‹ Mémoires d'Afrique, 1892-1896Chapitre 63 sur 156 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

DEBRA AILA

Mangascia menace le Tigré (fin septembre 1895). — Concentration à Adigrat (3 octobre). — Marche sur Antalo (6 octobre). — Debra Aïla (9 octobre). = Pointe sur Amba Alagi (12 octobre). — Impossibilité d'avancer au delà d'Antalo.

Le 15 septembre, je m'embarquai, avec le colonel Pittaluga,à Brindisi pour Aden et Massaoua. La situation de la colonie était à peu près telle que je l’avais comprise à Rome. Les nouvelles, reçues de Massaoua me permettaient, à la date du 24 septembre, de télégraphier ceci d'Aden : « On annonce des velléités d’hos= tilité de la part de ras Mangascia. Le général Arimondi est parti pour Adigrat afin de parer un coup éventuel!.

Pendant que je voyageais d’Aden à Masai le général Are mondi envoyait deux télégrammes aux ministres des affaires étrangères et de la guerre, datés tous deux du 25 septembre et) dépeignant la gravité des événements : « D’après des informations venant du Harar, Ménélick a repoussé les propositions de Maconnen et insiste pour la guerre. On a ordonné l'expulsion, immédiate des Italiens du Harar. Une attaque contre l’Aussaest| probable. Mangascia tient ses troupes rassemblées au sud d'An= talo. On annonce comme prochaine l’arrivée de secours venant, de l’Amahra? et du Lasta. » 1

1. Livre vert, xxrir bis, n°° 106, 107, 108 et 109. 4 2. Ce nom, dans la contrée, a été donné, par les Tigrins, aux Éthtopis | occupant la région au sud du lac Ascianghi, y compris les Choans. Ce nom} s'étend aussi à leur territoire. Plusieurs cartes géographiques donnentMle | nom d’Amahra au pays compris entre le Goggiam, le Choa et les Volo Gallas, au sud du Tigré. Voir l’Introduction. |

« Ménélick insiste pour la guerre. On annonce une attaque probable contre l’Aussa. Ras Mangascia se trouve, avec ses troupes groupées, au sud d’Antalo, et l’on dit qu'il attend l’arrivée prochaine de secours venant de l’Amahra et du Lasta. »

Le lendemain (26 septembre), arrivé à Massaoua, je télégraphiai au ministère : « L’attitude de Ménélick et de Mangascia me décide à appeler la milice mobile et à me rendre à Adigrat, dès demain. » Arrivé à Adigrat le 3 octobre, j y prenais le commandement des troupes, qui y étaient rassemblées dans un camp d'observation. À la date du 6 octobre, ces troupes avaient, en tout, un effectif de 116 officiers, 672 soldats blancs, 8,065 soldats indigènes, 1,200 quadrupèdes et 10 canons de montagne. : Il faut ajouter à ces chiffres quelques centaines de miliciens et des bandes.

De nombreuses informations nous arrivaient du camp de ras Mangascia. Il occupait la position montagneuse de Debra Aila, au sud-ouest d’Antalo, à trois fortes journées (environ 130 kilomètres) d'Adigrat, avec un effectif estimé de 4,000 à 5,000 hommes. [l avait avec lui quelques centaines de ses fidèles partisans, 1,500 Tigrins, revenus du Choa, deux ou trois mille natifs appelés par le chitet, et quelques dizaines de fugitifs de l’Oculé Cusai.

Ras Mangascia attendait des secours de ras Olié, qui, du Jeggiu, s'était avancé jusqu'aux bords du lac d’Ascianghi, ainsi que d'Uacscium Guangul du Lastat. Il était encouragé par le negus Ménélick, qui lui promettait de marcher contre les Italiens ; il avait des armes et des munitions en quantité suffisante; elles lui avaient été envoyées du Choa, comme on peut le croire. Mangascia distribuait encore quelques sacs de thalers de la même provemance. Son conseiller écouté était Tesfai Antalo, ci-devant scium de l’'Agamé, chassé, après Sénafé, lequel Tesfai Antalo avait arrangé l’entrevue de Mangascia avec Ménélick et combiné l’appel des Choans.

