PROJECTIONS DE LA TÊTE
Mais cela ne prouve qu’une chose, c’est que le procédé que j’ai adopté, comme tous les procédés crâniométriqucs et crâniographiqiies, est applicable seulement aux crânes sur lesquels existent les points de repère. Or, lorsqu’il ii’y a pas d’arcade alvéolaire, le point alvéolaire n’existe pas. Les crânes qui sont dans cet état pathologique se trouvent dans les mômes conditions qu e s’ils avaient été mutilés par une fracture, et ils ne peuvent pas servir fl l’étude des projections.
La direction du plan horizontal de la tôte une fois reconnue et déterminée, je me suis attaché à obtenir, sur les dessins de profil du crâniographe, la ligne qui représente la projection de ce plan. 11 a fallu pour cela faire subir une légère modification au crâniophore, et cette modification a été en même temps une simplification. Sur le support du crâniophore que j’ai présenté l’année dernière à la Société, glissait une virole circulaire extérieure d’où partaient les deux tiges auriculaires. Le bord antérieur du support, masqué par cette virole, ne pouvait être appliqué sur une équerre. Le support que j’emploie aujourd’hui n’a pas cet inconvénient. Une languette de fer, mue par une vis de rappel, se détache de son bord postérieur et vient presser sur le bord postérieur du trou occipital pour assurer la fixité du crâne (J ). Le bord antérieurdu support, qui s’applique sur le bord antérieur du trou occipital, est donc libre depuis sa base jusqu’au niveau dece trou. Lorsque le crâne est placé sur le support, on applique sur le bord antérieur de celui-ci la branche descendante d’une petite équerre, dont l’autre branche est horizontale et dirigée en avant. On place le sommet de l’équerre au niveau du bord inférieur des deux condyles occipitaux, on dirige le crâne de telle sorte que le bord de l’arcade alvéolaire, à la naissance des dents incisives, soit sur le niveau de la branche horizontale de l’équerre. On tourne alors la vis du crâniophore, et le crâne reste fixé dans cette position.
Lorsque le dessin crâniograpliique est achevé, et que la situation de tous les points de repère est déterminée, rien n’est
(I) Lo crâiiiopliore ainsi simplifni peut <‘tre fal)ri()n(5 à vil prix. Il romplarerait, jo prnse. tn'-savantafrciisemont <lans les inusités les montures en enivre qui sont très-gênantes pour rêtiide, et (pii coûtent infiniment plus cher. — Cet in.strunient a ét.; décrit et figuré plus haut. (Voyci page 10 et siiiv.. voyez aussi la ligure 2 de la planche du crâniographe.
facile comme de tracer sur le dessin la ligne horizontale qui est la projection du plan horizontal de la face inférieure de la tête. Pour cela, on relâche la vis de rappel, et l’on enlève le crâne sans déplacer le crâniophore, puis'on trace au crâniographe la projection du bord antérieur du support. On obtient ainsi une ligne verticale qui est Vaxe vertical de la tête. Alors, du point alvéolaire, qui est déjà marqué sur le dessin, on abaisse avec l’équerre une ligne perpendiculaire à cet axe. Cette ligne est horizontale, elle passe par le point alvéolaire, donc elle est la projection du plan horizontal de la base de la tête.
De la sorte, toutes les parties du profil crâniographique peuvent être, comme on dit en géométrie, rapportées à deux axes rectangfdaires^ qui sont l’axe vertical du crâne, et l’axe horizontal de la base de la tête. En avant de l’axe vertical se trouvent 4a face et le crâne antérieur; en arrière se trouve le crâne postérieur. Si, du point le plus reculé de la courbe occipitale, on abaisse une perpendiculaire sur l’axe horizontal, la distance du pied de cette perpendiculaire au point alvéolaire donne la longueur totale du profil de la tête.
Cette longueur totale, que j’appelle Vaxe horizontal de la tête., n’est autre chose que la projection de la courbe de profil de la tête sur le plan horizontal. L’axe vertical du crâne divise cette ligne en deux parties, l’une postérieure, qui est la projection postérieure; l’autre, antérieure , qui est la projection antérieure.
