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CHAPITRE II

AGORDAT

Le mahdisme. — Les tribus du Barca et le fort d’Agordat. — Le corps de Ghedaref et le camp de Cassala. — La marche d’invasion. — Concentration dans le Barca et victoire d’'Arimondi à Agordat!.

Vers l’ouest, à cause des Derviches, la colonie de l'Érythrée avait à triompher de difficultés très sérieuses. Ces difficultés devaient naturellement influer souvent sur notre politique vers Je sud, c'est-à-dire vis-à-vis des Abyssiniens. Le mahdisme, soutenu par l'autorité arbitraire et absolue d’un chef, qui réunit en lui tous les pouvoirs religieux, politiques, civils et militaires, avait étendu, et étend encore, sa domination sur les terres baignées

par les deux Nils, depuis les anciennes provinces égyptiennes de

l'équateur jusqu'à la Nubie, depuis les pentes occidentales de l’Abyssinie jusqu'aux frontières du Darfour. Il couvre ainsi une superficie plus vaste que l'Éthiopie tout entière et presque quatre fois plus grande que l'Italie.

La sentinelle avancée du mahdisme contre la colonie de l'Érythrée était le camp de Cassala. C’est de là que partaient souvent les razzias qui se dirigeaient soit vers Souakim et Tocar, soit contre les tribus nomades de notre frontière occidentale.

Pour garder cette frontière, pendant que je commandais la

1. Les dates suivantes peuvent aider à la clarté du récit : Premier combat d’Agordat, 27 juin 1890.

Construction du fort d’Agordat, 20 novembre 1890. Combat de Serobeti, 16 juin 1892.

Concentration des Derviches à Cassala, novembre 1893. Seconde bataille et victoire d'Agordat, 21 décembre 1893.

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zone de Chéren, en automne 1890, j'avais commencé la construction du fort d’Agordat, dans une localité apte à la défensive, sur le point de passage obligé pour les routes qui conduisent du Gasce dans la région de Chéren. À Agordat, on avait mis une garnison, composée d’une compagnie d’indigènes réguliers, renforcée et couverte par les bandes armées des Beni Amer, des Sabderat et des Alghedens, tribus demi-nomades de la frontière de l'Érythrée vis-à-vis du Soudan.

De même qu’en juin 1890, en juin 1892, les hordes mahdistes de Cassala tentèrent un. coup de main vers Agordat, contre les tribus assez riches en grains et en troupeaux. Mais elles furent brillamment battues à Sarobeti (16 juin), à une marche au delà d’Agordat, par le capitaine Hidalgo, avec 300 des nôtres (tant ascaris que bandes) qui eurent à lutter contre 900 Derviches, dont 100 étaient montés.

Alors les Derviches du Gasce et de l’Atbara semblèrent vouloir perdre l'habitude des razzias et faire du commerce avec les tribus voisines qui étaient protégées soit par nous, soit par les Anglo-Égyptiens de Souakim. Vers la fin de l’année 1892, tout en constatant la tranquillité du pays, qui avait permis les progrès de l’agriculture ainsi que l'élevage des bestiaux sur une plus grande échelle et qui avait engagé beaucoup d’indigènes à se grouper autour du fort d'Agordat, je mettais en garde le ministre en écrivant : « Les Derviches de Cassala, soit par épuisement, soit par peur, se font à leur situation, et depuis quelque temps ils dirigent leurs razzias d’un autre côté. Toutefois, rien ne nous garantit qu'ils ne chercheront pas à tenter un mauvais coup, soit vers Agordat, soit vers les Barias. Quant à moi, tout

en considérant comme possible, en cette saison, la réunion d'un.

nombre important de Derviches, sous les ordres d’un de leurs

chefs célèbres, je crois que les dernières nouvelles concernant

la marche d'Osman Digma, avec un nombre aussi considérable. de soldats, ont été exagérées, sans doute avec intention. Ce qui

me paraît certain, c’est qu Osman Digma a fait une reconnais-… D

sance vers Souakim et vers Tocar; peut-être y était-il attiré par.

le mécontentement des natifs contre les Anglo-Egyptiens. Dans. cette entreprise, il a vu s’unir à lui plusieurs Hadendoas, passés. aux Derviches. Les Artegas se sont montrés assez favorables. |

à l’ancien chef Osman Digma. Enfin, cet ancien lieutenant du,

mahdi, ayant pressenti les difficultés et les périls, s’est retiré dans l'intérieur, en envoyant, comme d’habitude, quelques razzias pour s'assurer des vivres®. »

« Je considère comme un devoir essentiel pour moi d’être toujours sur mes gardes. Nous avons à Cärcabat, à Cassala, à Bitama, à Elit, des informateurs dont la fidélité nous est suffisamment assurée par l'intérêt. Ceux d'Elit sont en correspondance avec d'autres plus avancés. Depuis le haut plateau d’Aimasa jusqu’à

i l'antique Zaga, où le Barca tourne au nord, nous avons en avantpostes Arei uold Agaba, avec les Barias, et Mohamed Aroda avec les Adomars, fraction de la grande tribu des Beni Amer?. Les uns et les autres sont les ennemis acharnés des Derviches, à cause des sanglantes vendettas, tant anciennes que récentes, que la victoire de Sarobeti vient de rendre encore plus ardentes.

« Ils sont peu nombreux, mais ils connaïissent bien ces lieux propres aux embuscades ; ils sont agiles et pleins de bravoure. Ils sont répartis le long des puits, qui sont indispensables aux grosses colonnes en marche.

« Autour d’eux se groupent ceux qui ne sont pas soldats et qui sont armés de lances ou d'armes prises aux Derviches. Derrière eux, il y a le retranchement d’Agordat, qu'occupe une compagnie de 200 indigènes avec la petite bande d’Ali Nurin°. Cette compagnie peut être renforcée, dans une certaine mesure, par les Alghedens et les Beni Amer, qui, bien qu'ils ne soient pas guerriers, peuvent cependant être utiles dans le service d'exploration.

« Dans de semblables conditions, je crois pouvoir toujours réunir « temps des forces prépondérantes, pour faire face à une incursion quelconque des Derviches, pouvant envoyer en méme temps, de Chéren et de l'Asmara, les renforts nécessaires. À Chéren comme à Ll'Asmara, il y a, pour chaque garnison, un escadron de cavalerie et une batterie de montagne, » etc., etc.

Le service d’information et d'exploration, déjà organisé par le brave lieutenant puis capitaine Spreafico, fut confié, au commencement de 1893, au lieutenant Miani, un des premiers qui,

“avec le capitaine Persico, avaient parcouru le territoire du Barca.

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