À Adi Ugri, il y avait, le 29 février
20,000 kilos d'orge; 100,000 — de farine ; 38,000 boîtes de viande de conserve; 3,800 kilos de biscuit; 27,000 — de pâte et de riz; 20,000 litres de vin;
sans compter les ressources du Seraé, qui étaient importantes, surtout en viande de boucherie. Voir les dépositions du lieutenant comptable M. Peroni devant le tribunal de l’Asmara. Voir aussi les Notes et Considérations sur le service de l’intendance pendant la campagne d'Afrique de 1896, par le lieutenant colonel Ripamonti,
Pennemi, on aurait dû parcourir un pays désert, en descendant avec des troupes italiennes, dans la région torride du Bélésa, où seulement on aurait pu décider la question les armes à la main.
Donc, en de semblables circonstances, la plus grande probabilité d'invasion des Amahras était par le Bélésa. D'ailleurs, un peu en amont du confluent de l’Unguia et du Bélésa dans le Mareb, on devait trouver de l’eau; de plus, les transfuges de l’Oculé Gusai, soutenus par ras Alula, affirmaient aux Amahras qu'ils trouveraient le pays ouvert et favorable à leurs entreprises ; enfin, il est de tradition chez les Abyssiniens de prendre la voie de Gura, laquelle peut interrompre les communications entre Massaoua et l’'Asmara.
Donc, si l'invasion s’était prononcée, il était nécessaire de se retirer; mais c’eût été une erreur de s'arrêter avant Adi Caié, maloré sa grande distance d’Adigrat (86 kilomètres) et de Sauria (81 kilomètres); car, dans les positions successives de l’intérieur de la colonie avant Adi Caiïé, on n'en aurait pas trouvé une seule permettant, au point de vue stratégique et tactique, de menacer ou d'arrêter l'invasion.
“En effet, pour comprendre cela, il est nécessaire de considérer qu'en nous retirant, de Sauria, dans l’intérieur de la colonie, — au point de vue logistique, et surtout à cause des ressources en eau, — nous ne pouvions nous arrêter qu à trois points différents, plus avancés, situés au sud (en avant) d’Adi Caié et du Bélésa. Cétaient Mai Maret, Barachit et Sénafé. Mais ce n'était pas la même chose, au double point de vue stratégique et tactique, puisque de très sérieux obstacles empêchaient de descendre, surtout des deux premiers (Mai Maret et Barachit), car 1l fallait passer ätravers un fouillis d’ambas aux parois à pic, par des gradins successifs, au milieu des rochers, des pierres et des buissons épineux, en franchissant des précipices; en bas, dans les vallées du Bélésa et du Serena, par des sentiers de bergers abyssiniens, avec une différence de niveau d'environ 800 mètres. Aussi les Abyssiniens auraient toujours pu tourner au large et à l'abri de nos attaques. D'ailleurs ces trois positions n'offraient de vue de la défense, pour un corps relativement petit — aucun
au point
dMantage notable, parce qu’elles sont trop vastes et trop découpées et parce qu’elles ne sont point appuyées à des montagnes, où bien elles y sont enfermées, comme la position de Sénafé.
De toute façon, la retraite du corps d'opération aurait dü être dirigée par ces localités, c'est-à-dire par notre ligne de réappro: visionnement, qui, de Mai Maret à Sénafé, coïincidait avec la ligne suivie par l'expédition anglaise et présentait toujours l’avans tage de suivre des positions dominantes, tant sur le versant occi dental que sur le versant oriental, parce que cette route suit peu près la ligne de partage des eaux entre le Mareb et la mer de l'Érythrée.
Pour se faire une idée approximative des difficultés qui, dans ces pays, s'opposent à tout mouvement militaire et à une prise quelconque de position, il est nécessaire non seulement de jeter toujours les yeux sur des cartes topographiques imparfaitesk, mais encore de se représenter, par la pensée, les formes topoplas” tiques du terrain, dansles hautes montagnes abyssiniennes. Deux routes, presque parallèles, vont du sud au nord, c'est-à-dire de la région qu’occupait notre corps d'opération à la région de l'O: culé Cusai. Une de ces routes passait par les hauteurs de 2,200 à 2,600 mètres d'altitude, le long de la grande arête éthiopiennes l’autre passait par le bas, de 1,400 à 1,800 mètres d’altitude. En: tre ces deux routes il n’y avait aucune communication ordinaire: De l’arête, les vallées descendent en précipices, par les lits des torrents qui se jettent dans le Bélésa et le Serena, au milieu de contreforts très escarpés, au milieu d'énormes rochers à pic, au milieu de précipices et de crevasses inaccessibles. Le terrain est dénudé, sauf dans le fond, où, grâce à l’humidité des sources; s’est accumulée une végétation de plantes épineuses, d’arbustes, de lianes et de hautes herbes de la taille d'un homme, qui obs= truent les passages ou les dissimulent. L’arête passe précisément par les positions élevées de Mai Maret, Barachit, Sénafé et Adi Caié, où nous avions établi des postes et des centres de rawitail= lement et d'étape. |
Mais les Abyssiniens renoncèrent tout à coup à s’avancer par le Mareb, et, avant même d’avoir fait une démonstration verse Seraé ou l’Oculé Cusai, ils se retirèrent dans la combe d’Adoua: Les informateurs rapportèrent qu'ils s'étaient décidés à battreen retraite, à cause du manque d’eau et de vivres. Peut-être le
1. Voir notre carte générale de l'Érythrée à l'échelle de 1/1.000.000° et les
nouvelles cartes de l’Institut géographique militaire de Florence à l'échelle de 1/250.000° feuilles d’'Adigrat et d'Adoua.
