‹ Mémoires d'Afrique, 1892-1896Chapitre 25 sur 156 · Lettre du 8 septembre · texte numérisé non relu

Lettre du 8 septembre

de Cassala pour attirer à nous les chefs tigrins et pour former, en tout état de cause, avec le Tigré et les Volo Gallas, une barrière contre les velléités et les desseins hostiles du Midi.

« J'espère être aidé, en cela, par nos bonnes relations avec ras Micael et par l’amitié de celui-ci pour ras Mangascia. De toute façon, la situation n’est ni claire ni facile, à cause des craintes que l’on éprouve toujours, dans le Tigré, à l'égard des Choans; à cause de l'influence de ras Alula et de ses guerriers qui ont pris du service chez Ménélick; à cause de la méfiance et des soupçons de certains chefs envers les Italiens (ces soupçons sont paralysés, il est vrai, par la sympathie de la population); à cause de l'influence que conserve encore, sur le faible esprit de ras Mangascia, le scium de l’'Agamé, Tesfai Antalo, le représentant, au delà du Mareb, de la politique choanne. » |

J'ajoutais d’autres considérations pour démontrer la nécessité d'être toujours sur nos gardes : « En Orient, les sectes politiques et religieuses qui se sont étendues avec tant de vitalité, sur un si vaste domaine qu'on ne leur conteste pas, ne tombent en ruines que peu à peu. Dans le cas particulier du mahdisme, la secte des Baggaras s’est imposée à toutes les autres par la hardiesse, par le nombre, par la valeur, par l'intérêt moral, par l'étendue du pays, par ses aptitudes martiales et par l'appui d'Abdullahi! »

« La prudence veut que nous soyons bien en forces et prêts à tout événement. Cela est d'autant plus nécessaire que, malgré les bonnes paroles et l'intérêt évident qu'a le Tigré de se mettre avec nous, 1l faut re pas perdre de vue ce pays, car la logique politique et militaire est inconnue en Abyssinie, et les promesses sont généralement faites pour dissimuler la pensée. »

Tel était le ton de toutes mes lettres, de toutes mes dépêches et de tous mes rapports au ministère : grande prudence dans nos négociations avec les Abyssiniens; attitude hostile du Choa ; manque de sincérité du Tigré; possibilité d’incursions mahdistes.

Dans mon rapport du 19 octobre, je décrivais la situation dans le Soudan, j'indiquais les mesures politiques prises ou à prendre, je jetais un regard sur le théâtre de la guerre et sur l’histoire du mahdisme, je faisais allusion à nos craintes et à nos espérances, et j'ajoutais :

« Comme jen manifestais l’idée dans mon télégramme du

22 juillet, indiquant les conditions essentielles pour pouvoir occuper Cassala, il est certain que, si les Anglais s'étaient avancés jusqu'à Berber ou vers le bas Atbara, toutes les velléités de revanche se seraient évanouies, et le mahdisme, profondément troublé et ébranlé par la catastrophe de Cassala, se serait réfugié dans ses dernières retraites. Mais maintenant il est prudent de s’attendre & une nouvelle levée de boucliers avec des essais d'investissement de Cassala et des tentatives d'invasion en Érythrée. »

Il était donc de plus en plus nécessaire de chercher, par des accords et des intelligences, à augmenter ailleurs le nombre de nos alliés, et il fallait nous préparer le mieux possible à lutter ‘aussi bien contre les Derviches que contre les Choans.

Nous avons fait allusion à ras Micael, chef des Volo Gallas. Jadis musulman, il s'était apparenté avec le roi Ménélick et s'était fait chrétien, plus pour s'assurer la possession de ses domaines et pour être bien vu des Choans, des Tigrins et des Dancalis, que par sympathie ou par conviction, car ces sentiments sont inconnus au cœur abyssinien. Il avait cherché à avoir de bonnes relations avec la colonie de l'Érythrée et avait envoyé des missions, avec des présents, au roi d'Italie, en le priant d'ouvrir des voies au commerce, soit au port de Massaoua, soit au port d'Assab. Il avait toujours protégé nos courriers, assurant la correspondance, à travers son pays, avec nos résidents à la cour choanne. Il semblait prendre le parti de ras Mangascia, même dans les divergences de ce dernier avec l’empereur, surtout à cause de l'amitié de Mangascia pour le gouverneur de l'Érythrée.

Les musulmans qui habitent sur le versant oriental de la chaîne éthiopienne, depuis le Zebul {sur le parallèle du lac Ascianghi) jusqu'à Ancober et à l’Aussa, avaient pour lui de la sympathie ; et Abdulrahman ben Jusuf?, notre agent chez les Dancalis, autrefois chassé par Ménélick de sa seigneurie sur l’Auasce”, le consi-

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