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CHAPITRE XXVII

HARAR ET AUSSA

Proposition d’un débarquement à Zeïila (12 décembre) et d’une expédition

dans le Harar (24 décembre). — Admonestation du baron Blanc à ras Mæ connen (14 janvier). — L’Angleterre refuse le passage par Zeila. — Obbia et les Somalis (17 janvier). — Expédition dans l’Aussa (29 janvier).

Je dois maintenant parler brièvement de deux diversions aux quelles on a songé, pendant la campagne, qui ont été discutées. :

en leur temps, dans les cercles politiques, dans les journaux,*et,

qui soulevèrent aussi une question avec l'étranger. De ces deux! diversions, l’une visait le Harar, et l’autre l’Aussa. + |

Le haut plateau du Harar se trouve sur les voies qui viennent. de l’Abyssinie et rayonnent, à travers la péninsule des Somalis,! en descendant à la mer; il est au centre de toutes les régions, comprises dans la zone d'influence italienne. La possession du, Harar était rêvée par tous ceux qui, en italie, tout en étant oppos| sés à l'Érythrée, étaient favorables à l'expansion commerciale.

Mais les ports qui s'ouvrent dans le golfe d’Aden, à proximité du Harar, sont entre les mains des Anglais et des Français: On ne peut espérer arriver conVERAbIO sur ce fertile haut plateau, ni d’Assab, par l’Aussa, en tournant la possession française, d’'Obock, ni d’'Obbia ou de la côte des Migiurtins, en tournant la position anglaise de Berbera. On crut, pour un moment, pos=| sible (et il y a plusieurs documents à ce sujet dans les archives, du gouvernement à Massaoua ou dans les archives du ministère des affaires étrangères à la Consulta) d'obtenir des AnglaisMle port de Zeila, en donnant, en échange, de larges concessions territoriales chez les Somalis, ainsi que nous l'avons indiqué dans le chapitre V. Mais l'illusion fut de courte durée. De toute façon

ét dans toute éventualité, on avait commencé, à Massaoua, l’année précédente, des études pour une occupation, faite d'accord avec ras Maconnen, si le seigneur du Harar avait accepté, à son profit, la politique du gouvernement italien. L'accord semblait indispensable parce que, même en possédant Zeila, une opération militaire contre le Harar aurait présenté les'plus grands risques, s'il avait fallu chasser de cette région les garnisons choannes. Mais quand on sut que les hauts plateaux du Harar qui s’élèvent entre les Éthiopiens, les Somalis, les Dancalis et les Gallas dvaient été évacués, par suite du départ du contingent de ras Maconnen, pour le Choa, il sembla utile de tenter une diversion vers le Harar ; d'autant plus que l’on était très limité dans le nombre des troupes blanches que l’on pouvait, sans une longue pré- Paration, nourrir et faire manœuvrer sur la frontière de l'Érythrée avec l’Abyssinie.

D'abord l’idée se présenta, à moi, sous la forme d’une démons-

tration à Zeila, où un débarquement de quelques jours, fût-ce même de marins italiens, aurait pu faire impression sur l'esprit de ras Maconnen et le mieux disposer en notre faveur; on peut Voir cette impression dans la lettre de ras Maconnen qui m'est parvenue avec tant de retard, et dont il est question dans le chapitre XVI.

Dès le 12 décembre, je télégraphiais au ministère des affaires “étrangères : « Je crois que cela produirait un grand effet sur

Maconnen si nos troupes pouvaient débarquer à Zeila et y rester Seulement quelques jours. Je tiens le Curtatone et le Scilla prêts à partir pour Zeila!. » Le 19, de Rome, on me notifiait le consentement de lord Salisbury au passage des troupes par Zeila, mais non à un arrêt de leur part?. Cette nouvelle m'était confirmée Mpar un télégramme (23 décembre) du président du conseil que j'ai publié, chapitre XXI*.

Alors, au projet d’une démonstration immédiate, je substituai Ha proposition d’une diversion jusque dans le Harar. Je la déclarai (très utile pour résoudre la question coloniale, possible avec 6 ou

bataillons et 2 batteries de montagne. Toutefois, elle devait se faire directement de l'Italie à Zeiïla, car l'Érythrée manquait abso-

EM Livre vert, xx1r1 bis, n° 515.

2 Id., ibid., n° 521 3. Id., ibid., n° 232.

lument de tout ce qu'il fallait pour l’organiser. Sur la côte somali on aurait pu trouver les moyens de transport.

Mais, comme on peut le lire dans les correspondances échan= gées entre le ministre des affaires étrangères et notre ambassas deur à Londres, les négociations se prolongèrent, à cause des réserves excessives du gouvernement anglais?. Pendant ce temps; le baron Blanc me télégraphiait à la date du 4 janvier : « Il me paraît utile de dire à Maconnen que c’est seulement par égard pour lui que nous n'avons pas utilisé la voie de Zeila, qui nous est ouverte pour pénétrer dans le Harar. Nous pourrons nous en servir quand nous aurons acquis la conviction qu'il est notre ennemi, Qu il pense que ce moment est décisif pour son avenir” Qu'il choisisse entre l'Italie puissante et éternelle, et Ménélick qui peut mourir d’un moment à l’autre (morituro)?. »

Le 8 janvier, les négociations avec l'Angleterre étaient sus= pendues.

Le 16 janvier, notre ambassadeur à Londres écrivait : « Les interminables polémiques des journaux sur l’occupation supposée de Zeila et du Harar n’ont eu d’autre effet que de pousser davan= tage ras Maconnen à faire cause commune avec le rnegus Ménélick et à considérer les Italiens comme ennemis. » |

Les paroles suggérées par le baron Blanc pour le ras du Has. rar et d’autres paroles, d’autres conseils, d’autres admonestations pour le décider à prendre parti pour nous, avaient été dites eb répétées à ras Maconnen dès l’année précédente. Rappelons aussi. que, dès le 3 décembre, dans une lettre à Maconnen, je faisais allusion à un navire de notre flotte de guerre qui était encore. entre Aden et Zeila‘; naturellement j'avais inventé cette escadre.

pour impressionner le ras. | |

1. Mon télégramme au président du conseil (24 décembre), livre verts. n° 241. 1

2. Le ministre des affaires étrangères à l'ambassadeur du roi à Londres, livre vert, xx111 bis, n° 537.

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