‹ Mémoires d'Afrique, 1892-1896Chapitre 39 sur 156 · AU LENDEMAIN DE SÉNAFÉ · texte numérisé non relu

AU LENDEMAIN DE SÉNAFÉ

Le ministère veut profiter de la victoire. — Ordres d’enrôlements et envoi de bataillons (18 janvier 1895). — Le soldat en Europe et le soldat dans la colonie, — Les ascaris. — Les forces coloniales (mai 1895).

Cette victoire, précisément parce qu’elle avait été si disputée, excita un grand enthousiasme en Italie. Elle avait détruit les forces des ras tigrins et avait augmenté le prestige italien dans la colonie; elle avait démontré la bonté de notre organisation coloniale et prouvé, sur une vaste échelle, l'habileté, la capacité et la valeur de nos officiers; elle avait enfin fait ressortir la disci-, pline, l'instruction et la cohésion de la petite armée de l Érythrée, ainsi que les qualités remarquables de nos soldats. En peu de jours, on avait écrasé une révolte qui, en éclatant dans le cœur | de la colonie, avait pris un caractère des plus alarmants; on avait fait une pointe contre la capitale des terres tigrines; on avait, manœuvré avec rapidité au milieu des montagnes; on avait obtenu une victoire tactique et stratégique, couronnée par une poursuite qui avait dispersé l’armée ennemie, peut-être cinq fois supérieure en nombre. Tout cela s'était fait tandis qu’à l’extrême frontière opposée, sur le Gasce, nous étions presque aux prises avec les, Derviches.

La déroute de ras Mangascia à Sénafé (15 janvier) fut le signal | de la soumission absolue pour tout le pays; mais cela ne suffisait, pas pour résoudre la question abyssinienne. Dans mon rapport} officiel!, j'explique au ministère les motifs qui m'amenèrent à

1.25 janvier 1894; livre vert, xx11, n° 56. Je reproduis ce passage au com= mencement du chapitre IX de ce volume. |

m'arrêter dans le Scimenzana, alors que l’on espérait que, par une marche téméraire, j'irais cueillir, dans l’Agamé, des lauriers faciles à cueillir en ce moment-là.

Malgré les télégrammes trop modestes, envoyés de Coatit et de Sénafé, on exagéra les conséquences de la victoire, bien avant que parvint à Rome le rapport officiel.

Une année après, au milieu de l'abattement des esprits, une violente réaction voulut effacer cette période brillante de l’histoire de l'Érythrée. Les uns prétendirent que la trahison de ras Mangascia avait été inventée‘; les autres tâäxèrent d’imprudence l’attaque de Coatit; d’autres supposèrent que le nombre des ennemis avait été exagéré; d’autres enfin accusèrent le commandant d'avoir manqué de courage, en ne se lançant pas au delà du Bélésa, au lendemain de Sénafé. — Il serait curieux de comparer avec les premiers enthousiames ce qui a été imprimé depuis. Et pourtant les faits étaient évidents, contrôlés et documentés; ils s'étaient produits devant quantité de témoins, et les conséquences étaient visibles à la lumière du soleil. Et pourtant les télégrammes et les rapports disaient la vérité tout entière, cette vérité qui devait être chère à la nation et réconforter dans les jours de malheur.

Le ministère, le lendemain de Sénafé, voulait profiter de la victoire. Aussitôt que la nouvelle lui en est parvenue, dès le 18 janvier, Crispitélégraphie : « Le Tigré est ouvert à l'Italie; ce sera de l'indulgence de notre part si nous ne voulons pas l’occuper?. »

. Le même jour, le général Mocenni, en m’adressant ses plus chaudes félicitations, m'annonce que l’on a décidé l'envoi en Afrique de 4 bataillons, et il m'ordonne d’enrêler au moins 2,000 indigènes. Je réponds en demandant encore la reconstitution d’une se- -conde batterie de montagne, ainsi qu’il résulte de la dépêche du général Mocenni au baron Blanc du 21 janvierÿ. Le baron Blanc télégraphiait de suite : « Nous attendons vos

1. Malgré les preuves trouvées dans la tente de Mangascia et publiées, avec ma lettre du 14 février 1895, dans le livre vert, x111 bis, n° 69, et aussi umalgré les lettres adressées par Mangascia à S. M. le roi d'Italie et à moi, Llettres dans lesquelles il parle de l’œuvre du diable, faisant ouvertement allusion à celui qui l’avait poussé à la guerre. 2. Livre vert, x111 bis, n° 43.

