‹ Mémoires d'Afrique, 1892-1896Chapitre 148 sur 156 · Voir notre carte Coatit-Sénafé, chapitre VII · texte numérisé non relu

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“ En attendant, il fallait évacuer les magasins, alors que l’inten-

dance avait déjà pris, par l'Haddas, la route de Maio pour aller à Massaoua; il fallait transporter à Saganeiti les mortiers-torpilleurs de 9, qui se seraient trouvés là plus en sûreté et auraient trouvé un meilleur emploi, étant donnés la forme de la localité et les angles morts sous le fort.

Au fort d’Adi Caiïé je reçus des nouvelles de la situation; mais on ne savait encore rien de la brigade Dabormida. Et cette circonstance que le régiment de Boccard {12°, 18° et 20° bataillons), ainsi que le 17° bataillon, battait en retraite, sans aucune fraction de cette brigade et sans combattre, faisait naître les plus étranges suppositions.

A Adi Caïé, la question d’ordonner ou non l'évacuation du fort d'Adigrat se présenta subitement à mon esprit.

Adigrat était une forteresse située au cœur du territoire qui venait d’être abandonné; elle était dans une bonne position, bien protégée, suffisamment armée, ayant son point d'eau battu par le tir de notre infanterie, et elle était largement pourvue de vivres. Peu de jours auparavant, le bataillon de chasseurs blancs était entré dans la place; c'était un vieux bataillon d'Afrique qui avait fait ses preuves; il était commandé par le major Prestinari, dont

je connaissais bien la fermeté, l’habileté et le sang-froid.

Certes, ce jour-là, 3 mars, étant donnée la situation telle

qu’elle se présentait, on pouvait craindre qu Adigrat ne fût promptement investi, soit parce que l’ennemi chercherait à pro-

fiter de sa victoire, soit parce que l'abandon, par le régiment de

… Boccard, des voies de l'arrière et des communications avec Adi-

grat, faisait craindre que de nombreuses forces ennemies ne fussent en marche, d'Adoua vers l’Agamé. Sans cela, pensai-je, de

… Boccard n'aurait pas abandonné ses fortes positions défensives

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avant d’avoir recueilli ceux qui battaient en retraite; et le colonel de Boccard, en arrivant à Adi Caié, me confirma dans mon

opinion.

Mais la poursuite avait cessé le soir même de la bataille; et c'est seulement entre le 3 et le 4 mars que ras Maconnen s'avança jusqu’à Sauria, et degiac Area jusqu’au Mareb. Ras Sebath et degiac Agos Tafari battaient la campagne; ces derniers avaient été battus, il est vrai, le 25 février, par le colonel Stevani à Mai

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Maret, mais ils revinrent à la charge, à la suite de la victoirerem=" portée par Ménélick le 1° mars, car cette victoire avait surexcitén toute la région.

De toute façon, en ce jour, il eûtété inopportun d’ ordortne ti = vacuation d'Adigrat. Adigrat est à 86 kilomètres d'Adi Caïé!, par une route qui serpente le long de l’arête éthiopienne et qui sem prête aux embuscades, surtout dans un pays insurgé, parcouru par des bandes de brigands. En battant en retraite d'Adigrat, ss route que l’on doit suivre remonte le passage fatigant de Cher= seber pour arriver à Mai Maret, puis elle traverse la gorge danse reuse de Gunaguna. Pour faire abandonner Adigrat, il aurait été, en premier lieu, difficile de faire parvenir, en temps utile, l'onde ; au major Prestinari; puis, celui-ci, peut-être le soir du 4 ou du 5; ‘ aurait dû sortir du fort, avec des centaines de malades, et proba= blement avec bien des blessés, pour se mettre sur cette route dan= gereuse, espionné, pressé et ayant à craindre des embüches de“ tous les côtés. Avec sa longue et faible colonne, il aurait dû marcher lentement, en se repliant, tandis que l'ennemi — venant den l’Entiscio, comme c'était à prévoir — se serait ayancé avec de grandes forces vers l’Agamé et vers le Scimenzana, en précédant ainsi le major Prestinari sur sa ligne de retraite.

Pour aider à l'évacuation d’Adigrat, il y avait bien Le régiment de Boccard avec ses trois bataillons, avec le 17° bataïllon et la colonne mixte de Bernardis, qui défendait encore le pas de Cas= cassé. Mais, après tant de marches et sous l'influence déprimante* de la retraite, le. régiment de Boccard n’était certes pas en état de faire espérer, de sa part, une action eflicace, en retournant sur ses pas, d’Adi Caiïé vers Adigrat, pour réoccuper les positions | qu’il venait A d'évacuer, surtout pour les réoccuper des vive force (il n’y avait pas de doute à ce sujet) contre des enne-— mis dont personne ne pouvait prévoir le nombre.

Detoute façon, en abandonnant Adigrat, surtout aux yeux des. Abyssiniens, on aurait augmenté le lustre de leur victoire, on les. aurait excités et engagés à diriger leur invasion vers Gura et l’ Asmara, ou même vers Adi Caié et Massaoua, et l’on aurait dû lais= à ser en leur pouvoir tout ce que le major Prestinari n'aurait pass pu détruire, en se retirant en cachette. Et puis, Adigrat, en res=.

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