‹ Mémoires d'Afrique, 1892-1896Chapitre 134 sur 156 · AU MÉMOIRES D'AFRIQUE · texte numérisé non relu

AU MÉMOIRES D'AFRIQUE

la brigade Ellena, qui suivait la brigade Arimondi, après avoir

passé le Mai Cherbara, atteignait les pentes septentrionales,

d'Adi Cras.

J'envoyai immédiatement les premiers officiers que je trouvai pour vérifier et rectifier la marche des colonnes, et j’ordonnai aux commandants supérieurs de tenir leurs unités aussi so pées que possible et toujours reliées entre elles.

Le temps destiné au parcours (huit heures pour une moyenne. d'environ 15 kilomètres) était largement calculé pour pourvoir.

aux mesures de sûreté, à la simultanéité des mouvements, aux

arrêts, pour serrer, pour modérer la marche en tête, en sacrifiant la célérité aux avantages suprêmes de l’ordre, de l'union

et de la sûreté, dans une période aussi critique, pendant laquelle.

une erreur quelconque dans la route à suivre pouvait avoir de funestes conséquences. Mais, malheureusement, les soldats, mal-

gré leur ardent désir de marcher au combat et malgré leur bra=

voure individuelle, pour les raisons déjà indiquées, inhérentes

la constitution des bataillons de renfort, n'étaient pas et ne pouvaient pas être (dans une marche nocturne et sur un terrain aussi entrecoupé) assez dans la main des officiers. J’envoyai de nouveaux ordres et de nouveaux avis dans ce sens: et, après m'être arrêté un peu à hauteur d’Adi Gras pour me faire une idée sur la façon dont marchait l'opération, je continuai la marche avec la colonne Arimondi en passant le long de tous les éléments.

Les trois routes affectées aux trois colonnes vontpresque parallèlement; elles sont si voisines et communiquent parfois si facilement entre elles, qu’elles ont occasionné l'inconvénient signalé plus haut et un autre plus grand, dont nous parlerons plus loin!. Toutes les trois, surtout les deux qui sont affectées aux troupes blanches, doivent être comptées parmi les meilleures du haut plateau abyssinien, ainsi que celles qui se développent le long de l’arête même et qui mettent en communication Adoua avec l’'Entiscio, le Scimenzana et l’Agamé. À ce moment-là, elles étaient généralement débarrassées des ronces et des herbes piquantes qui les recouvrent habituellement, parce que, peu de jours auparavant, elles avaient été battues en tout sens par l’armée choanne,

1. Voir l’esquisse démonstrative de Sauria à Adoua jointe au chapitre XXXIIE:

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qui avait d’abord placé son camp entre Sauria et Gundapta, puis “entre Gundapta, le mont Raio et le mont Esciascio. Mais, bien qu’elles fussent relativement bonnes et, pour le moment, moins éncombrées de pierres, c'étaient cependant des routes africaines. Tantôt elles étaient taillées entre deux parois voisines, tantôt elles s’élargissaient indéfiniment dans la plaine, tantôt elles étaient étranglées par un précipice quelconque. La nature du sol les rendait toujours incommodes, surtout pour ceux qui marchaient avec des chaussures grosses, dures et gênantes, qui fatiguent le pied si elles sont vieilles et éculées, et qui blessent davantage si elles sont neuves. Et pourtant le commandant des troupes et moi nous avions demandé, à plusieurs reprises, avant et pendant les opérations, d’abord pour les troupes de garnison, puis pour les bataillons de renfort, les brodequins des alpins!

Toutefois, il ne me semblait pas que les soldats marchassent mal. Le poids à porter était réduit aux cartouches et à deux journées de vivres de réserve. La nuit était fraîche, l’air piquant, le ciel clair, et la route variée. Le moral était élevé, et l'humeur enjouée, à en juger par les bons mots échangés à voix basse. Je devais plutôt faire observer le manque de liaison, c’est-à-dire le péché originel. Jamais je n'avais autant déploré l’organisation générale de nos forces pour une guerre coloniale et l'envoi sporadique de soldats pour la soutenir. Cependant {je dois le répéter) les soldats, interrogés séparément ou par groupes, semblaient dispos, éveillés, joyeux et contents de se débarrasser des ennuyeuses fatigues de Sauria, pour marcher contre l’ennemi, qui, les jours précédents, avait toujours disparu devant nous.

