Voir notre carte spéciale d’Agordat ci-jointe
Le colonel Arimondi avait donc à sa disposition deux bataillons d'infanterie, deux escadrons de cavalerie, deux batteries de montagne et les bandes du Barca; en tout 42 officiers, 32 hommes de troupe italiens, 2,106 ascaris, 213 chevaux et 8 canons Les troupes occupaient le fort, les pentes du fort vers le Barca, et une hauteur bien marquée, au sud du fort, sur laquelle on avait construit un retranchement. Le front naturel était vers l’ouest; un bataillon et demi en première ligne; deux compagnies, les bandes du Barca et deux escadrons en réserve.
Mais les Derviches, au lieu d'attaquer de front, firent un mou vement tournant, au nord, par la rive droite du Barca; puis, passant le fleuve en amont du torrent Damtäi, ils arrivèrent aux villages des Sabderats et des Alghedens, et se mirent sur la ligne de communication entre Agordat et Chéren, pour nous prendre à revers.
Alors Arimondi, voyant que les Derviches ne se disposaient pas à nous attaquer, résolut de prendre l'offensive. Vers midi, il ordonna au capitaine Galliano, qui commandait un bataillon, de commencer le mouvement, de façon à envelopper la droite de l'ennemi. Les détails du combat, vif et sanglant, peuvent être lus dans le rapport officiel".
Les Derviches, profitant du nombre, ne formèrent qu’une seule troupe, sans réserve, et ils se précipitèrent en masses compactes sur les Italiens, qui avaient dû descendre de la hauteur. La batterie de montagne, ayant perdu ses mulets, tomba momentanément dans leurs mains. Mais la réserve rétablit l’action, et les pièces furent reprises. Ahmed Ali, avec plusieurs autres chefs mahdistes, tomba atteint d’un coup de mitraille, et les Derviches battirent en retraite; mais cette retraite, à partir du Barca, dégénéra en fuite désordonnée.
Dans la soirée, le capitaine Persico arriva sur le champ de bataille avec une compagnie régulière et les bandes de l’Oculé-Cusai.
Les résultats de la victoire étaient brillants. Les Derviches laissèrent sur le terrain 1,000 morts, 72 étendards et plus de 700 fusils. Nos pertes s’élevèrent à trois officiers tués, 2 officiers blessés et 230 hommes de troupe tués ou blessés.
Le colonel Arimondi mérite des éloges pour avoir concentré à
1. Livre vert Agordat-Cassala, n° x. Rapport du colonel Arimondi, 10 janvier 1894, page 8.
temps les troupes à Agordat, pour avoir pris l'offensive au bon moment et pour avoir lancé la réserve en temps opportun. Lui et tous les officiers méritent des éloges pour avoir préparé les indigènes au combat en ordre dispersé, pour avoir su adapter au terrain cette formation légère et élastique, dans les circonstances dissolvantes du combat, et aussi, pour avoir su maintenir les troupes contre les masses des Derviches, qui offraient d’énormes cibles à nos coups, se mouvaient difficilement dans ce terrain ondulé et coupé et chez qui le désordre se communiquait avec la plus grande rapidité.
Il est juste aussi de faire observer que les Derviches se sont avancés avec ordre et discipline, qu’ils se sont montrés habiles, en évitant d'attaquer de front la position d’Agordat et en la tournant, hors de la portée de nos canons, pour se placer sur nos communications, dans le but de nous attaquer dans des conditions beaucoup plus favorables ou de nous obliger à capituler, à cause du manque de vivres. Il faut aussi faire remarquer que nos troupes indigènes ont donné une preuve évidente des excellentes qualités militaires dont elles sont douées, ainsi que de la bonté de notre organisationt.
Les Derviches se retirèrent vers Cassala, en pleine déroute; mais, comme presque toujours dans les guerfes africaines, la poursuite ne put se faire immédiatement, surtout à cause des vivres et des munitions. Elle ne put pas non plus être faite à fond, surtout à cause de la rapidité de marche de l’ennemi, à cause du manque d’eau et à cause de la conformation du pays. |
Ce fut une belle victoire que celle d'Agordat, et elle fut chère au cœur des Italiens et des indigènes. A l’époque, elle fut estimée à sa juste valeur. La nation la célébra avec enthousiasme. La victoire d’Agordat avait sauvé la colonie d’un grave péril, en en. chassant un envahisseur heureux et aguerri. Elle avait démontré la capacité de nos officiers, la valeur de nos soldats, la cohésion de nos troupes. Elle avait augmenté notre autorité et notre pres- |
tige, non seulement dans le Soudan et l’Abyssinie, mais encore dans tout le monde civilisé: elle avait été le véritable baptème du | feu de la jeune colonie, qui jusqu'alors n'avait jamais joui d’une plus grande tranquillité que dans la période d’Agordat. Actuel-