‹ Mémoires d'Afrique, 1892-1896Chapitre 111 sur 156 · REPRISE DES NÉGOCIATIONS · texte numérisé non relu

REPRISE DES NÉGOCIATIONS

Ménélick demande un personnage pour conclure la paix. — Réponse du mis nistère (28 janvier). — Le major Salsa avec ras Maconnen à Entiscio (7 fé: vrier). — Je suis autorisé à traiter (9 février). — Conditions du conseil des ministres pour traiter avec les Abyssiniens. — Question essentielle du pro: tectorat. — Rupture des négociations (11 ue" — Ras Mangascia et negus Teclaimanot. — Le prince Gubsa.

La prolongation de la guerre, l'impossibilité de réunir à a frontière un corps d'opération plus fort que celui que j'avais sous la main, les vicissitudes de la fortune, le nombre des enne= mis, les risques des batailles, la possibilité que l’armée choanne se dissipât en laissant la porte ouverte à d’autres guerres, tout. nous conseillait d’être prudents et d'examiner les ouvertures dé paix qui nous avaient été faites à plusieurs reprises.

Dans l'offre qui avait été faite et maintenue, de laisser, sans condition d'aucune sorte, sortir de Macallé la vaillante garni son, apparaissait le désir constant du negus neghesti Ménélick d’en arriver à une conclusion pacifique. Et cela non seulement avant que le bataillon Galliano arrivât à Adagamus, mais même plus tard : surtout lorsque — après avoir reçu une lettre de moi pleine de dédain, pour ne pas avoir tenu complètement la parole qu'il avait donnée de laisser absolument libre la garnison de Macallé, sans aucune condition d'aucune sorte — l’empereur relâcha les officiers qu’il avait retenus en otage (2 février); en insistant toujours sur sa demande d’avoir un officier italien d'un grade élevé pour traiter des conditions de la paix.

Certes, il aurait été difficile de s’entendre, car il nous manquait la satisfaction de la victoire, et nous ne pouvions pas tolérer de

retour des chefs rebelles dans les pays où avait flotté le drapeau italien. Mais, dans les singulières contingences où nous nous trouvions, attachés, avec nos brigades, à la ligne d’opération que nous ne pouvions plus prolonger, contraints par la disproportion des forces à une guerre pénible de positions, entourés d'embûches comme nous l’étions,... nous devions être prêts à tout, même aux sacrifices d’amour-propre et d’orgueil militaire.

Aussi, dès Adagamus, à la date du 28 janvier, je demandais quelles étaient, « dans leurs lignes générales, les intentions du gouvernement du roi, attendant des ordres dans le cas où le gouvernement du roi se refuserait complètement à traiter ». Le jour même, le ministre Blanc répondait : « Dans l’état des opérations militaires et avant que l'Italie ait remporté une victoire sur l’ennemi, le gouvernement du roi ne croit pas que l’on puisse traiter sérieusement et obtenir des conditions utiles permettant d’assurer, pour l'avenir, notre position en Éthiopie. »

Et le président du conseil télégraphiait le lendemain, 29 janvier : « Dans toute la conduite de l'ennemi, je vois un piège, » etc.!.

Le ministère était donc contraire aux négociations. Pourtant, par les télégrammes cités dans le chapitre XXIIT?, je rendais compte des forces considérables dont disposaient les Abyssiniens, Je faisais connaître nos forces à Adigrat et à Adagamus, je faisais ressortir, en les expliquant, les graves difficultés de la guerre, je prévoyais une action prochaine des Derviches et je donnais des nouvelles de la concentration mahdiste dans le Ghedaref*.

J'aurais dû, en conséquence, — selon l’opinion qui s’est formée après les événements funestes, — insister davantage pour une attitude de recueillement, en étouffant ce sentiment d’amourpropre militaire et d'honneur national qui nous excitait tous à chercher une revanche; j'aurais dû, en jugeant après les événements, faire tous mes efforts pour décider à la résignation l’opinion publique, en Italie, qui poussait à la hardiesse; j'aurais dû amener le ministère, impatient de victoires et dégoûté de ma prudence, sur le terrain des négociations, avant d'affronter une bataille décisive.

1. Livre vert, xxrr1 bis, n°5 363, 364 et 369. Voir le chapitre XXIV.

2. 26 décembre, 18,19 et 22 janvier. Livre vert, xxrr1 bis, n°° 244, 327, 340, 3. Télégramme du 29 janvier, livre vert, xxuxx bis, n° 371.