Pendant la saison des pluies, ras Mangascia avait cherché à entrer en relation avec les chefs du Tigré et de l’'Agamé, qui nous avaient appelés et s'étaient soumis à nous, mais qui n'étaient point satisfaits de la déconvenue qu'ils avaient éprouvée en voyant que,

1. Voir la carte générale de la colonie de l’Érythrée, échiquier sud-est, pour tout ce chapitre. Voir le chapitre XIII.

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sous notre égide, ils ne pouvaient pas commander selon leur bon plaisir. Et l’on savait déjà que plusieurs avaient prêté une oreille favorable aux messages secrets du ras, avec la surprenante mo= bilité et la légèreté des Abyssiniens ; on savait que plusieurs avaient promis de faire défection : et de fait, ces jours-là, on vitla défection de degiac Abaguben, frère de Debeb et prétendant à la seigneurie d'Enderta, entre Macallé et Antalo. Quatre mois auparavant, degiac Abaguben avait été délivré, par le major Ameglio, de la dure prison dans laquelle ras Mangascia le tenait; il occupait un poste de confiance auprès du major Toselli. Mais aucune obligation de gratitude ne peut empêcher un Abyssinien de com mettre une trahison politique et militaire.

La population, il est vrai, était fatiguée de la guerre, et plusieurs assuraient que les soldats du ras ne se sentaient pas le cœur de se mesurer avec les Italiens. Maïs notre hésitation aurait augmenté les forces de Mangascia, et un retard nous aurait non seulement enlevé les avantages de l'initiative, mais nous aurait encore contraints à affronter des forces très supérieures.

Pendant ce temps, cheïk Thala, chef des musulmans dancalis, préparait les siens, dans le Zebul, à menacer le flanc droit d'une éventuelle invasion choanne. Les Gallas, ennemis des Amahras, se montraient disposés à se révolter, s’ils y étaient encouragés ou poussés. Abdulrahman ben Jusuf, notre agent près des musulmans, était occupé à organiser une bande de partisans, sur l’Auasce, dans l’ancien territoire dont l’avait chassé Ménélick Toute cette préparation était l'œuvre du capitaine Persico, lequel, à ce moment-là, était retourné, de l’Aussa, au camp d’Adigrat Il fallait encourager nos amis, décider les indécis, prévenir l'union des Choans avec les forces de ras Mangascia et nous imposer par une action vigoureuse.

Dès le 30 septembre, j'avais télégraphié au ministère au sujet de la formation du camp mobile à Adigrat, et J'ajoutais: « ILest nécessaire de prévenir les défections, de décider les indécis ets de s'imposer à l'ennemi, avant l’arrivée éventuelle des Choans qui nous est annoncée de différents côtés?. » Et le ministère, — bien qu’il fût informé chaque jour de la situation, bien qu'il dût

1. Mon rapport d’Antalo, 15 octohre 1895. Voir le chapitre XIII. 2, Livre vert, xxxx1 bis, n° 111,

avoir sous les yeux tous les renseignements que je possédais, — pendant toute cette opération militaire, n’exprima en aucune façon son opinion. Naturellement j'interprétais toujours le silence par ce dicton : « Qui ne dit mot consent; » mais dans ces contingences, connaissant les dispositions des ministres et leur crainte d'endosser la responsabilité, je devais interpréter ce silence comme un encouragement.

Je résolus donc d'agir, autant que possible, par surprise, en ayant surtout comme but d'amener ou de contraindre l’ennemi au combat; sans cela la solution aurait toujours été incomplète. Nous avions des raisons suffisantes pour espérer combattre; en effet, des informations disaient que Mangascia avait juré de finir comme Théodoros, plutôt que de fuir de nouveau devant les Italiens ; d’un autre côté, Debra Aïla lui offrait une position tactique assez avantageuse; de plus, on ne pouvait refuser à Mangascia le courage, l'ambition et l’amour-propre, surtout au moment où il devait se montrer devant toute l'Éthiopie ; enfin, nous considérions non seulement comme possible, mais même comme probable, une surprise, grâce à la manœuvre que j'indiquerai plus loin.

Les troupes pour l'opération contre ras Mangascia étaient ainsi réparties { :

Le 5° bataillon indigène [major Ameglio) avec une section d'artillerie et les bandes du Seraé et du Tigré, à Ausien (Hausen), au sud-sud-ouest d’Adigrat, sur la route occidentale de Macallé.

Le 4° bataillon indigène {major Toselli) avec une section d’artillerie et les bandes de l’Agamé, à Mai Meghelta, au sud-sudest d'Adigrat, le long de la route suivie par l'expédition anglaise.

