‹ Mémoires d'Afrique, 1892-1896Chapitre 74 sur 156 · décembre, livre vert, xxx11 bis, n · texte numérisé non relu

décembre, livre vert, xxx11 bis, n

centre, comme cela lui était déjà arrivé deux fois, dans le courant de l’année, c’est-à-dire à Macallé à la fin de mars, et à Debra Aila au commencement d'octobre. Dans tous les cas, il est très probable que ras Mangascia avait connaissance des propositions de paix adressées par ras Maconnen, au nom de l’empereur Ménélick, ainsi que de l’entrevue projetée entre le seigneur du Harar et le gouverneur de l'Erythrée.

Et de fait, ras Maconnen — à la suite de relations confidentielles, ouvertes l’année précédente, sur mon ordre, par le chevalier Felter — écrivait ceci à la date du 25 octobre, du camp de Debac!, à ce représentant direct du gouverneur de l'Érythrée :

« Sa Majesté m'a adressé la réponse suivante: « Si cette chose &est sincère, toi, Maconnen, tu iras du côté du Tigré, tu te rencon- &treras avec le général Baratieri, et vous finirez tout en causant. € S'il est exact que nous puissions trouver ce qui nous convient, «nous aurons la paix et la tranquillité. » L'empereur ajoute : « Je

ne cherche point de querelle.» Sa Majesté a fait arrêter les troupes qui sont derrière elle, et elle va garder l’église de Ghescen pour Voir comment finiront les choses. Elle s'arrêtera chez les Volos (Gallas), mais sans mauvaises intentions. Toi aussi, cherche à venir avec le général du côté du Tigré. Voilà, je pars pour le Tigré. usqu’à ce que je me sois rencontré avec les Italiens, que l’on weille à ce qu’il ne nous arrive point de mal du côté de Zeila. Ce serait une mauvaise action, pour le nom du gouvernement italien.

« Dieu nous donne la santé. »

Le chevalier Felter s'était entendu, en mon nom, avec ras Maconnen ; et il était convenu qu’il attendrait la réponse à Zeila jusqu’au 30 octobre. Ne voyant pas arriver la réponse, Felter se rendit, le 15 novembre, à Aden pour ses propres affaires. La lettre de Maconnen arriva à Zeila juste le lendemain, 16 novembre. Be docteur Nerazzini, qui était à Zeila, chargé spécialement par le ministre des affaires étrangères de traiter avec le chef du Harar (chap. XIV), ouvrit la lettre et m’en envoya le résumé par un télégramme parti d’Aden le 25 novembre, sans indiquer le jour où lalettre, venant du camp de Debac, était arrivée à Zeila.

| 1: Livre vert, xxrr bis, page 130. — Debac est à environ 90 kilomètres au Inord d’Adis Abeba (Entotto), parallèle 9° 42’, méridien 39°, à peut-être 600 kilomètres de Zeila.

AD TS EE TE LUE x VAE :

Il était déjà étrange qu'un document de cette importance écrit au nom de l’empereur, et traitant du dilemme de la paix ou de la guerre — eût mis vingt-deux jours de Debac à Zeila, malgré la rapidité bien connue des courriers impériaux de l’A= | byssinie. Cela devait me sembler d’autant plus étrange que, pou” moi, le retard s'élevait à vingt-huit ou vingt-neuf jours, car je | croyais que le docteur Nerazzini avait télégraphié de Zeila, sans. perdre de temps, — et je ne pouvais pas supposer que de Zeila à Aden on employât neuf jours, alors que deux bureaux télégras= | phiques existaient à courte distance, l’un français, à Djibouti, | l’autre anglais, à Périm. Ce retard augmenta en moi le soupçon | que ras Maconnen voulait masquer ses intentions, d'autant plus | que la lettre semblait avoir été écrite après que l’on eut appris” à Debac, la nouvelle de la défaite des forces tigrines à Debra Aiïlà. et la pointe du général Arimondi sur Amba Alagi (9-13 octobre): Je devais être d’autant plus méfiant que cette lettre arrivait au moment où les événements de guerre se rapprochaientde la fron® tière tigrine, et où l’on pouvait considérer comme achevée la con®| centration à Ascianghi de la moitié des forces abyssiniennes” Enfin mes soupçons étaient justifiés parce que, jusqu'alors, ras. Maconnen n'avait pas donné signe de vie du côté du Tigré, et qu'à | ce moment-là il se montrait visiblement préoccupé des hostilités;,| possibles de notre part, venant de Zeila, contre le Harar qui était À dégarni de troupes.

