Livre vert, xx111 quater, n
L. Ras Agos du Sciré, ami de Mangascia, s'était déclaré, comme l'eccighié Théofilos, favorable aux Italiens, parce qu'il détestait avant tout les Choans. 11 occupait un territoire situé à cheval sur le Tacazzé, entre le Sciré et le Tselemti, et entretenait des relations amicales avec le major Ameglio.
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fallait nous servir des qualités individuelles des deux lieutenants, Miani et Mullazzani, si experts dans la conduite de ces incursions.
« Ce rôle pourrait être confié à une colonne composée d'une compagnie et des bandes placées sous les ordres du lieutenant Mulazzani. L'opération aurait pour but de décider ras Agos, qui paraît suspect, et de nous protéger contre une menace sur notre flanc droit, ou vers Adoua. À ras Agos on pourrait promettre le Tselemti et le Semien. La colonne, une fois l'opération achevée, se replierait sur Macallé, ou sur la localité qui serait indiquée par la situation. Cette opération devrait être conduite avec sollicitude et énergie !.
Donc préliminaires de paix appuyés par la concentration, vers Macallé, des troupes disponibles de l'Érythrée. Cette concentration était non seulement nécessaire pour éviter les surprises et pour obtenir des conditions plus favorables, mais encore pour assister à l’entrevue selon les coutumes abyssiniennes, auxquelles, dans ces contingences et en face de ces armements, nous devions nous conformer?.
L'incursion dans le Tembien et dans le coude formé par le Tacazzé, tout en rassemblant les forces, devait démontrer notre ascendant sur ces populations et avoir un poids dans la balance, lors des négociations pour la paix: Et elle l’aurait eu, puisque,
comme le montrent les rapports des lieutenants Miani et Mulazzani, nos officiers furent parfaitement accueillis et ne rencontrè-
rent pas d'hostilité, pas méme après le combat d'Amba Alagi, bien que ce désastre eût naturellement diminué l’enthousiasme qui avait commencé à se répandre et qui aurait quadruplé nos forces au détriment de l’ennemi, dont les incertitudes et les dis- Sensions n'auraient fait que croître.
On pouvait prévoir alors, comme on peut le voir maintenant, que les bandes des Amahras, qui n'étaient pas encore homogènes ni unies entre elles, ne se seraient pas avancées dans un terrain favorable aux embuscades, contre une position fortifiée comme
1. Télégramme du 3 décembre du gouverneur au commandant des troupes, annexe n° 15, page 19, livre vert, xxI11 quater.
2. En Abyssinie, il y a fréquemment des réunions pour conclure solennellement des alliances de paix ou de guerre. Les deux partis viennent alors, en grande pompe, au lieu désigné, avec le plus grand nombre possible de guerriers. Ceux-ci se rangent d’abord face à face, puis ils fêtent le traité,
celle de Macallé, en ayant sur le flanc droit (à l’est) le mouvement des musulmans que les incertitudes et les bruits faisaient paraî= tre plus considérable qu'il ne l'était réellement, et sur le flanc gauche (à l’ouest) les Tigrins du Tacazzé, opposés alors, comme ils le sont maintenant encore, à une invasion choanne. Ras Agos; même quelque temps après Amba Alagi, est resté notre partisan, d'accord en cela avec l’eccighié Théofilos.
Rappelons les premières directives, laissées au milieu d’octobre au général Arimondi, commandant supérieur du Tigré et de l’'Agamé :
Centre de la défense, fort d'Adigsrat.
Sentinelle avancée, Macallé.
Retraite sur Adigrat quand nous serions serrés de près par des forces choannes prépondérantes. (Voir page 224).
Mais il était nécessaire de soumettre le pays et de couvrir la construction du fort d’Enda Jésus. Par suite, nos garnisons d'au delà du Bélésa vinrent naturellement rayonner vers le sud, poussées par la tendance même du général Arimondi à se porter en avant, et attirées par l'extension trop considérable donnée au fort de Macallé.
Dans ces contingences et avec cette répartition des troupes, la défense était actuellement portée plus en avant; mais elle ne devait jamais dépasser le fort de Macallé.
