PRÉFACE VII
sous le nombre. Depuis, retiré dans les montagnes où il est né, 11 médite sur les amers et indignes retours de la fortune, l’ancien garibaldien qui, à dix-sept ans, s embarquait pour la Sicile, le plus jeune des Mille héroïques morts maintenant ou devenus vieillards, et le vainqueur de Kassala, devant qui battaient en retraite les Derviches tout aussi bien que
devant le sirdar Kitchener, cherche dans ses souvenirs la
cause de ses malheurs et, sans récrimination contre personne, simplement, il écrit du fond de sa retraite l’histoire des dramatiques journées qu'il a vécues.
C'est moins un plaidoyer pour sa défense qu’un témoignage de reconnaissance et de piété pour ses braves soldats tombés là-bas que le général a voulu publier. Il sait que les vaincus ont toujours tort et que les nations aiment, pour se décharger elles-mêmes, à charger un seul homme de leurs désastres. Ce n’est pas pour protester contre l’'impopularité, c’est pour affirmer la vérité que le général Baratieri a pris la parole. Des Italiens de mes amis me disaient, en me parlant de lui : « Après de certains désastres, on se tait. » Je ne crois pas que le silence ait jamais été utile ni à une personne n1 à une cause. Ce que tous les peuples, tous les citoyens, doivent connaître, c’est la vérité, rien que la vérité, füt-elle amère, füt-elle tragique. Gutenberg n’a pas inventé l'imprimerie pour en faire un instrument de silence. On en fait trop souvent déjà un outil de calomnie et de mensonge.
Ce livre est la confession du vrai.
L'auteur est un enfant du Trentin qui, en 1859, à l'heure du réveil de l'Italie, abandonnait Arco pour venir combattre pour la liberté de la patrie italienne, faisait campagne avec Garibaldi, entrait dans l’armée italienne, se battait avec un achar-nement intrépide dans la journée de Custozza, comme il s'était battu à Catalafimi et au Volturno, commandait avec
une intelligence valeureuse un régiment de ces braves ber-