De toute façon, on devait envoyer au plus tôt M. Felter = chargé par moi de négociations si importantes et si pressantes. — à Massaoua, afin qu’il pût être immédiatement à la disposition: | du gouverneur, soit pour l’accompagner à l’entrevue demandée par ras Maconnen, soit pour se rendre comme messager delà | paix au camp du seigneur du Harar, lequel devait être arrivéwet il l'était) à la frontière du Tigré, soit enfin pour donner des con= seils sur la forme à donner à la réponse aux négociations que Je chevalier Felter lui-même avait conduites verbalement.

Au lieu de cela, le docteur Nerazzini — qui connaissait cepen: dant les intelligences secrètes et délicates que, sur mon ordre, Felter avait avec ras Maconnen, et bien qu'il fût informé de la gravité et de l’urgence de la situation — ordonna au chevalier Felter de retourner immédiatement à Zeila, où pouvaient arriver des ordres supérieurs le concernant, comme si M. Felter, bien

wofficier colonial, ne dépendait pas du gouverneur; comme si les ordres supérieurs ne devaient pas se rapporter aux négociations avec ras Maconnen et au contenu de la lettre: comme si M. Felter n'aurait pas pu recevoir les ordres plus facilement, plus directement et plus clairement à Massaoua, de moi qui l'avais chargé des négociations pour la paix.

Voici le résumé de la lettre de Maconnen, d’après le téléoramme de M. Nerazzini, envoyé d’Aden, à la date du 25 novembre « Maconnen écrit de Debac (25 octobre) qu’il a recu l’ordre de se rendre dans le Tigré pour conférer avec le gouverneur général de l'Érythrée. Ménélick reste, avec ses troupes, chez les Volo Gallas, sans attitude hostile, en attendant le résultat des négociations. Maconnen recommande au gouvernement italien de ne pas faire de démonstrations hostiles du côté de Zeïila, et il désire que Felter accompagne le gouverneur général de l'Érythrée! ». De Zeila il n’y avait pas de date.

Aussitôt après avoir reçu le télégramme par lequel le docteur Nerazzini me communiquait le résumé de la lettre de ras Maconnen, parlant de son entrevue avée moi et d’une suspension d’armes, — je m'empressai (26 novembre) de le communiquer au général Arimondi, qui était à Adigrat, et j'ajoutai : « À la suite de cet

bavis, vous voudrez bien prévenir, aux avant-postes, les majors (MToselli et Ameglio que, si un parlementaire se présente, il doit

être reçu comme il convient, afin de faciliter les négociations éventuelles, et vous pouvez donner l'assurance que, tant qu’elles durelont, nous ne franchirons point, dans un but hostile, les anciennes frontières du royaume du Tigré. Il est nécessaire d’avoir sous la - Main une personne prête à porter ma réponse aux propositions Et aux offres éventuelles de Maconnen, bien que cette lettre me ISemble de date trop ancienne, bien qu’elle ait été dictée peutètre sous l'impression du combat de Debra Aila et de notre mou- |Vément en avant sur Amba Alagi?. »

| A: Livre vert, xxur bis, n° 144 : le capitaine Nerazzini au gouverneur de WErythrée et au ministre des affaires étrangères; Aden, 25 novembre.