Mais à ce moment-là était-ce possible? Un général en chef.

pouvait-il être assez sûr de lui et de sa façon de voir les choses, pour imposer une abnégation absolue à lui-même comme aux autres? Pouvait-il nourrir l’espoir de conclure une paix hono: rable pour nos armes, sans effusion de sang? Pouvait-il mon= trer une si grande indifférence de l'opinion publique? Pouvait-il renoncer à la fois à la revanche possible d'Amba Alagi et dé Macallé? aux avantages que pouvaient donner à la patrie et à la colonie les succès contre l’ennemi? à la gloire que la valeur des troupes, conduites avec sagesse et prudence, pouvait faire acqué: rir aux armes italiennes? à l’espoir de résoudre définitivement

par les armes la question abyssinienne ? Ne serait-il pas tombé

sous l’accusation de pusillanimité et d'indignité ?

Du reste, personne ne considérait comme probable (et cela semble encore merveilleux à ceux qui ne connaissent l'Abyssinie que superficiellement) qu’une telle masse d'hommes, où les contingents étaient si différents, où les idées féodales étaient si

vives, pût rester et se maintenir groupée, pendant tant de temps

dans de semblables pays. De plus, les offres continuelles de paix de la part de l’empereur Ménélick ne faisaient que nous confirmer, moi et les autres, dans cette idée que le besoin de se

séparer et de se dissoudre croissait et se propageait dans les.

masses abyssiniennes.

À Mai Gabeta, le G février, arriva un messager de Macon demandant une entreve avec moi. Le seigneur du Harar m'écris vait que l’empereur Ménélick devait rester six jours, avec son camp, à Gundapta, pour négocier. Mais je ne crus pas compas

tible avec mes pouvoirs, ni conforme à la dignité de ma charge;

ni utile pour nos intérêts, d'accepter pour moi l'invitation indis recte de Ménélick; j'envoyai donc à ma place le major Salsa; sous-chef d'état-major. Celui-ci eut un long entretien avec ras Maconnen, en présence des deux armées, près des puits d’En= tiscio. |

Les propositions officielles du negus neghesti (retour aux fron® tières du traité d’'Uccialli, etc.) n'étaient pas acceptables; mais

1. Le télégramme 403 du livre vert, xxrr bis, parle de la reine Taïtu comme si celle-ci avait envoyé le messager Uold Emanuel; évidemment ily a une erreur dans le chiffre, et l’on confond la reine Taitu avec ras Ma connen.

les confidences de ras Maconnen à notre envoyé faisaient croire

‘que l’on pouvait entamer des négociations sur la base de l’occu-

pation (tout au moins temporaire) de tous les territoires sur lesquels avait flotté le drapeau italien, donc d’Amba Alagi au Tacazzé!; mais, condition essentielle, « modification du traité d'Ucéialli ». Inutile de dire que les Éthiopiens voulaient supprimer larticle relatif au protectorat italien sur toute l’Éthiopie et les terres qui en dépendent.

À la communication de cette nouvelle, le ministère répondit

par ce télégramme du 8 février :

Vous êtes autorisé par le conseil des ministres à traiter ad referendum, en vous en tenant, autant que possible, aux clauses du projet de traité que le ministre des affaires étrangères vous a envoyé le 18 janvier dernier. Les bases des négociations doivent être, au moins, la possession définitive pour l'Italie des territoires occupés en août 1895, ligne Adigrat-Adoua, et la confirmation du traité d'Uccialli. Demandez aussi l'occupation temporaire de Macallé et d’'Amba Alagi. Gardez-vous des pièges. Ne suspendez les hostilités que si ceci nous est utile. Vous aurez les renforts demandés hier. Crispr.

Le lendemain, je recevais ce télégramme daté du 9, de Rome :

J'ai obtenu de mes collègues que l’on t’envoyät deux autres brigades et tout ce que tu avais demandé. Rappelle-toi qu'Amba Alagi et Macallé sont deux insuccès militaires, bien qu'ils soient glorieux. Souviens-toi que tu as dans tes mains l'honneur de l'Italie et celui de la monarchie. Crispr.

