PHOJECTIONS DE LA TÈTE
été faits, et s’ils n’ont pas porté tous les fruits qu’on en attendait, c’est parce que ce sont des procédés crânioscopiques plutôt que des procédés crânioraétriques. Celui de Blumenbach consiste à examiner la tête de haut en bas ; en se plaçant à une certaine distance, et en fermant un œil, on voit les divers plans superposés s affaisser en quelque sorte, et se projeter sur le plan horizontal, et l’on saisit ainsi des rapports qui seraient fort précieux s ils pouvaient être exprimés en chiffres. Le procédé de M. Oxven consiste à examiner la tête de bas en haut ; c’est l’inxerse de celui de Blumenl^ach ; il en partage les avantages et les inconvénients.
Mais l’anthropologie, aujourd’hui, est engagée dans la \oic des recherches précises et positives; elle exige autre chose que des appréciations faites à la simple vue, et il est tem[)s (jue 1 étude scientifique des projections horizontales de la tête prenne la place des procédés crânioscopiques de Bluinenbach et de M. Richard Oxven.
Pour cela il s agit avant tout de déterminer la direction du plan horizontal sur lequel les projections devront être obtenues. Dans mes premiers essais, je me bornais à placer le crâne sur une planche graduée en long et en large dans toute son étendue.
Ln clou xœrtical, implanté au centre de la planche, sur le zéro des deux échelles, pénétrait dans le trou occipital ; on poussait le crâne d avant en arrière jusqu’à ce que le bord antérieur de ce trou s’arrêtât sur le clou ; de la sorte, le centre de la base de la tete correspondait au double zéro de la planche, puis ]e plaçais 1 inters aile des deux incisix es sur la ligne médiane de la planche, et j’obtenais aisément, au moyen d’une mince équerre, la projection de tous les points excentriques dont je voulais déterminer la position et les rapports. Rien n’était facile en paiticulier comme de mesurer la projection du plus grand diamètre antéro-postérieur de la tête, et d’étudier séparément la longueur de la projection des parties situées en avant et en arriéré du Irou occipital, c est-a-dire la projection antérieure cA. la projection postérieure de la tête.
Mais je n ai pas tardé a reconnaître l’inijierfection de ce procédé si simple et si rapide. Une table sur laquelle on fait reposer la lace inférieure du crâne ne re[)résenle nullement
'S 2 MliMUlUES ü’A.NTllHOEUEG(jlE.
le plan horizontal de la tête. Dans celte position, le crâne touche la table par le bord de l’arcade dentaire supérieure, mais en arrière il repose tantôt sur le sommet des apophyses mastoïdes, tantôt sur les bosses cérébelleuses, sur le bord postérieur du trou occipital, ou meme sur la face inférieure des condyles. Je ne parle pas des apophyses styloïdes, qu’on pourrait à la rigueur casser lorsqu’elles font une trop grande saillie. Je ne parle pas non plus des cas assez fréquents, même dans notre race, où le crâne tend à basculer en arrière, parce qu’on peut toujours le redresser en plaçant un coin de bois sous les bosses cérébelleuses, de manière à ramener les dents au contact de la table.
Le plan de la base de la tête, ainsi déterminé, varie considérablement au gré de dispositions anatomiques qui, pour la plupart, sont très-peu significatives. Ainsi, il suffit que les apo[)hyses mastoïdes soient plus ou moins longues, pour que l’occiput soit élevé ou abaissé, ce qui change entièrement les conditions de cet équilibre artificiel. Des dents plus ou moins longues produisent des changements inverses et la direction de la tête est bien plus altérée encore lorsque l’arcade alvéolaire édentée repose directement sur la table.
11 était donc nécessaire de déterminer d’une manière plus certaine, par un procédé uniforme et indépendant des variations individuelles, la direction du plan horizontal de la tête. Pour cela, il fallait fixer la tête dans la direction qu’elle présente pendant la vie, lorsqu’elle est en équilibre sur la colonne vertébrale, et que le sujet regarde droit devant lui.
La direction du regard est le seul caractère auquel on puisse reconnaître sur le vivant que la tête est horizontale.
Lorsqu’un homme est debout et que son axe visuel est horizontal, il est dans l’attitude naturelle. Ce qui caractérise l’homme, (|uoi qu’en ait dit le poète, ce n’est pas de regarder le ciel, mais de regarder en avant vers l’horizon.