2. Amba Alagi-Macallé, livre vert, xxrrx quater, page 20, annexe n° 17 à | mon rapport.

de

Pendant ce temps-là, ras Maconnen — précédant les troupes choannes, placées directement sous les ordres du negus neghesti — était venu, jusqu’à notre frontière, au nord du lac Ascianghi; presque en vue d'Amba Alagi, comme représentant du negus neghesti et comme commandant des contingents du Harar, des. Volo Gallas, du Lasta, du Begameder et du Tigré. Probablement inquiet de ne pas avoir reçu de réponse à sa lettre du 25 octo: bre, ras Maconnen en écrivait une autre, le 26 novembre, et l'ex= pédiait directement à nos avant-postes d'Amba Alagi.

« Pour qu’elle arrive à mon illustre ami le général Baratieri, gouverneur de l'Érythrée et de tous les pays qui en dépendent:

« Balomata, 26 novembre 1895.

« Que la paix et le salut soient avec vous.

« Envoyé par ras Maconnen, gouverneur du Harar et de tous les pays qui en dépendent. Si vous me demandez des nouvelles de ma santé, jusqu'à ce moment je me porte bien. Quand j'étais

dans le Harar, M. Felter et moi nous avons conféré sur ce qui

concerne le bien qui sera pour votre gouvernement et pour le nôtre. Il me dit que ces paroles sont de votre gouvernement. « Maintenant, si cette affaire peut être conclue, dans une con

. e . e e | versation personnelle, entre vous et moi, ce serait un bienfait,

pour ne pas verser, sans motif, le sang chrétien. « Sa Majesté m'a envoyé vers le Tigré, avant tout pour confés

rer avec vous et pour terminer. J'espère maintenant que vous me, ferez savoir immédiatement ce qui vous convient. Si M. Felter | [

est absent, il serait bon de l'appeler. »

Or le télégramme m'apportant le résumé de la lettre écrite par ras Maconnen, au camp de Balomata, le 26 novembre, me | parvenait cinq jours après le télégramme qui me donnait le ré-, sumé de la lettre écrite le 25 octobre par le même Maconnen. |

Le général Arimondi, à la date du 1°" décembre, télégraphiait

le résumé de la lettre écrite ci-dessus, qu’il avait reçue à Agula, au nord de Macallé. Je lui répondais immédiatement par télé=

gramme (2 décembre): « Faites savoir à ras Maconnen que Je. suis disposé à entrer en pourparlers avec lui; dites-lui que Felter,

que j'ai fait appeler à Zeila, me rejoindra le plus tôt possible à Adigrat. Que ras Maconnen me fasse connaître l’endroit où

entrevue peut avoir lieu. Pendant ce temps-là, ses troupes et les nôtres doivent rester où elles se trouvent et ne commettre aucun acte d'hostilité, car dans ce cas je donnerais l’ordre de combattre. »

Le lendemain (3 décembre), après avoir recu la lettre de ras Maconnen, je télégraphiai encore au commandant du Tigré

« Je reçois la lettre de Maconnen. Il sera bon que Toselli lui écrive que Je l'ai reçue à Adigrat et lui réponde que j'accepte de prévenir l’effusion du sang chrétien, ayant reçu du roi Humbert tous les pouvoirs, comme lui les aura reçus de l’empereur. En attendant, je charge Toselli de préparer toutes les formalités de l'entrevue ; que Maconnen en fasse autant en en chargeant une personne de confiance. Felter arrivera demain à Massaoua sur unnavire de guerre de l'escadre qui est en ce moment dans le golfe d'Aden. Que Maconnen ne craigne rien pour son pays.

