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auraient été précieuses au jour décisif. Elle nuisait au prestige italien dans notre camp et dans le camp ennemi, et elle fournis- Sait aux Choans et aux rebelles des quantités d’informateurs et d'espions. Elle troublait profondément le pays et elle était le signal de la révolte sur le théâtre même de la guerre.
Ras Sebath connaissait parfaitement la région, même au point de vue militaire. Comme ancien chef de l’Agamé, il avait défendu Ce pays avec succès, quelques années auparavant (1890), contre une tentative d’invasion choanne venant de Macallé et dirigée sur Adagamus ; il l'avait défendu aussi contre les attaques des Tigrins venant d'Adoua par l’Entiscio et par Alequa, ou par Debra Damo, contre Adigrat. Et puis, en nous servant, il avait pu non seulement voir notre façon d'explorer, de nous garder et de combattre, mais encore il avait pu renouer des liens de familiarité avec les populations dont il avait été éloigné pendant deux ans. L'importance de notre communication avec Adigrat n'avait pas pu échapper à son œil éclairé, — et il avait pu voir combien cette communication était exposée à quelque hardi coup de main ou à quelque Surprise, à travers la chaîne de montagnes qui protégeait, sur le flanc gauche, d’Entiscio à Adigrat, le mouvement des Italiens. Lui et la plupart des siens connaissaient tous les secrets de ces montagnes, qu’ils avaient parcourues, observées et décrites pour le compte même des Italiens.
Toutefois, le chef agamite ignorait probablement que déjà les ravitaillements étaient dirigés, sur la position de Sauria, par la route de Mai Maret et de Debra Damo, et que, par suite, les caravanes de vivres étaient indépendantes d’Adigrat, à l'exception tependant des provisions accumulées-dans la place même d'Adigrat, pour la consommation du corps d'opération.
En tout cas, pour assurer nos relations avec Adigrat par le col d'Alequa, je télégraphiai au lieutenant-colonel Ferrari, commandant la place forte d'Adigrat, d'envoyer un détachement à l’étape d'Atebes, sur le Mai Mergas, à une heure et demie à l’ouest du col d’Alequa.
Cette mission fut confiée au capitaine Moccagatta, avec 350 hommes, dont 200 blancs ; une escouade du chitet [milice territoriale indigène) gardait le col; une autre escouade du cAitet gardait aussi le col de Seeta, par lequel passe un sentier qui, partant des environs de l'Amba Sion, conduit dans la combe d’Adigrat. La
porte de la combe d'Adigrat, vers le sud, est constituée par le col d'Adagamus. Mais il y a aussi les fenêtres praticables de Seeta et d'Alequa, et naturellement les rebelles cherchaient à isoler notre fort, en occupant les montagnes qui l'entourent et où ils trouvaient des montagnards amis et alliés.
Notre poste d'observation de Seeta, dans la nuit du 13 au 14 février, fut attaqué et dispersé. Alors le lieutenant-colonel Fer= rari, « dans le but de renseigner le commandement général sur les forces de l'ennemi » {comme il le dit dans son rapport}, envoya 70 hommes en reconnaissance, sous le commandement du lieutenant Cisterni; il fit, plus tard, soutenir ces hommes par une escouade de 35 autres, sous les ordres du lieutenant de Conciliis; mais ces deux détachements furent repoussés.
Le lendemain (15), le capitaine Moccagatta, qui, comme com: mandant d'Atebes (Mai Mergas), dépendait directement du quartier général, envoya deux détachements pour renforcer la po= sition d'Alequa; d’abord un, composé de noirs, puis un autre composé de blancs. Mais les uns et les autres durent se laisser surprendre pendant la nuit, car le lendemain matin le capitaine Moccagatta, s'étant dirigé lui-même, avec le restant de ses forces, vers Alequa, trouva le col occupé, sans que, à une heure et demie de distance, il ait entendu le bruit du combat.
En effet, croyant le col occupé par les nôtres, il s’en approcha à courte distance, et il fut accueilli si subitement par les déchar: ches de l’ennemi, qu’il dut retourner à l'étape.
Dès que je connus le fait de Seeta, j’expédiai le 7° bataillon indigène, sous les ordres du major Valli, et deux compagnies indigènes commandées par le capitaine Oddone. Oddone, s'étant. réuni à Moccagatta, attaqua l'ennemi au col d'Alequa et l'en. chassa, tandis que le major Valli en faisait autant pour le col de Seeta!. ;
L’insurrection s’accentuait dans l’Agamé. Ras Sebath et depiac Agos Tafari, unis, pour le moment, à nos dépens, avaient ras: semblé environ 1,500 hommes, pris parmiles bandes de brigands qui occupaient la montagne. Ils cherchaient évidemment à nous couper de notre ligne de réapprovisionnement qui, par Debra Damo et Mai Maret, conduisait à Sénafé et à la base d'opération:
1. Ces faits sont racontés par les télégrammes des 18, 21 et 23 février, n°444, 453 et 454 du livre vert, xxI11 bus.
Le point de Mai Maret était pour nous d’une importance capitale, puisqu'il était aussi commun à la ligne d’Adigrat. J’ÿ envoyai donc, le 17, le colonel Stevani, de la brigade Arimondi, avec 3 bataillons (un de chasseurs et deux de bersagliers), une batterie et deux compagnies indigènes. En même temps, j'appelais, d’Adi Ugri à Mai Maret, le colonel de Boccard avec ses trois bataillons !.
Par le départ du régiment Stevani, du bataillon Valli, du demibataillon Oddone et d’autres détachements, chargés de protéger nos relations avee Debra Damo, le corps d'opération avait été diminué d'environ 1,400 blancs et peut-être de 2,000 indigènes réguliers ; c’est-à-dire d'environ le cinquième des combattants. Et comme, pour garder la direction du Mareb, on envoyait le bataillon Am eglio (5° indigène moins une compagnie), — 1,300 hommes avec les bandes du Seraé, — on eut ces jours-là, sur la position de Sauria, l'effectif minimum des combattants, c'est-à-dire :
M bataillons d'Afrique ....................... 6,350 fusils. dignes... ........ 4,505 — 1 es de milice mobile et le chitet d'Asmara. 4,060 - — RS RE PE à 370 — . avec 50 canons. 12,285 , —
Mais, comme la position de Sauria était une excellente position
défensive, convenablement fortifiée, et comme elle avait ses flancs
bien appuyés et difficiles à tourner, on pouvait avoir toutes les probabilités de repousser une attaque quelconque, bien que notre nombre fût singulièrement réduit. Pendant ce temps-là, l'ennemi disparaissait derrière les montagnes de Gundapta, et — après avoir fait mine de se diriger vers le Faras Mai, pour couvrir son mouvement et l'élargir — il se retirait, en grande partie, dans la combe d’'Adoua, en laissant, dans les défilés qui nous faisaient face, de grosses bandes de soldats.
1: Voir notre carte générale de la colonie à la fin de ce volume.