La projection postérieure mesure l’étendue de la tête en arrière de son axe vertical, c’est-à-dire l’étendue du crâne postérieur. Mais la projection antérieure ne mesure [tas l’étendue du crâne antérieur, parce qu’elle comprend en outre la projection de la face, qui se prolonge plus ou moins en avant de l’extrémité antérieure du crâne. Gril importe beaucoup de distinguer ces deux éléments l’un de l’autre, attendu que l’étendue de la projection antérieure peut être accrue soit par le développement du crâne antérieur, ce qui est un caractère de supériorité, soit par la grande saillie de la face et spécialement des mâchoires, c'està-dire par le prognathisme, qui est un caractère d’infériorité.
Le dessin crâniograi)hique permet de faire cette distinction
PRO.IRCTIONS nP, LA TI-.TP.
avec la plus grande lacilité. Il suffit pour rela d’abaisser du point sus-nasal, qui est marqué sur le dessin, une ligne perpendiculaire à l’axe horizontal. Le pied de cette perpendiculaire divise la projection 'antérieure en deux parties qui mesurent respectivement la saillie de la face en avant du crâne, et l’étendue du crAne en avant de l’axe vertical. La première se nomme projection faciale^ la seconde est la projection crânienne antérieure.
L’axe horizontal de la tête se trouve ainsi divisé en trois parties dont la longueur relative mérite d’être étudiée avec le plus grand soin, ce sont: \ï\ projection faciale,, pro]ection crânienne ou cérébrale antérieure,, et la projection crânienne ou cérébrale postérieure ,
La projection faciale mesure exactement le prognathisme, et l’étude de cette longueur permettra enfin de déterminer rigoureusement un caractère dont tout le monde a reconnu l’importance, mais dont personne jusqu’ici n’a précisé les limites. Lorsque la face est très-oblique et très-saillante, on dit qu’elle est prognathe; lorsqu’elle est très-peu inclinée en avant, on dit qu’elle est orthognathe. Mais où classera-t-on les crânes de forme intermédiaire? Les auteurs qui nous parlent d’un visage presque prognathe ou à peu près orthognathe, ou un peu prognathe, ou ' quelque peu orthognathe, ne nous apprennent pas grand’chose, et tout le inonde reconnaîtra que des chiffres rigoureux vaudraient mieux que ces adverbes. Grâce à l’étude des projections horizontales, le degré de saillie de la face sera exprimé en millimètres, et l’on pourra établir des catégories bien déterminées.
Pour montrer l’importance des données fournies par les projections horizontales du profil crâniographique, je donnerai ici comparativement les moyennes que j’ai obtenues en mesurant ces projections sur 60 crânes d'Européens, et sur .35 crânes de nègres. Mais je rappellerai d’abord les opinions contradictoires qui ont élé émises sur la situation du trou occipital dans ces deux races.
