‹ Mémoires d'Afrique, 1892-1896Chapitre 15 sur 156 · Voir rapport Arimondi, livre vert, xirr, page · texte numérisé non relu

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lement, on n a que trop oublié les victoires d’alors, et l’on cherche même à en diminuer la valeur, comme si elles n'étaient pas dues à nos officiers et à nos troupes, comme si elles ne faisaient pas partie de notre patrimoine d'honneur militaire, comme si elles n'étaient pas une consolation dans nos malheurs et une promesse pour l'avenir.

Le colonel Arimondi fut nommé major général, pour faits de guerre, avec la mention suivante contenue dans le télégramme adressé par Sa Majesté le roi au gouverneur, à la date du 2 février 1894 :

En souvenir de la victoire d’Agordat, je vous confère la croix de commandeur de l’ordre des Saints-Maurice-et-Lazare. Cette distinction vous prouve que, si un autre eut le bonheur du succès, c’est vous qui avez eu le mérite d’avoir renforcé, dans la colonie civile et miiitaire, l’organisation qui prépare les événements heureux. Veuillez transmettre au colonel Arimondi cette communication de ma part :

« Vous avez prouvé que vous possédiez le cœur et l’esprit d’un vaillant capitaine, doué des plus grandes vertus militaires. Grâce à vous, la valeur des officiers, des sous-ofliciers et soldats italiens et des troupes indigènes a pu triompher du nombre sur un adversaire

aguerri. » UmgerrTo.

Comment se fait-il (on l’a demandé bien plus tard, après la malheureuse journée d’Adoua), comment se fait-il que le gouverneur fût à Rome, pendant que l'invasion menaçait la frontière occidentale de la colonie? — La réponse est bien facile, surtout maintenant. Appelé par le ministre des affaires étrangères, j'étais parti de Massaoua, dans les premiers jours de septembre, après avoir visité la zone de Chéren et pendant que le noyau des forces des Derviches campait loin au sud, sur le territoire de Fazoglo, peut-être à 500 kilomètres de Cassala et à plus de 600 kilomètres de notre frontière. C’est seulement en novembre “que commença la réunion des troupes mahdistes, au Ghedaref, à 240 kilomètres de Cassala. Cette réunion pouvait être interprétée de plusieurs façons; elle arrivait en pleine crise ministérielle, et c’est seulement au commencement de décembre qu’elle fut signalée à Rome.

IL est vrai cependant que la concentration des Derviches à

Cassala et leur attaque contre la colonie se produisirent presque à l’improviste. Mais celui qui veut juger avec équité l’œuvre des officiers chargés du service d’information, doit réfléchir qu’en Afrique (quelle que soit la vigilance) les nuages s’accumulent avec une extrême rapidité et qu'il est facile de se tromper, au milieu des mouvements continuels de soldats qui campent et se déplacent sans cesse, dans des territoires aussi lointains, où ils vivent avec une incroyable facilité. Une erreur était d'autant plus facile à commettre que, à ce moment-là, Cassala formait la base d'opérations des Derviches contre nous, et que le pays était désert depuis Biscia ou depuis l’Auasciait jusqu’à Cassala.

La dernière invasion des Derviches, dans la colonie, s’est pro duite, tout d’un coup, en Janvier 1897, dans des proportions peutêtre plus grandes qu’alors. Et pourtant nous occupions Cassala depuis deux ans et demi, nous avions toute la ligne d'opérations entre Agordat et Cassala qui était fortifiée et gardée ; nous avions aussi l'expérience de trois années consécutives et de trois faits de guerre : Agordat (décembre 1893), la Meluja (novembre 1894) et Tucruf {avril 1896).

Du reste, le jour même où l’on reçut à Rome la nouvelle de l'attaque mahdiste, je courus à Brindisi (23 décembre) et je m'embarquai pour l’Erythrée, n'ayant d'autre préoccupation que la situation militaire et espérant que le président du conseil, Crispi, aurait empêché la diminution des effectifs des troupes coloniales que l’on discutait dans les bureaux de la Consulta, au ministère des affaires étrangères.

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