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MÉMOIRES D'AFRIQUE CHINT
résulte clairement de mes rapports au ministère, et plus particulièrement de ma lettre du 17 décembre 1892, citée plus haut.
Les préparatifs militaires et politiques avaient toujours été en augmentant, pendant le courant de 1893, et nos relations s’étendaient vers le Gasce et le bas Mareb. Les Barias et les Bazas, qui devaient garder notre flanc gauche et notre front, nous étaient plus attachés, car ils espéraient notre protection contre les Der= viches et les Abyssiniens. Les tribus des Sabderats et des Alghedens, ainsi que plusieurs fractions des Beni Amer, s'étaient mieux intallées autour du fort d'Agordat; elles avaient cultivé les terres qu'on leur avait concédées le long du Barca, elles étaient mieux organisées, et leurs bandes plus en état de remplir les obligations du service militaire.
Ainsi que l’assuraient ces braves officiers, Spreafico et Miani, nous avions des informateurs dignes de foi dans le camp ennemi, surtout à Cassala; nous avions des informateurs permanents vers l'extrême frontière, à Elit et à Bitama (200 kilomètres au delà d'Agordat, et 50 kilomètres de Cassala); nous avions les pasteurs et les agriculteurs de tout le territoire qui étaient intéressés à révéler, au moment opportun, les mouvements des Derviches, pour prévenir les razzias. D’un autre côté, les chefs de caravane et les négociants avaient grand’hâte de nous mettre sur nos gardes pour assurer la sécurité du commerce.
Derrière ce réseau des informateurs, était échelonnée la bande des Adomars, commandée par Mohamed Aroda. Cette bande formait, vers l’ouest, devant Agordat, un demi-cercle d'avant-postes qui, depuis le moyen Barca, montait jusqu'aux monts des Barias et s'étendait en éventail sur les communications avec le Soudan.
Derrière ce réseau de sentinelles, s'élevait le fort d’Agordat. Il est vrai qu'il n’était qu’un petit camp retranché, sur un mamelon dominant des puits, au confluent du Damtai et du Barca ; mais il était suffisant contre les armes des Derviches. Il occupait une position dominante ; il pouvait offrir un abri sûr à une petite garnison ; il pouvait aussi servir de centre de manœuvres à un modeste corps d'opération. Il se trouvait dans une région relativement assez bien pourvue d’eau et sur la route obligée de Chéren, dont la combe est éloignée d’une bonne journée de marche, pour les indigènes, en suivant la route qui, tout récemment, avait
été bien améliorée, au point de pouvoir servir au transport de l'artillerie. |
Aussi, comme je connaissais la rapidité de la mobilisation des forces de l'Érythrée, la merveilleuse célérité de nos troupes dans leurs marches, les voies de concentration, les distances existant entre Cassala-Agordat, Chéren-Agordat, Asmara-Agordat, je pouvais à bon droit lorsque, le 17 décembre, pendant mon séjour à Rome, on signala de Massaoua le mouvement mahdiste, manifester la même confiance inébranlable que j'avais manifestée officiellement, dans mes rapports de l'année précédente. Je le pouvais d'autant plus que le colonel Arimondi était complètement d'accord avec moi sur l’organisation militaire et la concentration de la défense, à l'extrémité de notre frontière occidentale, et aussi sur la façon de combattre les Derviches. Je le pouvais d'autant mieux que le colonel Arimondi méritait toute confiance et par ses qualités militaires et par sa connaissance des troupes indigènes et du pays.
En effet, quand Arimondi eut appris le mouvement de Cassala, il put réunir à temps, pour le 21 décembre, autour d'Agordat, un solide noyau de troupes. Il sut les appuyer au fort de facon à tirer le meilleur parti possible des conditions favorables du terrain, des armes, de la discipline et de l’élan de ses soldats, pour remédier à notre infériorité numérique et saisir la victoire.
Voici comment se composait le corps d'opération :
Commandant : colonel Arimondi. — Commandant en second : lieutenant-colonel Cortese.
2° bataillon : major Fadda. — Capitaines Oddone, Grossi, Dir talano, Giraud. 757 hommes.
Bataillon mixte (3° et 4°): capitaine Galliano. — Capitaines. Verdelli, Forno, Gotta, Debernardis. 724 hommes.
Escadron de l’Asmara : capitaine Flamarin. 123 hommes.
Escadron de Chéren : capitaine Carchidio. 101 hommes.
1° batterie : capitaine Ciccodicola. 109 hommes. — 2° batterie : capitaine Bianchini. 116 hommes.
Bandes du Barca : lieutenant Miani. 251 hommes.
Il y avait en outre, dans le rayon des opérations, la compagnie. . Persico, avec les bandes de l’Oculé Cusai {.