3. Livre vert, Événements d'Afrique (janvier 1895-mars 1896), présenté à \ la Chambre, dans la séance du 27 avril, xxxrx bis n° 1.

propositions sur la façon de tirer profit du succès. Deux bataillons partiront le 30 courant, et les deux autres le 14 février, à moins que vous ne manifestiez un désir contraire. Pour la batterie de” montagne, nous attendons la proposition que vous nous avez déjà annoncée. »

Dans ces circonstances, comme l'ennemi avait été rejeté au delà de la frontière, tirer profit de la victoire en doublant presque les troupes régulières de la colonie, cela voulait dire clairement qu'il fallait passer offensivement la frontière, d'autant mieux que les télégrammes avaient été expédiés de Rome, bien avant que n’y arrivât, par lettre, le rapport officiel. En effet, comme il fallait puiser aux sources exactes et contrôler les renseignements, pour la narration des événements militaires, ce rapport fut signé le 25 janvier et parvint à la Consulia le 4 mars.

Mais en répondant au télégramme du baron Blanc, Le 22 janvier, je demandai encore des explications et posai cette première et si importante question : les préparatifs doivent-ils avoir pour but de protéger l'intégrité du territoire et la sécurité de la colo nie, en restant dans les frontières actuelles ? Et j’ajoutais : « Je vous ferai observer combien il sera difficile et long de compléter l'enrôlement de deux mille indigènes et combien il sera difficile d'employer les troupes italiennes en première ligne, aussi bien dans les montagnes de l’Abyssinie que dans les plaines torrides du Soudan”. »

Le même jour (22 janvier), le baron Blanc, en écartant l'hypothèse de l'offensive, dans le Soudan, ajoutait : « Les portes du Tigré étant ouvertes à l'Italie, si Votre Excellence croit pouvoir agir, qu’elle le dise franchement, et nous maintiendrons l'envoi des renforts annoncés. »

Le 24 janvier, je répondis : « L’occupation du Tigré et de l’Agamé offre de notables avantages politiques et militaires et sera mon objectif; mais Je considère comme imprudent de le faire avant d’avoir augmenté les forces et préparé l'opération. En attendant, nous aurons des nouvelles de l'attitude des Choans, qgw rentrent actuellement de leur expédition? vers le sud, avec leurs forces réunies. Nous verrons si les Derviches continuent à rester inactifs et si la garnison de Cassala est suffisante pour les main-

4. Livre vert, xxtI1 bts, 2, 3, 4, 5, et 7. à 2, La zemeccia contre les Vollamos, dans le territoire de l’Uebi, dont il est question au chapitre v.

tenir, Le 5° bataillon indigène est presque constitué. Pour le Ge, je commence l’enrôlement. »

Le lendemain, 25 janvier, j'écrivais : « Le gouvernement du roi, après la victoire de Coatit, en m'annonçant l’envoi de quatre bataillons blancs, m’ordonnait l’enrôlement sur une vaste échelle. Je crus que l'intention du ministère était de prendre l’offensive, et Je demandai des explications, pour déterminer et préparer mon action. À la suite des derniers télégrammes de Votre Excellence, je considère que, pour assurer la défense du territoire colonial et pour occuper éventuellement le Tigré et l’Agameé, il suffit d’envoyer deux bataillons blancs, de former une batterie indigène de montagne et d'enrôler de l'infanterie indigène, dans les limites fixées par le ministre de la guerre. » Il s'agissait de l’enrôlement de plus de deux mille indigènes, sans compter les bataillons en for= mation, ainsi qu'il résulte du reste de ma lettre du 27 mars 1895, datée d'Adigrat!. Il s'agissait aussi des besoins ordinaires, comme l'indiquent le texte du télégramme, la nature même des choses et toutes les dépêches qui ont suivi.

C’est une erreur périlleuse que de se baser sur la valeur des troupes dans la mère patrie, pour juger de la valeur des troupes dans la colonie; surtout quand celles-ci ne sont point habituées au climat, rompues à la fatigue, familiarisées avec le milieu, endurcies à la marche à travers ces terrains et dans des conditions spéciales. L'esprit du soldat le plus calme et le plus brave est frappé par le spectacle d’une nature aussi diverse, où les climats Si variés passent de la chaleur déprimante de Massaoua et de la côte, à l'air vif et piquant des altitudes dépassant deux mille mètres, qui occasionne parfois des phénomènes singuliers. Dans la caserne et au bivouac, les curieuses légendes surexcitent les esprits, elles font voir les choses les plus invraisemblables et produisent les hallucinations les plus étranges.