M. Ovven professe que chez l’homme, blanc ou noir, le bord antérieur du trou occipital est exactement au milieu de la base du crâne, ce qui revient à dire que la projection antérieure est égale à la projection postérieure. C’est un des caractères distinctif
de l’humanité, attendu que chez les brutes le trou occipital est toujours plus rapproché de la nuque. Mais déjà Sœmmering avait trouvé que la situation du trou occipital n’était pas la même dans toutes les races., et que chez les nègres il était tant soit peu plus en arrière que chez les Européens. Plus tard Virey insista davantage sur le même caractère et émit cette proposition que le trou occipital s’avance d’autant plus vers les dents incisives que la race est plus parfaite. — Prichard, enfin, a réussi à se mettre en contradiction non-seulement avec les autres, mais encore avec lui-même. 11 admet d’abord avec M. Owen que chez l’Européen les deux i)rojections antérieure et postérieure sont égales, puis il ajoute que cette égalité existe sur toutes les têtes de nègres qu’il a examinées, puis il reconnaît pourtant que, lorsque l’arcade alvéolaire est très-oblique, la projection antérieure est légèrement allongée, et il déclare enfin que cet allongement dépend exclusivement de la mâchoire, et qu’en faisant abstraction de ce détail, c’est-à-dire en ne considérant que le crâne proprement dit, la situation du trou occipital est exactement la même chez les nègres que chez les blancs (1 ). Après cet exposédidactique, Prichard renvoie, pour la vérification, aux deux planches-frontispices du volume. Là se trouvent représentés côte à côte le crâne d’un nègre et celui d’un soldat français de Waterloo. Or, si l’on mesure au compas la longueur de ces crânes, en avant et en arrière du bord antérieur du trou occipital, et si l’on représente par 100 la longueur totale de chacun d’eux, on trouve que la projection postérieure est représentée par 43,0 sur le nègre (sans compter les dents), et par 43 sur le Français; d’où il suit que le trou occipital, dans les deux cas, est situé en arrière du milieu de la face inférieure de la tête, contrairement à l’assertion émise dans le texte, et qu’il est situé plus en arrière chez le nègre que chez le blanc, seconde contradiction tout aussi évidente. Mais ce qui est plus curieux encore, c’est la comparaison de cette planche avec l’explication qui s’y rapporte (page xx de l’introduction). Là, l’auteur annonce que le trou occipital du soldat de Waterloo est situé plus eii arrière que celui du nègre adjacent, et il ajoute : « cela réfute les assertions banales de ceux qui rappro-
(I) lU'üonrrhPft inlo tho Phl/xirnl nf Mnnkind. ?j<-
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('(lit., vol. !, p. Î90. T.'iiilim.
PROJECTIONS DE LA TÊTE. Hit
client le nègre de l’orang-outang, et qui soutiennent que l’homme noir ressemble à cet animal par la position reculée du trou occipital.... En comparant ces dessins, le lecteur y trouvera la vérification complète de toutes les observations que j’ai données dans le texte sur les proportions du crâne étudié par sa face inférieure. »
Ainsi, dans le texte nous lisons que les deux projections sont exactement {exactly) égales sur tous les crânes de nègres que Prichârd a examinés. Puis il fait dessiner un de ces crânes, et nous y trouvons que la projection postérieure est égale à 43,0 pour 100 de la longueur totale ; que par conséquent la projection antérieure, sans y comprendre les dents, est égale à o0,3 pour 100, ce qui établit entre ces deux lignes une différence de près de 13 pour 100, ou d’un huitième environ de la longueur totale delà tète! Si la projection postérieure est représentée par 100, la projection antérieure dépasse 128 1 D’un autre côté, les dessin? nousmontrentquele trou occipital est notablement plus postérieur sur le nègre que sur le soldat français, tandis que l’explication de la planche, accompagnée d’une conclusion très-catégorique, nous apprend qu’au contraire c’est le soldat français qui, sous ce rapport, se rapproche le plus du singe. Que concluronsnous de ces étranges contradictions? Que Prichârd, dont la bonne foi n’est pas en cause, a écrit son texte en plaçant les crânes devant lui, dans une certaine direction qui lui semblait horizontale, et que son dessinateur a copié les mômes crânes dans une autre direction qui sans doute n’était pas plus horizontale que la première. Si l’attitude d’un crâne qui repose sur sa base est variable, celle d’un crâne qui repose sur sa voûte l’est bien plus encore ; la moindre inclinaison suffit pour faire varier de plus d’un centimètre la longueur de la projection postérieure. Les contradictions qui peuvent se trouver dans un seul et môme ouvrage donnent une idée de celles qui se trouvent dans les écrits de divers auteurs, et l’on comprend maintenant combien l’étude de la base du crâne serait trompeuse, si l’on ne substituait un procédé scientifique et uniforme aux moyens de fantaisie qui ont été usités jusqu’ici.
Le tableau suivant indique la longueur moyenne des deux projections crâniographiques de la tôte, c’est-à-dire la situation
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du bord antérieur du trou occipital, chez 3r> nè^^res et GO Européens.
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