Le bataillon de chasseurs, la section des sapeurs du génie, les 1°, 3° et 6° bataillons indigènes, la 2° batterie et une section de la 1'°, à Adigrat.

Adigrat, Mai Meghelta et Ausien constituaient un triangle dont les sommets sont à peu d’heures de distance les uns des

1. Voir notre carte générale de la colonie à l’échelle de 1/1,000,000 : et pour plus de détails, la carte à l'échelle de 1/250,000 publiée récemment par l'Institut géographique militaire, feuilles d'Adigrat et de Macallé.

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autres ; ce triangle domine, au point de vue stratégique, la région entière qui, au sud du mont Augher et des montagnes d'Adigrat,

étend ses ondulations entre les communications qui, en partant”

d’Ascianghi, conduisent à Adoua et à Adigrat.

Des sommets de ces triangles, trois routes conduisaient à la position ennemie, c'est-à-dire :

Une orientale (gauche), de Mai Meghelta par Asbi, plus élevée, un peu plus difficile et un peu plus longue ;

Une centrale, ou pour mieux dire principale, d’Adigrat par Dongola et Agula, plus directe et meilleure : elle conserve encore, par places, les traces de l'expédition anglaise;

Une occidentale {droite), d'Ausien par Agula.

Par conséquent, en se portant en avant, 1l fallait former trois colonnes : une principale et deux secondaires, protégeant les flancs, — toutes les trois communiquant entre elles et concourant au but tactique.

La colonne de gauche, sous les ordres du major Toselli, devait marcher, par Asbi, vers le sud de Debra Aila; elle devait un peu nous précéder, et elle avait l’ordre de se diriger, sur le flanc et sur la ligne de retraite du ras Mangascia, vers Buja, dans le but de l’amener à accepter le combat à Antalo ou à Debra Aila. Une certaine autonomie fut laissée à cette colonne, car elle avait des forces suffisantes eu égard à ses ennemis éventuels ; elle était, en tout cas, dans notre rayon d'observation et avait un but nettement déterminé.

La colonne principale, dont l'avant-garde était sous les ordres du major Galliano, devait marcher d’Adigrat par Agula sur Dolo, en utilisant la route centrale, déjà suivie par l'expédition an glaise.

La colonne de droite, sous les ordres du major Ameglio, devait marcher d’Ausien sur Agula, et là constituer l'avant-garde du corps principal.

Le soir du 8 octobre, le corps principal devait camper à Dolo, et de Dolo marcher par Scelicot sur Antalo; le 9, à midi, les

troupes devaient être à portée et en mesure d'attaquer la posi=…

tion du ras. Les bataillons partirent avec huit jours de vivres:

L'opération — commencée le 6, par le mouvement des chasseurs et du bataillon Galliano jusqu’à Mai Meghelta, et par le déplacement du bataillon Toselli vers Asbi — se développa les

MÉMOIRES D'AFRIQUE 217 Jours suivants, 7 et 8 octobre, exactement comme cela avait été établi à l'avance, malgré les difficultés des sentiers de montagne franchissant les contreforts occidentaux de la chaîne abyssinienne à des hauteurs variant entre 2,100 et 2,800 mètres, malgré Les torrents et les fonds marécageux, dus à la récente saison des pluies, malgré la longueur des colonnes, obligées souvent de défiler homme par homme. Les chasseurs et les sapeurs du génie (troupes blanches) marchèrent admirablement. Après une journée entière de marche, arrivés, de nuit, au camp de Dolo, ils en repartirent la même nuit, à 3 heures, — et le 9, à midi, ils étaient réunis avec le gros des troupes à Antalo, pleins d'ardeur et prêts à combattre.

La colonne Toselli, notre flanc-garde de gauche, conduite par son chef avec une grande intelligence et une grande célérité, arrivée au nord de Buja dès le 8 au soir, m'envoya des renseignemenñts sur l’ennemi; et, dans la nuit du 8 au 9, elle se porta vers Debra Aiïla, par Maara, qu'occupait une bande ennemie. Mais, pendant ce temps, ras Mangascia, s'étant aperçu de notre manœuvre, pouvait fuir la nuit même de Debra Aïla, avec une bonne partie de ses forces, en laissant, pour couvrir sa retraite, une importante arrière-garde.