… Tout le monde se rappelle les alarmes si fréquentes durant là campagne de 1887-88?; et tous ceux qui ont été en Afrique 1. Livre vert, xur bis, n° 41, page 41, troisième avant-dernier paragraphe. La lettre même est contenue dans le livre vert, xrxr bis, mais il y manque le paragraphe relatif aux effectifs.

2. Sous les ordres du général San Marzano contre les Abyssiniens com-

Imandés par le negus Jean et dans laquelle je commandais un régiment de bersagliers. Noir l’'Introduction.

peuvent raconter de curieuses anecdotes sur les mirages, sur la double vue, sur le vertige et sur l’exaltation des conserits.

Pour calmer et corriger l'imagination surexcitée, il suffit d'un séjour de quelques mois dans la colonie, en familiarité avec les indigènes, qui, généralement, témoignent de la déférence pour les Italiens. Mais une période de quelques mois est indispensable, même pour les meilleurs. Ajoutez à cela que quelques mois sont à peine suffisants pour que l'entente et l’union puissent s'établir entre les officiers, les sous-officiers et les soldats, et pour donner à l’ensemble la cohésion nécessaire à la suprême abnégation et aux suprêmes sacrifices.

Le défaut capital des armées européennes, armées dans les-, quelles on place le nombre avant certaines qualités essentielles de guerre, ne consiste pas dans la faible instruction des soldats, mais il provient surtout de ce que les inférieurs et les supérieurs ne se connaissent pas réciproquement entre eux; par suite, l'en-, tente manque, et les liens se relâchent sur le champ de bataille.

Et pourtant, les unités tactiques, en Europe, sont toujours | organisées et elles ont des cadres permanents. Pourtant ces unités sont contenues dans des unités d'ordre supérieur; et il y a un noyau plus ou moins gros qui constitue la famille militaire. | Pourtant il existe, plus ou moins fort, un esprit de corps cultivé} et développé avec des soins généralement assidus. C'est surtout dans les guerres européennes que l’on peut faire appel, avec bien plus de confiance, à des sentiments moraux d'ordre supérieur, comme l’amour de la patrie, l’orgueil blessé, les droits nationaux]

foulés aux pieds, IC:

Il n’y a rien de tout cela dans une guerre coloniale de [ Italie. Avec le système adopté jusqu’à présent pour la constitution des: troupes coloniales européennes en Érythée, l'individu est enlevé, tout d’un coup, à son régiment et il est destiné à former un élés ment d’une unité tactique quelconque que l’on improvise: Il n’est point nécessaire de recourir à des preuves matérielles (car cela est assez naturel et humain) pour savoir que l’on n’envoie pas en Afrique les meilleurs éléments, malgré tous les ordres du ministre de la guerre. On part de ce préjugé que les éléments les. plus mauvais sont toujours bons, peut-être même les meilleurs, pour les guerres coloniales.

La plupart des soldats, il est vrai, se présentent spontanément

pour aller en Afrique; mais il faudrait regarder très adroitement dans la compagnie, pour voir d’où vient ce mouvement spontané. À ce propos, le commandant des troupes, le général Arimondi, et moi, nous nous sommes plaints, plusieurs fois, au ministre de la guerre, des troupes envoyées, en temps de paix; il est facile de se figurer comment se sont faites les désignations, en temps de guerre, quand on ne pensait qu'au nombre et qu’il fallait embarquer des volontaires.

Les hommes destinés à l'Afrique sont envoyés, par bandes, à Naples. Là, on les embarque tant bien que mal, et c’est au milieu les petites misères du voyage qu’ils commencent à faire connaissance avec leur nouvelle famille militaire, avec leurs sous-officiers # avec leurs officiers.

La tenue, qui entre pour beaucoup dans la discipline, est néligée. Et, une fois débarqués à Massaoua, l'uniforme peu miliaire qu'on leur distribue, au hasard, et qu’ils endossent maladroiement, n’est pas fait pour les rehausser, ni à leurs propres yeux, i aux yeux des autres.