Sur le crâne sec on peut aisément déterminer la direction de cct axe visuel horizontal. C'est celle d’une ligne qui, partant du trou optique, va passer par le milieu de l’ouverture orbitaire. 11 suffit de tendre un fil au-devant des deux orbites, à égale distance de leur bord supérieur et de leur bord inférieur; le plan qui passe i>ar cette ligne transversale et par les deux trous oiâiipies
l‘UÜ,lECT10.\S Ü1-; LA TÉTh:.
rSrj
(qui occupent le sommet des pyramides orbitaires) est parallèle au plan horizontal de la tête : toute ligne contenue dans le premier de CCS plans est donc parallèle au second. Par conséquent, si l’on bouche avec une lame de carton l’ouverture de l’un des orbites, qu’on perce un trou dans ce diaphragme sur le milieu de sa hauteur, et qu’à travers ce trou on pousse jusque dans le trou optique une aiguille à tricoter, la partie extérieure de l’aiguille sera comprise dans le plan des deux axes de la vision horizontale, c’est-à-dire qu’elle sera parallèle au plan horizontal de la base de la tête. Nous avons maintenant un élément précis pour déterminer la direction de ce dernier plan, il ne s’agit plus que d’en déterminer le niveau.
Or, il est parfaitement évident que ce plan doit passer par la face inférieure des condyles de l’occipital. C’est sur cette face inférieure que repose la tête lorsqu’elle est en équilibre sur la colonne vertébrale. Le plan cherché doit donc passer par le point le plus inférieur de chacun des deux condyles occipitaux. Mais il y a une infinité de plans qui remplissent cette condition. Notre }ilan ne sera déterminé que lorsque nous aurons fixé un troisième point de repère. Voyons donc quel est, sur le squelette de la face, le point qui est situé sur le même niveau que les condyles, lorsque la tête est en équilibre horizontal.
Pour cela, dans une planchette en bois léger, faisons deux échancrures latérales pour que la saillie des apophyses mastoïdes ne puisse l’empêcher de s’appliquer sur les condyles, et, plus en avant, faisons un trou en fer à cheval, ayant la forme et les dimensions de l’arcade dentaire. Appliquons cette planchette sur la face inférieure d’un crâne où nous avons déjà fixé l’aiguille orbitaire, et cherchons quel est le point de la face qui affleure la planchette lorsque celle-ci est parallèle à l’aiguille. J’ai fait cette expérience bien des fois, sur un grand nombre de crânes; j’appréciais la direction de l’aiguille par rapport à la planchette, en mesurant avec une équerre graduée la hauteur de l’aiguille près de l’orbite et à son extrémité, et j’ai vu constamment que le parallélisme existait au moment où le bord inférieur de l’arcade alvéolaire supérieure affleurait le bord du fer à cheval de la planchette. (M. Broca répète, séance tenante, cette expérience sur plusieurs crânes pris au hasard dans la collection de la Société.)
M ÉMOI R lis U’ANTll ROÉOLOlil li.
l*iU’ conséquent, le plan qui passe par les coudoies occipitaux et par le bord inférieur de l’arcade alvéolaire est parallèle à l’axe de l’orbite. Il est donc horizontal, sur un homme debout qui regarde droit devant lui.
J’ai cru devoir insister quelque peu sur celte démonstration, parce que beaucoup d’auteurs, pour simplifier les choses, ont cru pouvoir faire passer le plan horizontal de la base de la tête parle bord inférieur des dents incisives. Or. cette simplification apparente est une complication réelle, parce que la plupart des crânes qui ont séjourné longtemps dans le sol sont privés de dents incisives. On est donc obligé -alors de supposer qu’elles existent encore, de les remplacer par un morceau de bois auquel on donne à peu près la longueur moyenne d’une dent. Or les dents, à proprement parler, ne font pas partie du squelette ; ce ne sont pas des os, mais des appendices dont le développement variable ferait varier de plusieurs degrés l’inclinaison de la tête. Cette dernière considération aurait dû suffire pour faire abandonner l’idée de faire passer par le bord inférieur des incisives une ligne dont la direction doit être fixe.
Le bord de l’arcade alvéolaire au contraire est un point de repère fixe, et l’expérience que je viens de répéter devant la Société bur des crânes pris au hasard prouve en outre que ce point de repère est exact.
Il y a pourtant une circonstance qui pourrait, si l’on n’était pas prévenu, induire en erreur ceux qui, sans autre examen, feraient toujours passer par ce point la ligne horizontale de la tête. Sur les vieillards qui ont perdu depuis longtemps toutes leurs dents, l’arcade alvéolaire subit une atrophie considérable. Le bord de cette arcade peut remonter jusqu’au niveau du plan de la voûte palatine, et le plan alvéolaire se trouve quelquefois situé à 1) ou fi millimètres seulement au-dessous de réjiine nasale. La ligne horizontale de ces crânes ne peut être déterminée. Si on la faisait ])asser par le bord alvéolaire, on commettrait quelquefois une erreur de plus d’un centimètre et demi, et, sous prétexte de rendre la tête horizontale^ on la ferait basculer en avant, de telle sorte que la bosse nasale et le point sus-orbitaire pourraient passer eu avant de l’arcade dentaire, et (lUC l’angle facial, par conséipient, [lourrait i)araîlre plus grand (ju'un angle droit.