‹ Mémoires d'Afrique, 1892-1896Chapitre 95 sur 156 · Livre vert, xxr1 bis, page 182, n · texte numérisé non relu

Livre vert, xxr1 bis, page 182, n

nécessaires. Cela devait être d'autant plus clair, pour Le ministre

de la guerre, qu’il était informé de tout et qu'il devait connaître

quelles étaient les provisions nécessaires à une opération en

montagne, dans une colonie aussi éloignée de l'Italie, avec des objectifs aussi éloignés de Massaoua, dans un pays dépourvu de tout.

Certes, le ministre de la guerre, en face de l'invasion choanne, prodiguait ses offres en hommes; il montrait d'autant plus de sollicitude qu’il sentait davantage le retard ainsi que les défauts de la préparation, et qu'il avait fait jusqu ici moins attention aux indices précurseurs de la tempête. Mais, à part mes demandes et mes avertissements, pouvait-il croire que les hommes suffiraient?s

Le ministre de la guerre d'Italie, en envoyant les troupes destinées à défendre la colonie, devait satisfaire à vrois conditions essentielles pour la guerre d'Afrique; les hommes devaient être : 1° bien organisés; 2° bien équipés, et 3° envoyés à temps. La question du nombre venait en seconde ligne, parce qu'en toute première ligne les troupes de renfort avaient besoin de la qualité : qualités morales, qualités organiques, qualités physiques, qualités logistiques. Ces qualités devaient être d'autant plus srandes que le nombre des hommes qui pouvaient être appelés à. faire face à l'ennemi était plus petit; de plus, l'on pouvait espérer que ces qualités mêmes augmenteratent d'autant ce nombre, pour l’action décisive, que ces hommes montreraient plus de solidité, sur le champ de bataille. 1

Nous possédions la colonie depuis plusieurs années et souvent nous étions en guerre. Les africanistes, comme les antiafricanis= tes, disaient souvent que nous étions toujours à la veille d’une double guerre, sur nos frontières coloniales, c’est-à-dire du côté. du Soudan et du côté de l’Abyssinie, avec deux très puissants ennemis. Récemment nous avions repoussé trois invasions, qui avaient laissé la porte ouverte à d’autres. Plusieurs fois (comme on l’a vu dans le cours du récit) j'avais signalé la possibilité d’avoir, en automne 1895, à la fois sur les bras les Derviches et les Abyssiniens. Depuis sept mois, dans mes lettres comme dans mes dépêches, je prévoyais non seulement la possibilité, mais. même la probabilité d’une guerre en automne. Le baron Blanc, ministre des affaires étrangères, en juillet 1895, faisant allusion, dans un discours à la Chambre des députés, à cette probabilité, |

disait que les navires étaient prêts pour envoyer de braves batail-

lons en Érythrée. Et dans un si grand laps de temps on avait

beaucoup discouru, peu étudié, rien conclu, rien préparé en Ita-

lie, pour une guerre coloniale que la situation faisait prévoir.

Mais dans les gouvernements parlementaires on s'occupe peu des

choses éloignées soit par l’espace, soit par le temps; on ne s’intéresse guère aux choses qui exigent une longue préparation et beaucoup d’esprit de suite et qui ne touchent point aux intérêts palpitants du moment politique fugitif.

Le ministre de la guerre a près de lui le chef d'état-major général; celui-ci a dans ses officiers et dans ses bureaux tous les moyens d'étude et d’information, et il doit tenir le ministre au courant de tous les besoins pour la guerre, sur un échiquier quelconque, rapproché ou éloigné. Pour que le ministre de la guerre fût rapidement informé, je lui envoyais non seulement Voriginal de tous les rapports qui étaient de son ressort, mais encore je lui adressais la copie des rapports, notes et informations politiques, de la compétence du ministre des affaires étrangères, qui pouvaient l’intéresser. Par suite, on devait connaître au ministère de la guerre, et on y connaissait les probabilités de la guerre et l'extension qu'elle pouvait prendre, comme on y conmaissait les embarras militaires de la colonie. Et pourtant, l’on

mavait rien préparé, ni la composition des troupes d'opération, mi les cadres, ni le personnel, ni le service médical, ni le service de l’intendance, ni les convois, ni l’habillement,... comme on le verra plus tard et comme tout le monde le sait actuellement. Enfin, après avoir lutté avec moi, pour renfermer dans les moindres limites possible la préparation en Afrique; après avoir laissé sans réponse les demandes pressantes que j'avais faites avant que n’éclatât la guerre; après avoir oublié la préparation en Europe, comme si l'Italie n'avait pas l'Érythrée, — au lendemain d'Amba Alagi on cherche à couvrir sa propre responsabi- Mité, en offrant fébrilement des hommes et en m’accusant, moi, le "général en chef, de refuser les moyens de sortir d’une terrible Situation et d'obtenir la victoire, parce que je demande que ces hommes soient munis de tout ce qui est nécessaire pour les conduire sur le lieu de l’action et les mener au combat! |

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