Pendant ce temps, le negus neghesti faisait écrire, par ras Maconnen, qu'il accueillerait avec plaisir, au camp impérial, le major Salsa. Et le 9, avant même d’avoir reçu les télégrammes précédents, je télégraphiais au ministère? :

Nos troupes et les troupes choannes sont face à face à quelques kilomètres de distance, toutes deux en bonne position. Tous les infor- Mateurs afirment que les Choans sont décidés à ne pas nous attaquer dans nos positions ; ils espèrent être attaqués dans la leur. Si nous

1. Télégramme du 7 février, livre vert, xx11x bts, n° 404. 2. Livre vert, xxr11 bis, télégrammes 406, 411 et 413.

sommes attaqués, notre succès est certain ; il est douteux si nous devons nous lancer à l'attaque de positions formidables, garnies par un ennemi plus nombreux que nous. En nous déplacant d'Adagamus pour

occuper les positions actuelles, nous avons augmenté notablement

tout au moins d’une facon transitoire, la difficulté des approvision= nements, si bien qu’il nous serait très difhcile de poursuivre l'ennemi de près, s’il s’éloignait ; de nouvelles difficultés entraveraient la pour suite après un combat heureux. Dans cette région escarpée et montas gneuse, les troupes blanches se meuvent avec difficulté et avec lens teur, en comparaison des troupes indigènes. Il me faut une prompte réponse m'indiquant les intentions du gouvernement, dans le cas où Ménélick serait disposé à traiter sur la base d’une occupation tempo raire des provinces dépendant autrefois de Mangascia. En attendant, comme je l'ai fait aujourd’hui, je continue les opérations et je réponds que, pour donner satisfaction au désir exprimé par l’empereur, j'at= tends des instructions. BARATIERI.

Les opérations s'étaient en effet continuées, puisque nous nous étions portés de Mai Gabeta à Tucuz, et nous avions exécuté des reconnaissances dans la direction du camp ennemi, comme c’est écrit dans le chapitre précédent.

Le projet de traité envoyé à la date du 18 janvier par le ministre des affaires étrangères, et dont parle la dépêche télé” graphique du président du conseil, rédigée au nom même du conseil des ministres el m'autorisant à traiter ad referendum (dé= pêche citée plus haut), exigeait des clauses rendant une entente réellement impossible non seulement sans livrer bataille à un ennemi aussi fort par le nombre, mais même impossible au len= demain d’une belle victoire remportée par nous. Il était impos= sible d'imposer ces conditions aux Amahras, sans conquérir la capitale du Choa, sans détruire les forces abyssiniennes qui sont constituées par un peuple entier, belliqueux et bien armé; sans abolir le système féodal plusieurs fois séculaire en Éthiopie, sans établir en Éthiopie une organisation, des formes, des lois et, disons-le aussi, des idées européennes.

Si même l’empereur Ménélick, acceptant ces conditions, les avait fait agréer de tous ces esprits rebelles, il aurait fallu qui sait combien de dizaines de millions et combien de milliers de soldats pour les maintenir et les faire exécuter.

Ge projet, rédigé le 18 janvier, à la Consulta, d’un traité de paix

avec l'Abyssinie, est publié dans le livre vert, xxr11 bis, n° 320. Il veut que l’on reconnaisse la souveraineté directe du roi d'Italie sur le Tigré tout entier, jusqu’au lac Ascianghi et jusqu'au Tacazzé (art. premier); il veut que l'on reconnaisse la haute souveraineté du roi Humbert sur toutes les dépendances de l’Éthiopie, qui sont indéterminées {et actuellement indéterminables) jusqu’au delà des Somalis, jusqu'aux régions inconnues de l’Omo {art. IT); il veut que le droit de représenter l'Éthiopie devant le monde civilisé soit réservé en tout et pour tout à l'Italie; il veut l’exélusion des étrangers (art. IIT et V).

Il veut encore que le negus neghesti et les chefs de province ne puissent avoir des troupes qu'avec le consentement de l'Italie, qui en déterminera le nombre et la nature {art. IV). L'Italie se réserve le droit d'approuver la nomination et l'investiture des ras, chefs de province (art. VIT). Le negus et les ras sont tenus de concourir à la défense de l’Érythrée, avec tous leurs moyens ét avec toutes leurs forces (art. XV). Toutes les contestations entre le negus et les ras, ou entre les ras et les chefs indigènes, doivent être soumises au jugement du gouvernement italien (art. XVII).

Tout cela pour un territoire qui contient facilement six fois la superficie de l'Italie, qui est dépeuplé dans bien de ses parties, Sans routes, avec des communications invraisemblables. Dans “ce pays, l'homme met tout son orgueil à porter des armes, personne n’en est dépourvu; les ras feudataires jouissent, pour tout, d'une complète indépendance même vis-à-vis du negus neghesti!, Car c'était la première fois que ce dernier, à la suite d’une série de circonstances, avait su les unir contre nous. On devait conclure Un traité avec un peuple orgueilleux, fier des succès obtenus, infdèle, fat, inconstant, se souciant peu du présent, .… avec un peuple (comme nous en avions fait l'expérience) qui ne se croyait point hé par des engagements, surtout s’ils avaient été conclus par un Seul homme. Il faut faire attention, pour l'avenir, que les ras {malgré le respect et la déférence qu'ils peuvent avoir en ce moment pour le zegus neghesti) se croiront difficilement liés par les engagements que nous pouvons conclure avec lui; ils se croiront même d'autant plus tenus de les violer, que ces engagements

nous seront plus favorables, croyant en cela faire chose agréable.