En marchant, je rejoignis les bersagliers qui étaient arrêtés; ils étaient bien groupés, et un bon nombre d’entre eux dormaient sur les deux côtés de la route. Je fis aussitôt rechercher le colonel Stevani et je lui demandais le motif de cette halte, quand je reçus le billet suivant :

Gundapta, 1° mars 1896, 3 h. et demie du matin.

L'avant-garde, en arrivant à hauteur du débouché dans la plaine de Gundapta, a dû s'arrêter pour laisser défiler la brigade Albertone, qui Suit la même route que nous. Je suppose que la cause de ce croisement

non prévu provient du fait que les deux routes affectées aux brigades, ont une partie commune.

Je me mettrai en ques mais Je ne pourrai pas partir, du point où je me trouve, avant 4 heures.

Je n'ai pas encore pu me relier avec la brigade Dabormida.

Le major général,

ARIMONDI.

Je pressai le pas et j'arrivai en tête de la brigade Arimondi, au moment où les dernières fractions .des troupes indigènes | avaient évacué la route et se dirigeaient, à l’est du mont Raïo, vers | le col de Chidane Meret. Il était environ 4 heures quand je m’ar“ rêtai, avec le général Arimondi, au carrefour d’où se détachent les embranchements vers le col Rebbi Arienni et le col Chidane” Meret. J’espérais et même je croyais qu’en dehors de l’erreuw commise sur la route à suivre, la rencontre des deux brigades. était causée par la halte de l'avant-garde du général Albertone | qui s’était arrêtée en deçà du col de Chidane Meret, afin de sa garder et dans le but d'attendre l’aube, ainsi que c'était prescrit. pour occuper le col, en se reliant avec les autres brigades. Au lieu de cela, c'était probablement quelque fraction, peut-être. même le bataillon de guerre de la colonne indigène, qui ee obliqué un peu à droite, par les chemins de traverse, et s était. trouvé en tête de la colonne Arimondi. :

Je continuai avec le général Arimondi. Vers le col de Rebbi Arienni, et après avoir fait quelques pas, je rencontrai des infors, mateurs qui revenaient. Ils me confirmèrent les nouvelles qui m'avaient été données la veille au soir, c’est- à-dire que les cols étaient complètement évacués par l'ennemi et que celui-ci avait un campement important à Mariam Sciautu. Ils ajoutaient qu ‘ils avaient vu, peu de temps auparavant (peut-être vers 3: heures et demie), les ascaris dans une direction qu'ils m ’indiquaient ak qui me sembla être l’angle sud-est du mont Raio. +

Par suite, à l'heure même où j'entrais dans la combe de a dapta avec la brigade Arimondi (vers 4 heures et demie), je me disais : « La colonne indigène se rassemble derrière Chidane Me= ret, tandis que son commandant étudie la localité pour prendre sa position de combat à l’heure indiquée et en même temps quel& colonne Dabormida. » La distance entre les cols Chidane Mere

NIESS foge ms

et Rebbi Arienni, derrière et devant le mont Raio, était d'environ trois kilomètres et demi par des sentiers transversaux, dans une région praticable ; par suite, liaison assurée. Pour mon compte, j'étais certain (et je devais l'être) qu'Albertone aurait conservé la liaison, ou, en tout cas, l'aurait rapidement et vigoureusement cherchée et retrouvée, à peine arrivé au col de Chidane Meret, et même avant d'occuper le col.

Je n'avais pas de préoccupation pour la liaison de la colonne centrale Arimondi avec la colonne Dabormida, qui marchait à notre droite sur une route parfaitement déterminée, la mieux déterminée de toutes. Cette route pénétrait, elle aussi, dans la combe de Gundapta et se rejoignait à Rebbi Arienni avec la route suivie, par la colonne centrale. En effet, au bout de peu de temps deux officiers vinrent me rendre compte que, le long du versant des hauteurs, dominant au nord la combe de Gundapta, on voyait défiler une colonne; et immédiatement après, à la lueur incertaine de la lune qui luttait contre l'aube naissante, on pouvait apercevoir une longue file qui serpentait au pied de la montagne, tandis qu’au milieu du silence arrivait, assourdi, le bruit des hommes en marche. C'était la brigade Dabormida.

