‹ Mémoires d'Afrique, 1892-1896Chapitre 52 sur 156 · ORGANISATION CIVILE · texte numérisé non relu

ORGANISATION CIVILE

Les employés dans la colonie. — Sécurité intérieure. — Tribunaux de guerre. — Décret pour la sûreté publique. — Organisation de la justice. — La traite et la réduction en esclavage. — Armes à feu. — Dépenses civiles. — Budget unique. — La colonisation. — La mission lazariste. — Les écoles.

Dans le but de rétablir la vérité historique, il me semble utile de jeter aussi un regard sur l’organisation civile de la colonie; car on ne peut la séparer facilement ni de l’organisation militaire, ni des événements dont la colonie a été le théâtre, depuis 13892.

La commission d'enquête, envoyée par le ministère, pour examiner les événements qui s'étaient produits dans la colonie, surtout pendant l’administration militaire du général Baldissera, avait visité la colonie pendant le printemps et l'été de 1891, et avait, dans son rapport, exprimé beaucoup d'idées qui lui étaient personnelles ou qui venaient du rapporteur, au sujet de l’organisation de l’Érythrée. Ces idées, quoique théoriquement justes, ne pouvaient pas avoir l'unité de conception; elles ne pouvaient pas non plus être appliquées avec une connaissance expérimentale proportionnée aux ressources et aux moyens pour atteindre le but.

La plus grande difficulté, pour nous, a toujours été, dans une branche coloniale quelconque, de trouver des personnes aptes à diriger et à administrer, les Italiens manquant complètement de la préparation à ces fonctions et detraditions coloniales. Rienne s'improvise, et, moins que toute autre chose, la capacité professionnelle et l'aptitude des agents du gouvernement, surtout quand il s’agit de services spéciaux, de milieu nouveau, d’idiomes incon-

nus, de relations étranges, — quand il faut se plier à des lois et à des coutumes inconnues, quand il faut lutter contre un climat dangereux et énervant et contre des difficultés de toute nature.

On parle toujours de l'Anglelerre; mais l'Angleterre possède, depuis des siècles, des colonies nombreuses et étendues qui s’administrent dans les conditions les plus diverses. Elle à recueilli des trésors d'expérience quelle a condensés en sagesse pratique et qui lui ont permis d'éduquer et de dresser sa forte Jeunesse, à tous les échelons sociaux. L’Angleterre a pu créer une législation appropriée aux divers peuples de l'univers et toujours conforme à ses propres intérêts; elle a, dans la mère patrie comme dans les colonies, des bureaux et des services organisés qui répondent aux besoins des tribus barbares et des peuples civilisés que doit gouverner et avec lesquels doit négocier et traiter le gouvernement central dans toutes les contingences de la vie coloniale.

Nous devions tout créer, du néant, alors que nous étions en hostilité ouverte ou latente avec les populations les plus belliqueuses et les plus fortes de l'Afrique; alors que nous devions donner une organisation civilisée à des tribus qui différaient par la race, par la langue et par la religion, et qui étaient séparées par des montagnes sans chemins. Ces tribus avaient même ce désavantage, par rapport aux sauvages, que la corruption d’une civilisation relative les avait fait tomber au bas de l’échelle sociale.

Les commencements de la colonie avaient été laborieux : en 1887, les Abyssiniens étaient descendus jusqu'à la combe de Massaoua, et nous, avec un corps d'expédition, nous n’étions pas remontés au delà de Saati (1888). Mais la fortune nous avait ensuite souri. Nous avions pu, sans coup férir, en 1890, arriver jusqu'à Adoua et chasser les Derviches de la vallée du Barca. Il sembla alors que la colonie pût recevoir une organisation normale avec l'administration civile.

La plupart des employés de la colonie, militaires et civils, se mirent alors à l'œuvre, avec foi et avec amour. Le manque de connaissances spéciales et de pratique devait être compensé par le zèle, l’assiduité, le bon sens et l’élasticité de l'esprit.

C'eût été un prodige si plusieurs erreurs n'avaient pas été commises. Toutefois il serait injuste de dire actuellement que, même dans l’organisation civile, nous n'avions pas fait des progrès notables, dans un laps de temps bien moindre que dans des

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colonies appartenant à d’autres peuples, plus experts que nous dans la colonisation. \

En 1892, la sécurité intérieure laissait beaucoup à désirer, et c'était la conséquence matérielle d’une longue période de guerre" Quelques tribus batailleuses, comme les Assaortas, avaient de la peine à se résigner à vivre tranquillement. Quelques bandes de brigands, épaves des compagnies d'aventure, tenaient la campagne, et la traite des esclaves faisait des victimes, même sur plusieurs points de la côte de l Érythrée!.

J'étais donc contraint d’inaugurer mon œuvre de gouverneur civil, commencée le 29 mars 1892, en proclamant l’état de guerre (5 avril 1892). | Mais, après une répression sévère, la tranquillité à l’intérieur devint parfaite; elle ne fut pas troublée dans les moments difficiles, même pas quand toutes les forces de la colonie durent se réunir à l’extrême frontière occidentale pour repousser l’invasion des Derviches (décembre 1893); même pas quand l'insurrection éclata dans une province centrale (décembre 1894); même pas quand toutes les troupes durent s’unir à la frontière méridio-« nale pour en chasser les Abyssiniens (janvier 1895). |

Tout le monde était déjà intimement persuadé que notre domination était stable et que les attentats contre la sécurité publique« restaient rarement impunis. En 1892 et 1893, le gouvernement de la colonie fit tout le possible pour réorganiser les tribus en leur donnant des chefs stables, ayant de l'autorité et responsa- : bles, et en déterminant les zones d'expansion, au grand avantage des relations réciproques et de la paix intérieure. |

Les cultures plus développées et le retour à une période des calme avaient notablement diminué la misère; et le camp de law faim, où, jusqu’en 1892, on mourait chaque jour par douzaines,« aux portes mêmes de Massaoua, n’était plus désormais qu'un triste souvenir.

Les tribunaux de guerre, organisés en 1892, avec le zèle dont étaient animés les officiers qui les composaient, et, disons aussi,

grâce à la sagacité et à l'esprit pratique de beaucoup d’entreeux

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