« Toselli ne laissera pas échapper l’occasion pour pénétrer les intentions des chefs choans et pour mieux surveiller l’ennemi. | Je laisse à sa sagacité le soin de déterminer la ligne de conduite | äsuivre qui soit la plus favorable à nos intérêts. Inutile de dire | que les négociations doivent engager tout le monde à user de a plus extrême vigilance et à hâter la préparation à la guerre Soit parce que l'offre d’une entrevue peut cacher un piège, soit parce que les négociations éventuelles auront pour nous un ré-

sultat d'autant plus favorable que nous serons plus forts?. »

“C'est dans cet ordre d’idées que je rédigeais, pour ras Maconinen, la lettre qu’on lira plus loin. Dans ma lettre à ras Maconnen, comme dans mon télégramme relatif aux instructions pour le major Toselli, on peut voir mon très vif désir d'en venir à une conclusion pacifique, désir de paix que j'avais manifesté, de la façon la plus claire et la plus explicite, dans les lettres que j'avais ladressées au gouvernement, au lendemain de Debra Aiïla®, Et de fait, pour faciliter une conclusion et pour amener le seigneur du Harar, le chef des troupes abyssiniennes au nord du lac d’As-

1: Ce télégramme et les autres des mêmes jours (2 et 3 décembre) portent, dans le livre vert, xxr11 quater, la date de Massaoua, alors que j'étais en jee d'Asmara à Adigrat.

* Du gouverneur au commandant des troupes, livre vert, xxr11 quater, annexe 19 à mon rapport.

1! 8: Voir chapitre XVI du présent volume : lettres des 15 et 22 octobre d’Antalo et d'Adoua, livre vert, xxt11 bts, n°° 120 et 127.

cianghi, à parler au nom de l’empereur, j'affirmais que j'avais reçu du roi d'Italie tous les pouvoirs, bien que, malgré toutes mes lettres, le ministère ne se fût jamais prononcé au sujet de la paix. Je datais ma lettre d'Adigrat (où du reste je me rendais en toute hâte), pour faire croire à ras Maconnen que j'étais plus rapproché et prêt à l’entrevue. Je parlais de notre escadre imaginaire entre Zeila et Aden, pour faire impression sur l’esprit de ras Maconnen, qui craignait surtout une pointe de notre part, venant de lamer, par Zeila, et dirigée contre le Harar.

Les propositions de ras Maconnen paraissaient alors suspectes, non seulement parce que l’on doit toujours suspecter les pro: positions abyssiniennes et aussi à cause du grand retard de la lettre de Debac (retard, je le répète, qui me paraissait encore plus considérable qu'il ne l'était, puisque le télégramme du docteur Nerazzini était daté d’Aden, du 25), mais encore à cause de l'anxiété qu'exprimait ras Macot au sujet du Harar et parce qu’il se trouvait dans le camp ennemi, à la tête de son contingent et des autres contingents militaires. Toutefois, des considé- | rations postérieures font croire que Maconnen cherchait sincère ment à obtenir la paix, au moyen d’arrangements possibles poür l'un et l’autre parti. [l admettait, en principe, que nous ne nous déciderions jamais à abandonner le territoire colonial que nous avions occupé. C’étaient précisément les bases que j'avais déj indiquées au ministre, dans ma lettre d'Adoua du 22 octobret

Comme je l'avais écrit alors, ces bases étaient parfaitemen acceptables, même en faisant quelques sacrifices territoriaux pou constituer une barrière entre l’empire des Amahras et la colonie En effet, nous ne renoncions à aucune de nos conquêtes ; noü! pouvions tracer une frontière satisfaisante, au point de vue mili taire, un peu au nord du parallèle (13°) Assab-Amba Alagi M dem avec le Tacazzé occidental pour limite et avec les cita delles d’Adoua et d’Adigrat comme points d'appui de la défense par rapport aux années précédentes, nous avions acquis de. territoires colonisables, meilleurs que le Seraé et que l'Ocul Cusai et incomparablement meilleurs que la colonie de l Érythré.

tout entière. | . su , . . F LEA 0 Mais le ministre n’avait rien répondu aux demandes que J avai

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