La combe ou la plaine de Gundapta {comme je l’ai entendu appeler par les informateurs indigènes, à juste raison, je crois, au milieu de la confusion des noms), a une forme ovale, longue

. d'environ 3 kilomètres et demi et large de 1 kilomètre. Dans la combe coule lentement un ruisseau qui, de temps en temps, se “transforme en marais. En dehors des deux routes indiquées

…d'Entiscio à Adoua, il y a encore la route qui, par Yeha, va vers

“le Bélésa et l’Oculé Cusai, en ayant un embranchement vers

mGundapta. J'ai déjà signalé cette route comme pouvant servir à

une invasion éventuelle de l’armée choanne dans l’Érythrée (Chapitre XXIX). |

Non loin de Gundapta s'élèvent les rochers de Yeha avec les ruines de l’ancienne cité d'Axum. À Yeha devait arriver, selon les calculs et selon les ordres, le matin, de bonne heure, le major

Ameglio avec un bataillon indigène et avec les bandes du Seraé.

De Gundapta, j'envoyai un officier pour voir si la colonne ne

pointait pas vers le nord, tandis que j’expédiais le major Salsa en reconnaissance au col de Rebbi Arienni.

si

A ce moment même un billet que m 'apportaient deux ascaris

disait ceci :

Rebbi Arienni, 1° mars 1896.

A 5 heures un quart du matin, j'ai occupé le col de Rebbi Arienni

qui avait été évacué par l'ennemi.

Le major général,

DAB0RMIDA.

L’horizon s’éclairait (5 heures et demie), et la colonne Arimondi se rassemblait dans la zone occidentale de Gundapta, aux pieds du versant oriental de Rebbi Arienni, du côté des hauteurs qui servent dé base, au nord-est, au mont Raïio, lequel s’élève comme une tour. : |

J'ordonnai au général Arimondi de se garder sur ces hauteurs et sur les hauteurs latérales, au moyen de quelques détachements. Il devait chercher à se relier avec la colonne Albertone; je lui prescrivis de se mettre en mesure de soutenir la colonne Dabormida, en vue d’une éventualité quelconque, et de prendre, avec le reste de ses troupes, une position de rassemblement.

En même temps, j'envoyai le lieutenant Malladra, du quartier général, pour prendre des nouvelles de la brigade Ellena, dont la tête était à courte distance, et pour ordonner à cette brigade de serrer dans la plaine de Gundapta, d’y prendre une position de réserve et de garder les cols qui forment la combe.

Aussitôt après, en attendant des nouvelles, j'envoyai rapidement le colonel Valenzano sur le col de Rebbi Arienni et au delà, pour étudier le terrain qui s’étendait en avant de cette localité.

Il était environ 5 heures trois quarts, et il semblait que tout allait bien, malgré l'incident qui avait retardé d’environ 1 heure et demie la marche des brigades centrales‘.

De l'ennemi, point de traces; la brigade Dabieil occupait fortement le col; la brigade Arimondi, derrière cette brigade, se massait sur le revers de la position; la brigade de réserve serrait lentement sur la tête.

1. À propos d'heures, question si délicate dans le récit d’un jour de combat, je dois immédiatement faire observer que, bien que j'eusse donné au rapports l'heure de ma montre aux commandants des brigades, quatre heures avant le commencement du mouvement, il y a, dans chaque rapport et dans chaque déposition, des heures si différentes que cela engendre parfois la confusion et l’'équivoque, même dans le Rapport officiel si soigné du vice- OR le général Lamberti

Avec le jour, on pouvait promptement remédier au défaut de cohésion et regagner le temps perdu. Somme toute, entre G et 7 heures, on avait réuni ou l’on était sur le point de réunir, entre le col de Rebbi Arienni et la combe de Gundapta, la plus grande partie des forces combattantes, c’est-à-dire :

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