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» D. — Savez-vous les raisons pour lesquelles le général Baratieri se décida inopinément, le 29 février, à attaquer les Choans ? Avez-vous eu l’occasion d'exprimer au général Baratieri votre opinion sur cette attaque, et savez-vous si les autres officiers généraux et supérieurs ont exprimé leur avis ?
R. — D'une facon absolue, je ne puis dire que je connaisse toutes les raisons qui peuvent avoir amené le général Baratieri, dans la soi-
rée du 29 février, à ordonner la marche sur le campement choan et l’attaque qui en fut la conséquence. Je connais seulement les raisons qui nt été exposées, le soir du 28 février, dans une réunion que le généfal Baratieri eut avec les quatre généraux commandants de brigade, n présence du chef d'état-major, le colonel Valenzano. Je déclare d’abord que, pendant mon séjour au camp, le général Baratieri avait déjà leux autres fois recu ces généraux pour les entretenir des grandes lifficultés que rencontrait le service des ravitaillements et pour indijuer la possibilité d'un ordre prescrivant de se retirer sur une posiion plus rapprochée de la source des ravitaillements. Le général jaratieri avait en outre déclaré que la réunion n’était pas un conseil guerre, mais plutôt une discussion et un échange d'idées, après uoi, lui seul, qui était responsable de tout, prendrait ses décisions. Le soir du 28 février, un peu après 5 heures, eut lieu la réunion à quelle je viens de faire allusion. Le général Baratieri exposa que Île érvice des vivres était assuré jusqu'au 2 mars, ou tout au plus jusju'au lendemain; après ce jour il ne pouvait plus espérer, d’une façon
il était nécessaire de prendre une résolution. Cette résolution pouvait décider la retraite, vers la combe de Sénafé, ou encore à Adi Caié; peut-être même, en battant en retraite, il pouvait être à propos de reculer jusqu’à l’Asmara.
Le général Dabormida prit alors la parole le premier, et il s'écria : « Reculer, jamais ! » Et il appuya son opinion sur les trois raisons essentielles suivantes :
Primo : en Italie, on n'aurait pas compris une retraite, parce que le pays aurait préféré perdre, en une bataille, deux ou trois mille hommes, plutôt que de se soumettre à une retraite qui lui aurait semblé déshonorante;
Secundo : battre en retraite aurait extraordinairement déprimé le moral de nos soldats, ce qui aurait eu des conséquences très graves, pour ne pas dire fatales ;
Tertio : l'ennemi, toujours bien au courant de nos faits et gestes, bien plus nombreux que nous, plus rapide dans sa marche que nos troupes blanches, n'aurait pas manqué de nous attaquer pendant la marche, au jour et au lieu qui lui auraient paru convenables ; par suite, nous nous serions trouvés obligés de combattre dans les conditions les plus défavorables, étant donnée la nature du terrain qui nous aurait contraints à allonger énormément notre colonne. El finit. donc en concluant qu'il valait mieux attaquer.
Le général Albertone, qui prit ensuite la parole, exprima le même avis que le général Dabormida, en donnant des raisons analogues et. en ajoutant que, d’après les informations des indigènes, une partie de l’armée choanne était occupée à razzier, en dehors de la combe d’Adoua, tandis qu’une autre partie s'était dirigée vers le Choa pour rentrer dans son pays. Il dit en outre (bien que ce füt en termes douteux) que deux ras devaient s'abstenir de prendre part au combat. En parlant ensuite de la position occupée par les Choans, il dit savoir que le campement était divisé en deux parties, assez éloignées l’une de l’autre, dans l’une desquelles (la moins éloignée de nous) il n'y avait que peu de forces, 14,000 ou 15,000 hommes.
Le général Arimondi, qui fut le troisième à parler, se montra franchement favorable à l'attaque, en ajoutant qu'on avait déjà laissé échapper deux ou trois occasions pour exécuter une attaque.
Moi — qui fus le quatrième à prendre la parole — je déclarai que j'avais profité de mon droit d'ancienneté pour parler le dernier, parce que, arrivé depuis douze jours seulement au corps d'opération, je ne pouvais pas avoir des notions exactes et complètes sur tout ce qui se rapportait à l’armée ennemie, par exemple sur sa force intrinsèque,
sur son attitude, sur sa tactique, sur la position qu’il oceupait. Je déclarai done que mon jugement ne pouvait se baser que sur les infor- mations et sur les considérations développées par mes collègues; en conséquence Je donnaï, moi aussi, un avis favorable à l’attaque. Dans la suite des conversations qui se croisaient, il m’arriva de préciser … mon opinion par les mots « rassembler le maximum de forces dispo- - nibles, et puis aller chercher l'ennemi ».
Û D Le général Baratieri termina la réunion par ces paroles :
1 « Le conseil est hardi; l’ennemi est brave et il méprise la mort. “ Comment est le moral de nos soldats ?
…. — Excellent, » répondirent tous les commandants de brigade. Alors . nous fûmes congédiés par les mots : « J'attends des informations ulté- À rieures que doivent m'apporter des informateurs du camp ennemi; dès … que je les aurai, je prendrai une décision. »
… Le soir du 29, à 5 heures, le général Baratieri convoqua les quatre -commandants de brigade; il leur communiqua ses intentions de se » porter en avant, il leur expliqua, sur un croquis topographique, l'ordre de la marche et le plan d'attaque. Il se réserva d'envoyer à bref délai “aux brigades l’ordre écrit, qui me parvint à 6 heures et demie; il
” congédia les commandants de brigade en leur recommandant de bien persuader à la troupe qu'il fallait vaincre ou mourir. »
Lecture faite, certifié conforme et signé ELLENA GIUsSEPPE.
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