D'après ce qui s’est dit alors, il semble que le major Toselliaït pensé à demander des explications sur un ordre aussi péremp= toire, qui lui imposait comme extrême limite de retraite non pas Macallé (Enda Jésus), sa position naturelle, mais une localité située à deux marches au delà de Macallé (74 kilomètres) et indépendamment de cela n’ayant aucun appui stratégique ni tac* tique, — étant donné surtout qu'il lui fallait, avec un petit nombre d'hommes, tenir tête à des Amahras extrêmement nombreux, qui savent pénétrer dans toutes les anfractuosités et dont l’art delà guerre (que Toselli appréciait à sa Juste valeur) consiste prins cipalement dans les mouvements tournants.
Ce qui le dissuada de le faire, ce fut probablement la crainte d’être considéré comme trop prudent ou trop politique eu égard aux propositions de paix d’un côté, et, de l’autre côté, devant les idées offensives que manifestait son commandant direct, idées qui électrisent toujours un cœur de soldat. Peut-être espérait=il
un secours opportun, peut-être attendait-il l’ordre de battre en retraite. Pendant ce temps, dans la plaine, aux pieds du massif -d'Amba Alagi, avait lieu une collision d’avant-postes qui le liait toujours plus au donjon d’Amba Alagi, que lui et bien d’autres considéraient, à cause de sa forme et de sa position géographique, comme une des clefs de la frontière italienne. Cette collision faisait croître la méfiance contre les propositions de Maconnen et touchait au vif l’amour-propre militaire et national d’un noble cœur.
Ne croyant pas pouvoir reculer, ni demander de nouvelles instructions, le major Toselli sollicitait des secours.
Le général Arimondi, commandant du Tigré, se disposait à les envoyer, et, le 5, il me télégraphiait : « Je pars demain matin avec 6 compagnies et une section d'artillerie; je suivrai la route anglaise en allant de l’avant, aussi loin que possible, pour me trouver en mesure de soutenir Toselli ou de me déplacer vers Azubo, Uogerat, Scichet ou dans le Bora, selon que les colonnes ennemies défileront d’un côté ou de l’autre?. »
Donc, exactement le contraire de l'idée générale et spéciale du commandant en chef, idée qui semblait être en harmonie non seulement avec le devoir, mais encore avec la conviction du comman-
dant des troupes; donc action opposée à celle que j'avais ordonbnée dès le 30 novembre ; donc dispersion des troupes en avant, sans Lbut etsans objectif bien défini, au lieu du rassemblement en arrière, devenu d'autant plus nécessaire que, d’après la nouvelle nous parvenant, le nombre des ennemis était plus considérable qu’on ne le croyait; donc abandon de la position organisée et fortifiée ide Macallé, mieux soutenue par Adrigat, danger pour les flancs insuffisamment protégés, et difficultés bien plus considérable \pour recevoir des vivres et des secours; donc risque immédiat et ‘imminent de collisions alors que l’on avait entamé des pourparleérs pour arriver à une entente ; donc précipitation du mouvement ‘en avant tandis que des raisons politiques et militaires conseillaïent de gagner du temps en arrière. Et pourtant le général Arimondi était parfaitement au courant des événements, et c'était ‘par lui que passaient toutes les instructions et toutes les infor- Mmations concernant notre frontière méridionale et l'Ethiopie; il
1. Voir la carte générale de l'Érythrée à la fin du volume. 2. Livre vert, xx1r1 quater, annexe n° 22, page 22.
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savait aussi combien il fallait de temps pour mobiliser, nourrir et concentrer les troupes.