à l'empereur Ménélick.

D'ailleurs on ne peut dire d'aucun chef qu’il ne se soit pas révolté directement contre le regus ou contre le negus neghesti, Dans les dernières années, sous l'impulsion des étrangers,

l’Abyssinie a fait de notables progrès dans l’organisation mili=

taire : elle a su se procurer des dizaines de milliers de fusilss

elle a vu se développer le sentiment non encore défini de sa

propre indépendance. C’est ce sentiment qui a poussé le negus neghesti Ménélick à la guerre, — surtout pour déchirer le traité d'Uccialli. Mais ce n’est pas du jour au lendemain que, chez un

peuple ignorant, corrompu, vain et martial, l’on crée la fidélité.

aux conventions, surtout si elles concernent les étrangers et les envahisseurs.

De toute façon, avec l’empereur Ménélick on pouvait négocier sur tout, excepté sur le renouvellement du protectorat italien sur l'Abyssinie et ses dépendances. Naturellement il fallait mettre

en dehors de la discussion toutes les ciauses qui concernaient

ce protectorat.

A la suite de l’autorisation du conseil des ministres et sur la.

demande pressante de l’empereur Ménélick, j'envoyai, le 11 fé=

vrier, le major Salsa au camp ennemi, porteur des propositions

suivantes : « Renouvellement du traité d'Uccialli : cession à l'Italie

de tout le territoire où a été planté le drapeau italien. » La contre=.

proposition de Ménélick excluait la cession permanente de nou=

veaux territoires et voulait une modification radicale au traité

d'Uccialli en sa faveur. Nous étions loin des ordres du conseil des ministres, et surtout du chef du gouvernement. Par suite, les négo= ciations furent rompues, par une lettre que j'écrivis à Ménélickk

Au sujet de la loyauté des ras à observer les conventions, il

suffit de rappeler la conduite de ras Mangascia, un des meilleurs: Après avoir juré, sur l'Evangile, l'alliance, au Mareb (1892), avec mon prédécesseur, le général Gandolfi, — il hésite et il oblige le

gouvernement de l’Erythrée à mille expédients pour le maintes

nir dans le devoir. Mais, pendant ce temps, — sous le prétexte de

faire avec nous la guerre contre les Derviches, — il prépare etäl

1. Télégramme de Tucuz du 12 février, n° 426 du livre vert, xxx bus:

müûrit la trahison qui fut étouffée à Coatit et à Sénafé. A la veille d'Amba Alagi, il m'offre de rompre avec les Amahras et de les combattre sous les ordres des Italiens. Il l’aurait probablement fait, si la catastrophe n’avait pas fait basculer la balance à notre détriment.

La guerre commencée, ou du moins après avoir appelé l’empereur Ménélick à son secours, ras Mangascia — si l’on en croit notre agent diplomatique au Caire — écrit des lettres à la reine d'Angleterre et aux officiers anglais pour implorer leur aide contre nous. « Le messager du ras assure que ras Mangascia ne reconnaît pas l'autorité de Ménélick, dont il est décidé à se séparer éventuellement, d'accord en cela avec Teclaimanot, negus du

| Goggiam. »

— Certes, ces lettres auraient « produit un bel effet » chez Méné- Wlick, chez Mangascia lui-même et chez Teclaimanot, comme le désirait le baron Blanc !, si l’on avait eu l'original authentique ; mais c'était une illusion que d'espérer convaincre les chefs abys- Siniens si soupçonneux, car on n'avait pas en main la moindre Lpreuve, pas même indirecte, de l’authenticité de ces lettres. Et Wpuis, les lettres mêmes de ras Mangascia ne contenaient qu’une prière à la reine d'Angleterre, sans indication de date : et les Wéclarations contre l’empereur Ménélick étaient des paroles de Penvoyé abyssinien, et rien de plus.