Il faut un apprentissage relativement long pour redonner à ces roupes leur apparence, pour étudier les hommes, pour établir icamaraderie, pour créer, à l’état embryonnaire, un sentiment de ollectivité militaire, pour amener enfin les compagnies et les ataillons à être des unités de combat. Cet apprentissage serait eut-être plus facile aux Italiens qu’à d’autres, à cause de la plus rande facilité qu’ils ont de s'adapter au milieu, à cause aussi e leur plus grande docilité. Mais, en général, la discipline est bservée et exigée moins rigoureusement, en Afrique, par des iciers nouveaux, qui aspirent à l'Afrique, pour un temps pasiger, ou qui ne demandent qu’à obtenir une place dans les trouès indigènes. Ges troupes régulières indigènes avaient, partout, parfaiteent réussi. Tous les doutes que l’on pouvait avoir sur les asca- S avaient complètement disparu. Musulmans et chrétiens avaient mbattu, tour à tour, contre les adeptes du Coran et de l’'Évanle; et les cordons azurés, caractéristique des guerriers éthioens”, avaient attaqué leurs compatriotes au milieu de leurs terres

L En général, les Abyssiniens (chrétiens) portent autour du cou un cordon >u auquel est suspendue une croix, ou bien un anneau, ou bien encore une rulette quelconque.

sans que, en temps de guerre, les désertions fussent plus nombreuses qu’en temps de paix.

Même pendant la révolte de l'Oculé Cusai, les soldats en congé, | aussi bien des bataillons actifs que de la milice mobile, bravant les haïines et les dangers, accoururent sous les ordres de leurs capitaines, pour prendre leur poste de combat.

L’instruction et la discipline avaient fait des progrès. Les nou-| veaux règlements avaient donné plus de cohésion aux unités tactiques, ainsi qu'une plus grande régularité etdes règles plus précises | aux relations hiérarchiques. Ces progrès avaientété obtenus sans | diminuer l’agilité ni l’élan des soldats, et en développant, par des. exercices, la résistance des troupes et la rapidité des marches.

D'esprit militaire et d'esprit de corps, il y en avait même de, trop dans les troupes indigènes régulières, surtout à cause de. l’orgueil que la victoire développe chez les soldats. D'autre part, on ne remarquait aucun conflit entre les musulmans et les chré=| tiens, réunis dans la même compagnie.

Tout le monde connaît, en Italie et au dehors, la simplicité de, la nourriture et la résistance aux privations du soldat érythréen.

Une ration de farine suffit pour la journée. Chacun pourvoit à ses, propres besoins, même dans le pays le plus pauvre; chacun sup; porte la faim avec indifférence, chacun se soigne lui-même. Aussi la plus grosse difficulté de la guerre (les impedimenta) se trouvé réduite relativement à peu de chose. Les mouvements peuven donc être rapides et longs, même dans les pays de montagne même avec ces chemins.

Et puis, le soldat indigène a un œil et une oreille de sauvage Il a toujours vécu et marché nu-pieds sur ces rochers, au miliel de ces précipices, dans cette nature qui semble si étrange au!) regards de l’Européen. Le soldat indigène s’excite, il s’enthou! siasme, mais rien ne le surprend. Il sait tirer parti du terrain pou le combat individuel, mieux qu'on ne pourrait le lui enseigner

C’est donc un élément précieux, indispensable, pour lutter contr!

‘un ennemi qui possède à peu près les mêmes qualités naturelles En toute circonstance, l'ambition, l’orgueil, le cœur martié qui bat en lui, l’excitent à des actes de courage réellement admi rables et admirés, ainsi qu'on peut le voir par les citations, | tre de récompense, à la suite de chaque combat. 4 | Certes, le soldat italien, dans une guerre européenne, s'il es

bien encadré et bien commandé, déploiera des qualités supérieures, surtout à cause de son éducation, de son amour pour la patrie, de son séntiment du devoir et de sa fermeté même quand la fortune vient à tourner. Mais ce serait une illusion dangereuse que de se figurer qu’en Érythrée le soldat italien va déployer toutes ses éminentes qualités militaires, alors qu'il a été pris à l'improviste, sans une idée quelconque, alors qu'il s’enrôle volontairement pour échapper à la discipline, alors qu’il n’a que des cadres improvisés, alors qu'il a laissé pénétrer dans son cœur l’idée qu’il combat pour une cause injuste ou même dans un but dangereux pour la patrie.