manque d’eau était-il une exagération et un prétexte, parce que dans le Mareb et dans les affluents immédiats du Mareb se trouve, en creusant, de l’eau suffisante même pour une multitude {et les Abyssiniens sont fort habiles à en trouver). Mais toutes les nouvelles étaient d'accord {comme d’ailleurs la raison) pour dire que l’armée ennemie manquait de vivres. Bien des fois on l'avait déjà annoncé : et même il semblait impossible qu'une telle foule pût vivre compacte sans souffrir du manque de vivres et sans être victime de maladies infectieuses. Mais, cette fois, les bruits etles informations étaient plus persistants et plus précis. D’ailleurs il était tout naturel que chaque jour vit augmenter la misère des Abyssiniens, car l’armée ennemie, depuis bien des Jours, vivait avec les produits d'un pays désolé depuis bien longtemps par la guerre, d’un pays qui avait envoyé la plus grande partie de son bétail sur le territoire de l’Érythrée, afin de le soustraire à la rapacité choanne.
Pour se procurer des vivres, le negus neghesti avait ordonné des expéditions régulières de plusieurs centaines et même de plusieurs milliers de soldats, qui allaient, à l’ouest, jusque dans le Sciré; mais, pendant ce temps, le Tigré était complètement épuisé : c'était une cause de mécontentement qui pénétrait dans les camps de ras Mangascia et de ras Alula, car ceux-ci voulaient que les Choans et les Tigrins allassent vivre dans la colonie de lÉrythrée.
En de semblables circonstances, 1l n’était pas improbable que Pennemi attaquât nos positions de Sauria, pour obtenir une satisfaction quelconque avec les armes. Cette attaque aurait été la bienvenue pour nous, parce que les hauteurs de Sauria, grâce à länature et aux travaux que nous y avions exécutés, étaient dans de bonnes conditions défensives et étaient parfaitement surveillées, et aussi parce que, malgré certaines privations (inévitables éntoute guerre et surtout dans les guerres africaines), l'esprit dés troupes était bon, ainsi que l’affirmaient en toute circonstance les commandants de chaque unité, et surtout les généraux. “…L'ennemi ayant renoncé au grand mouvement tournant par le Mareb, notre retraite sembla prématurée, d'autant plus qu'elle ‘était contraire au sentiment militaire et au sentiment national. | Sur ces entrefaites, le général Ellena, directeur général de l'artillerie au ministère de la guerre, arriva au camp de Sauria.
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Lui-même ne crut pas à propos de faire envoyer de Massaoua at camp les mortiers-torpilles, auxquels on attribuaïit, en Italie, une efficacité surprenante et qu'il était chargé d’expérimenter. IH renonça, à cause du danger dans le transport des munitions, à cause de l'emploi difficile de ce matériel dans cette guerre de mon» tagne, à cause de la faible mobilité des mortiers et de l’incerti= tude de leur tir contre des objectifs couverts. Je lui donnai le: commandement des deux régiments de réserve; cette fonction parut honorable {cela devait être;, et elle fut bien accueillie. Je né crus pas devoir créer un commandement spécial d'artillerie, parce que dans les conditions où nous nous trouvions par rapport au terrain, aux marches, à l'allongement des colonnes et au combat, c’eût été une grave erreur que de réunir toutes les batteries de montagne; on en aurait paralysé l’action.
Je mettais le ministère au courant des difficultés de la situation pour le préparer à une retraite possible. Dès le 21 février, je télégraphiais! que j'avais étudié l'éventualité de porter le corps. d'opération sur des positions plus en arrière, dont les relations avec notre base étaient sûres. « Si la révolte de l’Agamé prenait des proportions alarmantes, si elle semblait devoir s’étendreà l'Oculé Cusai, ou s’il se produisait d’autres faits qui rendissent périlleux pour nous de rester ici plus longtemps, je devrais me résoudre à occuper une position plus en arrière vers Adi Caïé, où je rassemblerais les derniers renforts encore en voyage. Avec ces derniers renforts, je crois que nous avons atteint l'extréme limite que l’on peut donner aux forces mobilisées du corps d'opéra tion, à cause des difficultés logistiques signalées et à cause dedæ nature du terrain. » :
Le lendemain méme du jour où arriva ce télégramme à Rome, c'est-à-dire le 22 février, fut signé le décret qui nommait le géné ral Baldissera au commandement en chef des troupes en Afe que. Mais aucun avis de cette nouvelle ne parvint au quartier général avant le 5 mars, à cause du secret que l’on voulut garder sur ce fait et à cause des ordres rigoureux qui furent donnés-aux bureaux télégraphiques, en Italie, et au vice-couverneur, à Mas saoua, de supprimer tous les télégrammes adressés au campqui contiendraient cette nouvelle. Mais nous en parlerons plus tard