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CHAPITRE VII

COATIT ET SÉNAFÉ

A Adi Ugri(3 janvier 1895). — Camp de Chenafena (9-12 janvier). — Adis Adi. — La marche du mont Tuculé (12). — La surprise. — Les deux journées de Coatit (13 et 14). — La poursuite. — Sénafè (15).

Le 3 janvier nous étions à Adi Ugri (Godofelassi), alors que le jour précédent j'avais envoyé, d'Adi Quala, le major Hidalgo, avec le 2° bataillon indigène, pour pacifier l’'Oculé Cusai.

Tout annonçait l'invasion de la colonie. L’extrême avant-garde tigrine était déjà au Bélésa avec les rebelles transfuges de l’Oculé Cusai; Tesfai Antalo, scium de l’Agamé, s'était réuni à ras Mangascia, près de Mai Maman, dans la vallée de l'Unguja, sur les routes du Belesa; et presque tous les hommes valides d’au delà de la frontière, qui dépendaient du fils du roi Jean, s'étaient,

bon gré mal gré, mis avec lui. Le manque de vivres et d’eau les

ar

empêchait de rester pendant longtemps dans leur camp. Il nous

fallait prévenir l'occupation de l’Oculé Cusai, où un corps ti-

| grin relativement important aurait trouvé non seulement des

vivres en quantité suffisante et des positions excellentes pour résister à une attaque quelconque, mais encore la route libre vers Ghinda et vers Massaoua. De plus, quelques bandes de brigands, épaves de la révolte, auraient été prêtes à aider les Tigrins à couper l’Asmara de Massaoua, opération ne présentant d’ailleurs

aucune difficulté. En tout cas, l’armée tigrine aurait pu changer

| Sa ligne d'opération, en choisissant la route du Scimenzana!.

Comme le plan de l’ennemi était évident, je résolus d’occuper,

1. Voir la carte générale, à la fin du volume, au point où le 15° parallèle

| coupe le 39° méridien.

avec les troupes sous mes ordres (environ 3,900 hommes), une position dominante, qui fût, d’abord; assez rapprochée de l'ennemi pour me permettre de le surveiller et de l’attaquer de flanc, pendant sa marche en avant. Cette position devait, en outre, être assez voisine d'Adi Ugri pour que ce fort pût fournir une base d'opération commode et protéger la retraite; de plus, cette posi= tion devait être assez forte pour permettre de repousser toute attaque d’un ennemi, même très supérieur en nombre. Il fallait enfin qu’elle fût difficile à tourner. Tous ces avantages nous étaient offerts, sans aucun doute, par l’arête de Chenafena sur la rive droite, dominant le cours du Mareb. De ce point, le regard s'étend jusqu’à la crête qui surplombe le Mareb, jusqu au Belesa et jusqu'au mont Dighin, à travers la vaste plaine de Zama. De. Chenafena on voyait les trois directions probables de la marche des Tigrins : la première par Gura, la seconde par Coatit, et las troisième en se repliant vers l’est; la vue s’étendait en demicercle, dans un rayon d'environ 25 kilomètres. Les flancs étaient bien appuyés, et le front plutôt trop raide et trop escarpé. Il.y. avait de l’eau, de la paille et du bois.

Il n’était pas probable que l'ennemi se divisât en plusieurs colonnes. Il semblait se diriger sur Coatit, bonne et forte localité, bien pourvue de grain et d’eau, et d’où il pouvait se porter sur Saganeiti ou sur Halai. C'était d'autant plus probable que le commandant de l'avant-garde était fitaurart Tesfa, de Coatit, autrefois cicca (chef) de ce pays et chef de la bande qui s'était révoltée, le mois précédent, avec Batha Agos.

Le 9 janvier, nous occupions Chenafena, le mouvement étant couvert, sur notre droite, par la bande de Tesfu Mariam. Mais; la probabilité d’une action des Tigrins, contre Gura, étant écars tée, ainsi que celle d’une attaque directe contre nous, nous pars tions, le 12, pour Adis Adi, qu'occupait déjà le bataillon Hidalgo: Le village d’Adis Adi s'étale au pied d’une petite hauteur, non loin du mont Toculé, qui s’élève à l’est de cette localité, comme une tour chargée de défendre les territoires de Gura et de Coatit: De la hauteur d’Adis Adi, on découvre toute la plaine de Zama; qui s’étend aride et épineuse jusqu’au delà de la route directe du Belesa, par Amba Raindiet Coatit, route assez commode et plane”

Après avoir franchi, dès l’aube, le Mareb, qui s’est creusé un | lit entre Chenafena et Adis Adi, j'appris et je constatai moi-même

de visu qu'une colonne de poussière longue et basse s'élevait dans la direction du mont Dighin. C’était un indice certain de la marche de l’armée ennemie, vers Coatit. Les troupes italiennes, qui avaient passé rapidement le Mareb, étaient toutes sous la main. Restait le dilemme : ou bien attaquer l'ennemi pendant sa marche, ou bien le prévenir à Coatit.

En prenant le premier parti, il fallait, pendant environ trois heures, sous un soleil de feu et sans eau, traverser la plaine de Zama, toute ravinée, encombrée de rochers et parsemée d’épines. Notre marche aurait été découverte par l'ennemi, qui aurait eu tout le temps de prendre une position défensive.

Les Éthiopiens font ordinairement des étapes lentes et courtes, afin de se tenir réunis, autant que possible, autour des chefs. Par suite, leurs colonnes, à cause de leur grande habitude de la guerre, sont souvent moins longues que les colonnes de troupes régulières ayant même effectif. Et puis, les pentes du mont Dighin pouvaient offrir des positions dominantes, permettant une défense énergique, surtout si l’on considère que l’ennemi avait pour lui le nombre et que sa ligne de retraite était toujours assurée par le Scimenzana.

Je préférai donc prendre le second parti, c’est-à-dire prévenir l'ennemi sur la position de Coatit, en exécutant une marche qui avait bien des chances de rester secrète, du Mareb par le mont Tuculé et Ragahit, à Coatit, en laissant à droite Amba Raindi!. Le 12 au matin, je réunis, sur la hauteur d’Adis Adi, le général Arimondi, les officiers supérieurs et les commandants de détachement. Je leur exposai la situation telle qu’elle résultait des nouvelles reçues, je leur expliquai mes intentions et je donnai des ordres pour la marche immédiate, qui devait s’exécuter autant que possible rapidement et avec les troupes groupées.

Le corps d'opération était ainsi composé :

Commandant : major général Baratieri.

Commandant en second : major général Arimondi.

Chef d'état-major : major Salsa.

Chef du bureau du gouverneur : major Gigli Cervi.

2 bataillon indigène : major Hidalgo; 2° compagnie, capitaine Barbanti; 3°, capitaine Pavesi; 4° de milice mobile, lieu

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