‹ Mémoires d'Afrique, 1892-1896Chapitre 43 sur 156 · Livre vert, xxrm bis, n · texte numérisé non relu

Livre vert, xxrm bis, n

ras Mangascia. Il fallait pacifier les populations, étendre notre réseau d'informations, nommer les chefs les plus dociles et, pie que possible, attachés à nous, pour remplacer ceux qui

‘étaient enfuis. Il fallait enfin affirmer notre pouvoir sur Adoua en empêchant le retour de Mangascia.

C’est dans ce sens que furent rédigées les instructions pour le major Ameglio, laissé près d'Adoua pour g arder le Tigré (Adoua, 7 avril 1895)1 : « Vous resterez, avec le bataillon que vous commandez et une section d'artillerie, dans la position que vous occupez actuellement à Fremona?. Notre maintien, en ce moment, ne doit être considéré que comme passager. Mais personne ne. doit le savoir. Vous devez aussi éviter de prendre des engage=| ments et d'assurer, à qui que ce soit, que votre maintien est pers manent. »

Je désirais tant conserver ma liberté de manœuvres, j'avais tellement à cœur d'abandonner le Tigré, dès que les besoins dela défense auraient cessé, que je répondis trois fois négativement, aux propositions du major Ameglio, qui voulait fortifier Fremona, dans la combe d’Adoua, et y créer un dépôt de vivres et de mu” nitions. Et pourtant je reconnaissais que cela aurait beaucoup favorisé nos partisans dans Le Tigré.

Je cherchai donc à en venir à un accommodement avec ras, Mangascia. Cela nous aurait dispensés de l'occupation militaire d'Adoua et nous aurait évité le danger d’une trop grande expans, sion. Battu, trompé, errant en fugitif dans Les montagnes méridio= nales de son ancien royaume, Mangascia aurait peut-être écouté les conseils de l’eccighié Theofilos, de ras Agos et de ses anciens. amis qui craignaient les Choans et nous étaient favorables. Peut être, selon la coutume abyssinienne, aurait-il renoué les négocias tions. Mais il fallait être très prudents pour ne pas éveiller de soupçons et pour ne pas sembler faibles.

Il y avait avec nous, au camp d’Adi Ugri, l'avocat Mercatelli| qui avait suivi les opérations militaires de, Coatit à Sénalé et avait assisté à l'occupation d’Adigrat et d'Adoua. 4

C'était un homme expert des choses d'Afrique, avisé, prudent,

1. Livre vert, xx1x1 bis, p. 55, annexe au n° 60. 2. Hauteur caractéristique qui domine la combe d’Adoua et bat la ville à È 3 kilomètres. C’est une bonne position défensive, que nous avions déjà oceupée momentanément à la fin de décembre 1894.

bien vu de ras Mangascia et en relations amicales avec le chef de l'Église d’'Adoua; il était aussi en bonnes relations avec plusieurs chefs tigrins de l’un et de l’autre parti, et il possédait à Adoua un morceau de terrain. Il accepta, de bon gré, la difficile mission, et, — Sauf erreur de ma part, — le 9 avril, il partit d’Adi Ugri pour Adoua, avec une lettre pour le major Ameglio relative à une entente avec Mangascia. Mais l’ancien seigneur du Tigré ne pouvait pas nous donner de garanties pour le maintien de la paix; et si nous avions conclu un accord avec lui, nous courions le risque de faire le jeu de nos ennemis.

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