Je crus donc que c'était pour moi un devoir impérieux d’intervenir sur-le-champ, tout en laissant au général commandant une certaine latitude afin de conserver le contact avec l’ennemi, car, sans cela, il eût été impossible d'avoir des nouvelles. Aussi de l’Asmara, pendant mon voyage pour Adigrat, je lui télégraphiai immédiatement {5 décembre)! :
« Il ne faut pas s'éloigner de Macallé, parce que, la concentration n'étant pas terminée, les forces seraient divisées et les réapprovisionnements seraient très difficiles. Que le major Tosell: conserve le contact tant qu’il pourra, puis qu'il se replie aussi lentement que possible. En allant de l'avant, nous pourrions nous trouver en l'air et divisés. Si les Choans avancent par les voies latérales, 1l faudra les laisser défiler et choisir ensuite un endroit et un moment pour les attaquer avec toutes les forces réunies. IE faut être prêts à l'éventualité d’une attaque, mais dans une position bonne pour nous, pas trop avancée, connue de nous, apte à nous fournir un point d'appui dans n'importe quelle direction, et qui nous permettte surtout d'attaquer, pendant sa marche, un ennemi divisé et ayant sa ligne d'opération compromise. »
Le commandant du Tigré, le matin du 6, à 8 h. 15, accusait. réception de la dépêche sus-indiquée : Je me conforme aux ins= tructions de Votre Excellence et je les communique aussi au major
Toselli. » Mais le major Toselli restait dans l’incertitude, parce. que, bien que le général Arimondi eût reçu mon télégramme dans
la soirée du 5, à Macallé, il ne le lui envoya que le lendemain matin. Et bien qu'il fût attendu avec anxiété par le major Toselli (ainsi que l’affirme le lieutenant Bodrero et comme c’est bien naturel), le télégramme ne parvint jamais à destination.
Voici comment le général Arimondi explique lui-même l&
chose, dans une lettre qu’il m’écrivit le 20 décembre de Massaoua; lettre qui me parvint le 26 décembre : « Quand j'ai reçu, à 7 heures du soir le 5 décembre, le télégramme de Votre Excellence qui sus=
pendait mon départ, j'en envoyai la copie au major Toselli; mais
comme je manquais de messagers disponibles, je la fis partir seule= ment le lendemain matin (6 décembre) à 7 heures?. »
1. Livre vert, xxIII quater, annexe n° 23, page 28. 2. Livre vert, xxII1 guater, page 24, n° 641; confidentielle,
Or, le général Arimondi avait sous la main à Macallé 1,500 ascaris; le pays était parfaitement connu, parce qu'il était battu en tout sens par les nôtres; une caravane portant des vivres au bataillon de Toselli, partie de Macallé peut-être deux heures auparavant, pouvait être rejointe en peu de temps; enfin, dans ces conditions, la prudence la plus élémentaire conseillait de se tenir toujours en communication avec l'avant-garde. Car c’est ainsi que, dans ces contingences, il fallait considérer la colonne Doselli, dont toutes les nouvelles devaient nécessairement parvenir.
Les messagers portant la lettre envoyée par le général Arimondi n'arrivèrent pas même le lendemain (7), — bien qu'Amba Alagi soit un des points les plus caractéristiques de cette contrée et qu'elle s'élève nette et distincte sur l'horizon; bien que des milliers d'expériences nous aient prouvé que les dépêches confiées aux ascaris sont toujours fidèlement portées à destination. Le même général Arimondi écrit dans son rapport du 13 décembre’ « que la route est restée libre jusqu'aux premières heures du 7, si bien que, dans l'après-midi, il recut encore des billets que le major Toselli lui adressait le matin, au moment même où se prononçait l'attaque. »
Dans un entretien particulier, publié par M. Rossi dans le Corriere della sera, au commencement de février 1897, le général
Arimondi ne peut cacher « qu’un télégramme du gouverneur, arrivé dans la soirée du 5, opposait son veto au mouvement, prescrivait d'une façon formelle au 4° bataillon de se replier d'Alagi, et donnait des directives pour une attitude purement défensive à Macallé, et pour l'abandon de Macallé même dans le | cas où l'attaque eût été sérieuse, l'intention du gouverneur étant de rassembler toutes les forces de la colonie à Adigrat ». | Donc Le général Arimondi, dès le 30 novembre, avait les direc- \ lives du commandant en chef pour la concentration à Macallé; donc, | malgré ces directives, il ordonna au major Toselli de rester à Belago ou de reculer tout au plus à Amba Alagi, voulant lui-méme à la date du 5 décembre, se porter en avant avec la plus grande partie de ses troupes pour soutenir Toselli; donc il communiqua au major Toselli l'ordre essentiel et formel de battre en retraite douze