Le 9 à midi, nous avions sur les hauteurs d’Antalo, presque aux pieds de Debra Aïla, tout le corps d'opération. D’Antalo, la vue s'étend largement en cercle, vers le sud, jusqu’au massif de montagnes qui forme la base d’'Amba Alagi et barre, en quelque sorte, la route d’Ascianghi. Debra Aïla s'élève au sud- Ouest, comme une forteresse, dont les parois sont à pic par endroits, avec des tours, des flèches, des masses saillantes: elle avait l'empreinte caractéristique de l’amba éthiopienne.

Pour reconnaître l'ennemi sur la montagne de Debra Aila, le bataillon Ameglio s’avance, avec les bandes du Seraé et du Tigré et avec une demi-batterie, L’amba est encore occupée et, de la crête, commence une fusillade très vive. La forme du terrain ne permet pas de déployer un plus grand nombre de troupes; l'élan ést donné; les ascaris sont en ordre et bien en main; le secours est proche; tout retard serait meurtrier. Aussi le major Ameglio Sélance à l'attaque, tandis que le major Toselli a l’ordre de tourner vers le bas (en restant en vue et à la portée d’un secours venant d'Antalo), afin de couper, si possible, la ligne de retraite vers Amba Alagi.

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Mais la résistance ennemie — d'abord énergique, à cause des

avantages tactiques que donne la position dominante — dure très,

peu. Tandis que la batterie italienne continue son feu calme et

ajusté, la première ligne, en deux bonds, rejoint l'angle mort,

sous la haute muraille escarpée de l’amba. Après avoir soufflé à, l'abri du feu, elle grimpe par les rares parties accessibles. Pen=

dant ce temps, l'ennemi se disperse et s'échappe avec l'incroya= ble agilité des natifs, à travers les bois, les précipices et les

anfractuosités. C’est un sol raviné et coupé, traversé par des”

crevasses, encombré de roches brisées et effritées, à travers.

lesquelles poussent, avec une vigueur tropicale, des buissons et

des plantes.

En de telles conditions, la poursuite aurait rompu les liens tactiques. Aussi le major Amegjlio fit sonner l'assemblée et dressa son camp dans le camp même du ras.

L’arrière-garde ennemie, qui avait combattu, comptait environ de 1,200 à 1,300 fusils. Nous avions eu 11 morts et 30 blessés

les ennemis peut-être une trentaine de morts et une centaine de

blessés.

Bien que ce coup de main ait été préparé avec tant de soin et exécuté avec tant d'ordre, de rapidité et d'énergie; bien qu'il

eût dispersé l'ennemi et chassé Mangascia des extrêmes limites

de ses. États; bien qu'il ait été couronné par un brillant assaut,

il n'avait cependant réussi que partiellement, puisque Mangascia, s'était sauvé vers Le lac Ascianghi. Il fallait réinstaller le service | des renseignements et d'exploration et soumettre le pays. Mais | il était nécessaire de procéder avec de grandes précautionss, parce qu’un ennemi comme l’Abyssinien, dans son propre pays.

au milieu de ses montagnes favorables aux embuscades, dans des sentiers si difficiles, sans bagages, avec sa facilité de se sépa= rer et de se réunir, facilité qu'il devait à l'habitude et à lata= visme, avec son instinct félin de la guerre, pouvait préparer des surprises qui auraient paralysé notre succès partiel.

Le lendemain (10 octobre), on renoua le fil des informations

que les événements de guerre avaient brisé; on battit le pays,

pour disperser et prévenir l’action des bandes hostiles, qui auraient pu opérer facilement dans cette région, avec cette popus lation et avec ces chefs. Le clergé de plusieurs églises vint à

Antalo pour nous rendre hommage; quelques chefs aussi vinrent se présenter. Le mouvement s’accrut le jour suivant.

Degiac Ali, homme considéré comme très influent et chef de PEnda Mœni!, offrait de se soumettre si l’on voulait confirmer son autorité sur son territoire. Ras Sebath, ancien chef de l’Agamé, dont J'ai plusieurs fois parlé?, trahi, déporté et maintenu prisonnier par ras Mangascia sur Amba Alagi, demandait du secours. Il s'était débarrassé de ceux qui le gardaient sur l’amba, mais il ne pouvait descendre, parce que les environs étaient occupés par les soldats de ras Mangascia.

Pour délivrer Sebath et déloger Mangascia, j'envoyai, à l’aube du 12, trois bataillons indigènes avec une batterie sous les ordres du général Arimondi. Ras Sebath et degiac Ali furent délivrés ; Mangascia put se retirer plus au sud, avec quelques centaines de fidèles : il avait échappé, encore une fois, à notre poursuite.