Certes, le soldat italien, après une éducation appropriée et après une certaine préparation, se trouvant, dans ce milieu, commandé par des cadres permanents d'officiers et de sous-officiers, peut devenir un excellent soldat colonial, mieux peut-être que tout autre soldat d'Europe. Il est plus que les autres sobre et rapide, il est plus agile que les autres et plus capable de s’orienter; en général, il est mieux préparé au climat. Le bataillon de chasseurs d'Afrique nous en donne une preuve réconfortante; car

ce bataillon, après un entraînement peu prolongé, avec un peloton de sapeurs du génie, put exécuter, de concertavec les troupes indi-

gènes, la marche d’Adigrat à Antalo (octobre 1895) et se présenter intact et en ordre à Debra Aïla, impatient d’aiderle bataillon Ameglio et les bandes tigrines à chasser Mangascia de l’amba.

De toute façon, les troupes blanches coûtent incomparablement plus cher que les troupes de couleur. Les premières ont

besoin d’une préparation plus sérieuse; il leur faut des officiers experts dans les choses d'Afrique autant et plus que ne le sont

les officiers des ascaris. Elles exigent infiniment plus d’égards, des services plus sûrs et mieux ordonnés, des convois infiniment plus encombrants que ne le sont ceux des troupes indigènes.

Dans les circonstances d’alors, on considérait comme insoluble le probième de l'emploi de troupes blanches contre les Dervi- Ches, à cause du manque d’eau sur la ligne d'opération Agordat-

Gassala et de Cassala vers l’Atbara, à cause aussi de la tempé-

: fature torride du pays, surtout en cette saison (février-juillet), à | laquelle succédait la saison des pluies.

Deux nouveaux bataillons blancs suffisaient donc, surtout si ? Q « . « 1 :

l'on considère que les membres du cabinet, à Rome, n'étaient

point d'accord. Ce qui le prouve, ce sont les lettres échangées, à ce sujet, entre le ministre des finances M. Sonnino et le ministre des affaires étrangères M. Blanc‘. À part la dépense, qui aurait obligé à les rapatrier promptement, plus de deux nouveaux bataillons blancs auraient été gênants. D'ailleurs, le ministère voulait rappeler ces mêmes bataillons, peu de temps après leur débarquement, bien qu’ils aient été affaiblis par les congés et bien que, pendant ce temps, on ait occupé Adigrat et Adoua. De toute façon, sans autres explications de ma part et sans nouvelles concessions du ministère, je crus devoir procéder à la formation, déjà commencée, des deux nouveaux bataillons indigènes et de la batterie de montagne indigène et continuer les enrôlements.

Mais il fallait aller prudemment, à cause des difficultés, toujours croissantes, d’avoir un bon choix d’ascaris, dans un pays aussi peu peuplé et aussi épuisé par la guerre. Il fallait compter aussi avec les difficultés que l’on éprouvait à former de nouveaux cadres, avec des officiers insuffisamment préparés et ne connaissant point ces soldats. Ajoutez à cela l'inconvénient d’avoir, avec la guerre toujours en perspective, trop de conscrits et, par suite, moins d'instruction militaire, moins de solidité et moins de cohésion dans les unités.

Voici, en attendant, l'effectif des troupes et des milices dont la colonie disposait pour sa défense, en mai 1895 :

4 bataillon de chasseurs (blancs)... a 992 3 bataillons d'infanterie d'Afrique (Dino de ee RP ON RE 1,370 États- majors, directions et bureaux 348 6 bataillons d'infanterie (indigène) : 4.20 1NPMNNENR ER 7,093 2 batteries de montagne (indigène) 4 AVES 396 1 escadron de cavalerie (indigène); M 159 1 compagnie de carabiniers (mixte)... F 197 l'compagnie de canonniers (mixte) . PR 7 214. 1 compagnie de génie (mixte) : :. : MONS 254 1 ‘compagnie du train (mixte) ./, 404 ORNE 160 . Section de télégraphistes (mixte)... 92% Milice mobile (6 compagnies) indigène, «2 x 1,000 Milice européenne (Massaoua, Asmara, Chéren, Adi Ugri). 450

Bandes territoriales (Barca, Seraé, Hama oi Oculé Cusai). 1,650 Torar (officiers compris)...., 14,435 1. Livre vert, xxr11 bis, n°5 14 et 15.

2. On avait enrôlé 275 hommes de plus que l'effectif organique, dans les: poir que le ministère consentirait à la formation de nouvelles unités.

ds

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