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est séparée par de nombreux jours de navigation? Fallait-il conduire une opération militaire, à travers un pays complètement inconnu, en partie désert, avec un peuple également inconnu, contre une frontière qui était éloignée de peut-être un grand mois de marche du point de débarquement ?
Les Somalis avaient été avertis de la guerre contre l’Abys- Sinie et du parti qu'ils en pouvaient tirer, par plusieurs soldats indigènes de leur race, servant dans nos bataillons coloniaux, et que j'avais envoyés, dans ce but, en permission, avant même que n’éclatassent les hostilités. [1 fallait les laisser se venger des massacres et des vols que leur avaient fait subir les Choans. Un débarquement, sur la côte des Migiurtins, d’une petite quantité de gens n'étant pas de race somali et ignorant la façon dont vivent les indigènes du pays, aurait été absolument inopportun pour les Opérations à entreprendre; ce débarquement aurait éveillé des soupçons et déterminé une réaction chez les gens que nous avions lintention d'aider. Aussi, pour un semblable but et avec une semblable perspective, il ne fallait pas nous priver, même dans une très faible mesure, du très rare personnal indigène ou connaissant les indigènes, que nous avions.
| Un autre projet, très bien étudié par le colonel Pittaluga, au “corps d'état-major à Rome {ce colonel avait été avec moi pendant les opérations contre ras Mangascia à Debra Aïila), était “celui d'un débarquement à Assab, suivi d’une expédition dans PAussa. Mais, à la guerre, les plans les plus ingénieux, les plus hardis, les plus étudiés, d’expéditions lointaines, ne peuvent réus- Sir si la préparation convenable manque. L'étude approfondie du problème ne suffit pas : il est nécessaire encore d’avoir sous la Main un personnel dressé et un matériel approprié. Or, pour Pexpédition d’Assab sur l’Aussa et vers les rives de l'Auasce, le problème avait été étudié, la préparation politique était faite chez les Dancalis et à l’Aussa par le capitaine Persico et par le lieutenant Giannini, comme nous l’avons dit en temps voulu. Mais œeût été une folie que d'enlever le personnel militaire indigène nécessaire à l'Érythrée, alors que tous les indigènes réguliers étaient en contact avec l'ennemi. Quant au matériel et aux con- Mois, tout faisait absolument défaut, aussi bien en Europe qu’en
Afrique
Le ministre de la guerre, dans son télégramme du 29 janvier, expliquait ainsi son plan de diversion chez les Dancalis : « Leu gouvernement, pour amener le sultan d’Aussa et les Dancalisà nous rester fidèles et pour préparer la sécurité de l'avenir dans ces régions, considère comme utile d'occuper Assab par un bas taillon blanc, qui devrait être envoyé d'ici. Il faudrait, en outre, pousser deux mille indigènes jusqu'à Aussa, en les encadrant avec les Dancalis à recruter. Ces indigènes devraient étre fournis par les troupes sous vos ordres ; naturellement ils seraient rem= placés par un nombre plus considérable de troupes blanches… envoyées d'Italie. »
Mais comment pouvait-on, dans de semblables conditions dé guerre (29 janvier, — retraite de notre garnison de Macallé, mou vement en avant de l’ennemi fort de 80,000 hommes, ordres press que péremptoires du ministère de pousser les hostilités), coms ment pouvait-on, dis-je, faire partir un cinquième des troupes indigènes mobilisées, en les prélevant sur le champ de bataille pour tenter une diversion dans des terres aussi différentes, et peut-être à deux mois d'échéance? N’avais-je pas toujours, et dans chaque télégramme, fait ressortir les difficultés énormes que pré” sentait l'emploi des troupes blanches? Le ministère ne savait-il pas que l'entretien de 4 bataillons blancs (correspondant, comme effectif, aux 2,000 indigènes) exigeait plus de temps, plus depréoc” cupations, plus d’embarras et plus d'animaux que l'entretien de tous les noirs du corps d'opération dans le Tigré, y compris même les bandes, car les noirs auraient pu, à l’occasion, vivre suë le pays? Et enfin (en dehors des vertus incontestables et partout prouvées du soldat italien, en dehors de son sentiment moral pouvait-on prétendre que les soldats blancs, nouveaux à tout, non encadrés par des cadres stables, à peine arrivés, après tant d'efforts et de privations, pouvaient — dans les hautes montagnes” même en nombre supérieur — remplacer dans la balance Le poids des soldats indigènes réguliers, rompus à cette guerre, endurcis par l'exercice, habitués à leurs chefs, au pays et à l'ennemi?
D'un autre côté, l’opération d’Assab sur l'Aussa, à travers les terres stériles de l’Afar, n'aurait pu faire sentir, même indirec= tement, son action qu'après plusieurs semaines, et par suite