Il était téméraire de s’avancer encore, par les défilés étroits et dificiles des montagnes de l'Enda Moœni, avec des forces qui devaient forcément s’affaiblir pour pouvoir garder la ligne d’opération. La question des vivres, dans un pays aussi dépeuplé, pouvait devenir sérieuse, à une aussi grande distance d’Adigrat. Les animaux nous faisaient défaut, et nous n'avions aucun espoir d'atteindre Mangascia, dont les forces étaient dispersées : et l’on ne pouvait pas tenir longtemps, sans garnison régulière, le fort d'Adigrat. |

Nous étions à plus de 350 kilomètres de notre base d'opération; il fallait donc avoir un énorme service de transports et exercer une surveillance active, en installant des postes suffisants dans les diverses stations d'étapes. Il nous fallait avoir des garnisons d'autant plus en état de dominer le pays qu’elles étaient plus éloignées de la base. Or, nous étions dans une région infestée par les bandes dissoutes et dispersées de ras Mangascia, auxquelles s'étaient unis des paysans et des montagnards que la misère avait transformés en brigands dangereux, à cause de leur connaissance des lieux, à cause aussi de leur hardiesse et de leur agilité naturelles. Nous étions dans une région, pour le mo-

1. Enda Mœni, région de hautes montagnes escarpées, au sud du massif d'Amba Alagi, est à cheval sur la frontière du Tigré, qui domine la route du . lac d’Ascianghi, et à environ 50 kilomètres au sud d'Antalo.

2 Voir le chapitre XIII.

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ment, épuisée par la guerre, le long d’une route devenue un vrai désert.

Pour suivre Mangascia au delà d'Amba Alagi, on aurait dû franchir cette barrière de montagnes, à plus de 3,000 mètres. d'altitude (le passage de Dubbar est à 3,158 mètres) et pénétrer dans une région absolument inconnue, où nous aurions prêté le flanc à toutes les embûches. Nous aurions dû suivre une route qui peut être coupée par une poignée d'hommes installés sur une amba. D'ailleurs, comment aurions-nous pu rejoindre Mangascia, au delà des frontières de ses anciens États, et quelle espérance avions-nous de le prendre ? De toute façon, nous devions avoir assez de forces pour pouvoir affronter, avec la presque certitude du succès, ras Olié et les ras du centre, qui, bien que suspects jusqu’à ce moment-là, n'avaient pas encore envoyé à ras Mangas-. cia les secours demandés.

On ne pouvait certes pas parvenir, même de loin, à troubler la mobilisation que l’empereur Ménélick venait de commencer à. Adis Abeba, à des semaines de marche {peut-être 800 kilomètres) d’Antalo, le long des âpres sinuosités de la crête des montagnes éthiopiennes, défendues par ses ambas, qu’il aurait fallu conquérir de force. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter les yeux sur une carte et de songer que l’on était à la mi-octobre.

Maintenant — après les événements, en se rappelant cette situation et en mettant de côté les hasards heureux ou malheureux de la guerre — on peut dire que, si, dans ces circonstances, j'avais lancé un ou deux bataillons avec les bandes, seulement jusqu’au lac Ascianghi, un malheur semblable à celui d’Amba Alagi se serait produit cinquante jours plus tôt. La catastrophes d’Amba Alagi est due précisément à l’erreur commise d'aller trop au sud.

® Donc, l'opération contre ras Mangascia, campé sur Debra Aila, avait eu l'avantage de dissiper la bourrasque qui se formait sur les montagnes méridionales de la colonie et menaçait de près l'ancien royaume du Tigré; l’armée de Mangascia servait d'avant= garde à une éventuelle invasion choanne; elle divisait et découra= geait nos amis ; elle répandait l'agitation dans les provinces nou vellement annexées, dont elle empêchait l’organisation; elle fournissait un prétexte et un encouragement à nos ennemis €t. nous tenait toujours en suspens.

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opéi tion, conduite avec un effectif proportionné au but,

surtout aux qualités des troupes blanches et indigènes,

t brillamment, au point de vue tactique; mais elle ne rem-

as ce desideratum, d'obliger au combat toutes les bandes de ngascia et de nous faire prendre ce HE

Il n’était nullement prudent et il n’était même pas possible

poursuivre Mangascia au delà d’ Amba Alagi, car GE nous curait exposés à un échec assuré.

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