Nos négociateurs, le major Salsa et le chevalier Felter, con- [maissaient les lettres et les paroles des envoyés de ras Mangascia lädressées aux Anglais en Égypte; mais (comme ils le dirent au

Metour de leurs excursions dans le camp ennemi) il était très Misqué de s’en servir, étant donnés les regards vigilants et les

oreilles aux aguets des chefs abyssiniens, qui sont entre eux une méfiance dépassant tout ce que l’on peut dire. Précisément les défiances et les inimitiés justifiaient l'espoir |Que nous avions de voir se manifester, avec le temps, quelque | symptôme de décomposition dans cette vaste coalition d'éléments Sidifférents et bien souvent si hostiles entre eux. Ras Maconnen | était tenu en suspicion, à cause de ses sympathies pour la paix et pour les Italiens et à cause de son aversion pour les Tigrins, - tandis que son incontestable supériorité d'esprit et son influence

| Voir livre vert, xx1n1 bis, rapport n° 373, et télégrammes du baron Blanc, n#376 et 377.

35% MÉMOIRES D'AFRIQUE sur l'esprit du negus neghesti lui créaient bien des jalousies. Tout le monde connaissait les hésitations de Teclaimanot, regus, du Goggiam, à faire la guerre aux Italiens. Tout le monde savait que ras Mangascia voyait avec horreur l’invasion, et par suitellé pillage du Tigré par les Choans. La politique du gouvernement de l'Érythrée, avant comme après Amba Alagi, a toujours été de diviser l'ennemi. Mais, comme les deux camps étaient face à face, il était impossible de conclure une entente. Il fallait se bornerä favoriser la désunion dès que paraissait un indice quelconque“ ce sujet. | ?

Et pour terminer ce qui concerne l’action diplomatique, rl suffit de dire deux mots du prince choan qui fut envoyé de Rome à notre camp. Le 25 novembre, le baron Blanc, ministre des affaires étrangères, télégraphia pour me demander si le prince abyssinien Gubsa pourrait être utile. Ce prince était le fils de ras Darghié; et par suite cousin de l’empereur Ménélick. Le prince Gubsà était alors en Suisse avec l'ingénieur Ilg, qui avait vécu plusieurs années dans le Choa et avait gagné la confiance du regus neghesto Je répondis affirmativement : et Gubsa, avec deux de ses compas gnons, arriva à Massaoua, puis à Adigrat, où l’on eut pour luiet pour ceux qui l’'accompagnaient toutes sortes d’égards. Au camp d'Adagamus ses tentes furent dressées près de celles du quartier général. Mais le parti que voulait et qu'espérait en tirer le mis, nistre des affaires étrangères était certainement exagéré et hors de propos. 1 Le prince Gubsa, comme bien d'autres, était le cousin de Mé=, nélick; mais il ne pouvait avoir aucune influence dans le camp choan. Il n'y était nullement considéré : il était probablement, méprisé, parce que, en s’éloignant du Choa, il avait pris des habitudes et des façons civilisées. Il était très jeune, peu guer-| rier, réservé, taciturne, doux d’esprit et de manières, tout Sur-, pris et effrayé de se trouver dans le camp italien. Son secrétaire, | qui s’était européanisé, parlait pour lui; ce secrétaire, originaire du lac de Tsana, vantait avec trop d’ardeur l'affection du princeet|

la sienne pour les Italiens, ainsi que leur zèle à tous les deux à servir notre cause. Mais quand, à Adagamus, à la fin du mois de janvier, il fallut savoir quels étaient les chefs que Gubsa comp tait comme amis dans le camp du negus neghesti, il hésitaun peu, en nomma quelques-uns, et, selon la coutume abyssinienneMmilk

; allégua des prétextes pour ne pas écrire et pour ne pas se compromettre. Ras Darghié, le père, avec quelques milliers d’hommes, gardait les provinces du sud, vers l’Aussa; du reste, en ces circonstances, ce vieux guerrier abyssinien, après la victoire des Abyssiniens à Amba Alagi, aurait soigneusement évité d’éveiller des soupçons qui l'auraient perdu, s’il se fût mis en relation avec nous.

… De toute façon, en nous servant ouvertement de l’indécis et du pauvre Gubsa (que tout le monde savait être à notre camp et à notre solde), nous aurions rendu impossible un compromis quelconque avec ras Maconnen ou avec ras Mangascia. Pour faire naître des discordes dans le camp ennemi, n'importe quel chef aurait été plus utile que le timide Gubsa. Bien que ce dernier fût traité comme il convenait à son rang de prince abyssinien, il mit en avant tous les prétextes possibles pour retourner d’'Adagamus à Adigrat, puis plus tard d’Adigrat à Massaoua, afin de ne courir

aucun risque de voir les Abyssiniens.

et ae

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