la position de Mai Gabeta! avait plusieurs défauts stras, tégiques et tactiques. Les premiers se résument en ce qu'elle, était trop en arrière, par rapport à l'ennemi, et par suite hors de portée de sa vue {même de loin) ou d’une exploration éloignée
1 Les télégrammes adressés de Mai Gabeta sont datés de Mai Memen:| Mais Mai Memen est un petit cours d’eau de la région; les hauteurs de Mai, Gabeta prirent leur nom du cours d’eau qui y coule à l’est et qui donneson, nom à toute la combe. Du reste, la confusion des noms est fréquente dans une région aussi peu peuplée, où l’on n'a pas grand besoin de distinguerles localités, où les points topographiques sont indéterminés, et où un même nom indique souvent un col, une montagne, un cours d’eau et une plaine ll est presque inutile de dire que mat veut dire eau, comme amba et debra veu: lent dire montagne; adi, village; enda, demeure; rora, lieu cultivé, etc. «|
faite par lui; par conséquent, il n’était pas suffisamment probable qu'en occupant cette position nous le déciderions à nous attaquer. Les seconds (défauts tactiques) se rapportaient à la forme trop embrouillée, trop escarpée et trop couverte des flancs, à la difficulté de diriger l’action des troupes, à la maigre offensive que nous aurions pu développer sur le front, en cas de succès.
Je jugeai donc opportun de faire un bond en avant et d’occuper une position nous permettant d’être plus en contact avec Pennemi et d'avoir mieux les troupes sous la main, pour en diriger et surveiller les mouvements; toutefois elle devait avoir les autres avantages de la position de Mai Gabeta. La localité de Lucuz me semblait pour le moment remplir ce but; elle avait le mérite inestimable d’avoir, dans la belle combe d’Entiscio, de
| Peau, de l'herbe et du bois en abondance; et, ce qui nous impor-
tait le plus, nous aurions, dans cette position nouvelle, de plus grandes chances d’être attaqués par l’ennemi, qui, du haut des monts de Sauria, aurait assisté à notre manœuvre.
À la suite d’une reconnaissance offensive faite par moi, le 5 féwrier, avec le bataillon alpin, une partie des bandes et un bataillon indigène, tout le corps d'opération, le 7 février, occupa les hauteurs de Tucuz dans l’ordre suivant :
Brigade indigène (6 bataillons indigènes, 2 batteries de monbtägne, 2 batteries à tir rapide) en avant, à gauche, sur les contre- “orts septentrionaux du mont Augher; un bataillon {le 7°, major INalli) comme extrême gauche. Les bandes, sous les ordres du Wcapitaine Barbanti, au col de Zala, qui, la veille, était occupé par les Abyssiniens, et où, disait-on, Ménélick lui-même s'était porté le jour de ma reconnaissance.
mn Les bandes constituaient donc l'avant-garde et occupaient une Morte position dominante et défensive.
| Brisade Dabormida, à l'aile droite (6 bataillons européens, 1 ba- Mtaillon indigène); le bataillon de milice mobile, indigène, sous les ordres du major De Vito, gardait une hauteur en forme d’amba, lqui était accessible seulement par deux sentiers permettant de communiquer avec la brigade.
Brigade Arimondi, au centre (6 bataillons avec G batteries de Montagne) ; les bataillons étaient échelonnés de la combe vers | Entiscio, à cheval sur la hauteur que couronnent les sycomores et l'église de Tucuz.
Réserve. Elle était constituée par les deux régiments Nava et Romero {6 bataillons), un peu en arrière, vers la gauche, sur la hauteur de Tucuz ; la réserve avait été formée en enlevant un régiment à la brigade Arimondi et un régiment à la brigade Dabormida; ces brigades étaient auparavant trop fortes pour manœuvrer dans ces terrains.
De bien des points des hauteurs avoisinantes, on voyait, toutes blanches, à la distance de quelques kilomètres, les petites tentes éthiopiennes, placées par groupes, sans ordre déterminé; au mi: lieu d'elles, se détachaient çà et là des tentes notablement plus grandes et plus élevées. Nos campements étaient masqués à la vue de l’ennemi.
L'armée éthiopienne avait donc abandonné la forte position de Sauria, dominant à l’ouest la combe d’Entiscio, et s’était retirée vers Gundapta. Peut-être voulait-elle aller à Adoua, car elle avait grand besoin de se ravitailler; peut-être voulait-elle, de là, tenter un coup de main vers le Mareb, contre le Seraé ? Il fallait donc faire un nouveau bond en avant pour conserver le contact de l'ennemi, ou le provoquer au combat, et l’amener (en menaçant ses derrières, s’il se retirait, ou sa ligne d’opération, s’il marchaït vers le nord) à nous attaquer dans une position comme Sauria, le contrefort septentrional le plus élevé du mont Augher. Ce contrefort forme une espèce de barrière qui coupe transversales ment à la route de Mai Gabeta à Adoua et garde au loin les com= munications entre le Faras Mai et l’'Oculé Cusai. Cette position de Sauria, grâce à sa situation dominante, grâce aux obstacles existant sur ses flancs, aurait compensé notre infériorité numé= rique et aurait augmenté nos avantages en donnant beau jeu à la portée et à l'efficacité de nos fusils et de nos canons, et en per-
mettant à nos troupes de manœuvrer dans le rayon de l'action tactique. | Aussi, le 13 février, je résolus de ranger les bataillons sur les. hauteurs de Sauria, qui soutiennent et dominent le col de Zalas: La route traverse la combe d’Entiscio et monte, en | dans la direction des monts de Guldam et de Gundapta. Après
avoir franchi le col, long et encaissé, de Zala, la route tourne un
1. On trouve ce nom écrit de plusieurs facons : Tzala, Zahala, Zaloet.
même Zahalo. Mais il me semble qu’en l’écrivant simplement Zala, cela correspond mieux à la prononciation abyssinienne. |
peu sous la position, descend vers un torrent [le Mai Cherbara), puis monte lentement vers les montagnes indiquées plus haut où était le camp du negus neghestit.
