Livre vert, xxr11 bts, n
Malgré les difficultés logistiques, signalées par moi le 21; malgré le décret du 22 qui me remplace dans mon commandement, — le chef du gouvernement, en Italie, m’expédie Le 25, alors que depuis trois jours, et sans en rien savoir, je ne suis plus commandant, le fameux télégramme :
Ceci est une phtisie militaire, et non pas une guerre. Ce sont de petites escarmouches dans lesquelles nous sommes toujours inférieurs en nombre à l’ennemi. C’est gaspiller de l’héroïsme en pure perte. Je n'ai pas de conseils à donner, parce que je ne suis pas sur place, mais je constate que la campagne est conduite sans aucun plan, et je voudrais qu'il y en eût un d’établi. Nous sommes prêts à tous les sacrifices pour sauver l'honneur de l’armée et le prestige de la monarchie {. Crispi.
Le reproche était cuisant, et la pointe était cruelle pour un Sénéral (fût-il même le plus avisé et le plus prudent) qui, depuis tant de semaines, résistait à toutes les excitations et arrêtait Pinvasion de 100,000 ennemis, à la frontière de l'Érythrée, avec les effectifs que tout le monde connaît.
Mais — si ce télégramme me troubla l'esprit et remplit mon cœur de dédain et d’amertume — il ne me fit pas changer d'avis. Après l'avoir reçu, je télégraphiai à Rome, pour appeler de nouveau l'attention du ministre sur les difficultés des transports, occasionnées par l'augmentation continuelle des troupes et des services Sur le théâtre d'opération. « Je continue à recourir aux mesures les plus énergiques et les plus pratiques pour augmenter et utiliser le mieux possible les moyens de transport, mais Je crains de ne pas réussir complètement, si la mère patrie n'envoie pas, et vite, beaucoup d'animaux en dehors de ceux formant les convois des bataillons. » — « Les difficultés des transports augmentent encore, puisqu'il faut pourvoir aux besoins des bataillons arrivés de Massaoua les 26, 27 et 28, que Jje fais diriger sur l'Asmara.
S1, d’un côté, les difficultés de transports augmentaient, surtout à cause de la perte des quadrupèdes, et si la difficulté des transports rendait toujours plus difficile le problème de faire vivre les troupes, on voyait d'autre part le nombre des soldats augmenter, et nos conditions militaires à Sauria s’amélioraient chaque jour, après le 23 février.