Les brigades avancèrent en ordre, couvertes par l'avant-garde, qui, comme on l'a dit, occupait déjà le mont de Sauria. Elles couronnèrent les hauteurs à peu près dans l’ordre indiqué plus haut, c’est-à-dire : le bataillon De Vito, de milice mobile, attaché à la brigade Dabormida, était à droite, sur le col même de Zala; au centre était la brigade Arimondi, et, immédiatement derrière, la brigade de réserve; à la gauche se trouvait la brigade indigène.
On donna les ordres les plus formels aux troupes de débarrasser le champ de tir en avant d'elles, de construire des retranchements sur leurs positions, de rendre plus rapides et plus faciles les communications en arrière avec Entiscio, où fut établi le lieu de réapprovisionnement et d'étape. Naturellement on organisa un rigoureux système d’avant-postes et de patrouilles périodiques et non périodiques. Tout le monde, dans sa sphère d'action respective, se mit au travail avec un excellent esprit militaire et avec énergie.
Le 13, dans la matinée, pendant que nous prenions position et pendant que les troupes étaient presque toutes en ordre de combat, il sembla que l'ennemi allait se décider à l’attaque. C'était d'autant plus vraisemblable que, la nuit auparavant, les bandes de ras Sebath, nommé par le gouvernement italien chef de l’Enderta, et de degiac Agos Tafari, nommé chef de l’Agamé, avaient déserté notre camp, avec environ 600 fusils. De grosses fractions abyssiniennes étaient sorties des tentes du camp, placé entre les monts de Guldam et de Gundapta, et, en deçà de ces monts, elles Sétaient groupées sur un front assez large, et leurs mouvements étaient parfaitement visibles de nos positions. Le fourmillement des hommes, au delà de la rive occidentale du Mai Cherbara, dura peut-être jusqu’à midi : puis, peu à peu, tout disparut derrière les tentes. Tout le monde, dans le corps d'opération italien, désirait Pattaque, non seulement à cause de la bravoure individuelle et du
désir de combattre, mais parce que l’on avait conscience de pou-
voir la repousser grâce aux avantages de la position. Or une attaque repoussée, dans ces circonstances [les Amahras y ayant
1. Voir De Sauria à Adoua, esquisse démonstrative annexée au chapitre
pris part), était le commencement de la solution, sinon la solution même de la campagne.
Pendant la nuit du 12 au 13 février, les bandes de ras Sebath et de degiac Agos Tafari avaient déserté. Le capitaine Barbanti connaissait depuis longtemps ces deux chefs agamites, depuis qu’il avait été résident dans l'Oculé Cusai; il savait combien peu on doit se fier aux serments des chefs abyssiniens ; il connaissait les aspirations exagérées de l’un et de l’autre ; il les surveillait en cherchant à utiliser la rivalité, ou pour mieux dire la profonde inimitié qui les séparait. Toutefois, il considérait que depiac Agos Tafari non seulement nous était resté fidèle pendant la période critique Halai-Adoua-Coatit, mais qu'il était entré dans l’Agamé à la poursuite de ras Mangascia, qu'il avait occupé ce pays pen: dant des mois contre ras Mangascia, et qu'il avait reçu de nous la seigneurie de l'Agamé. Il considérait aussi que ras Sebath avait, été récemment délivré par nous de la prison où le maintenait depuis longtemps ras Mangascia, et il savait la haïne féroce qu il nourrissait pour Mangascia qui l'avait fait lier traîtreusementet. qui avait donné son territoire à Tesfai Antalo. Or ras Mangascia et Tesfai Antalo étaient très en faveur dans le camp abyssinien. Il faut dire aussi que ras Sebath et degiac Agos Tafari avaient combattu à Amba Alagi. Il faut ajouter encore (comme explication spéciale) que, d’après les exemples antérieurs, on considérait, il est vrai, les chefs abyssiniens comme disposés à la trahison, mais plutôt dans le domaine politique que dans le domaine mili=,
[l (il
taire, et Jamais sur le champ de bataille. |
De toute façon, la trahison dut être préparée et conduite avec, une rare simulation, pour que les indices en aient échappé aux, regards expérimentés et vigilants de Barbanti, de Sapelli, de, Lucca et des officiers affectés aux bandes. Ces officiers avaient,
leurs tentes près de celles des chefs; ils vivaientavec eux, et aucun | mouvement du camp ne pouvait leur échapper; les précipices existant sur le front paraissaient rendre impossible toute évasion; | et ils croyaient pouvoir tout surveiller avec leurs espions. | |
La perte de 600 hommes ne constituait pas, par elle seule; un grave dommage; mais elle ébranlait notre confiance dans les | bandes; elle nous obligeait à prendre de grandes précautions et | à employer pour la garde des communications des forces qui