‹ Mémoires d'anthropologieChapitre 12 sur 86 · SS · texte numérisé non relu

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On voit tout de suite, d’après ce tableau, que la base du crâne du nègre, contrairement à l’assertion de Prichard, diffère de celle du blanc dans toutes ses parties. La saillie plus considérable de la région faciale n’a pas seulement pour conséquence d’allonger la projection antérieure, mais encore démasquer le peu de développement du crâne antérieur. La projection crânienne antérieure du blanc, c’est-à-dire la longueur du crâne proprement dit en avant du trou occipital surpasse de près de 49 millièmes celle du nègre; la différence entre les deux projections postérieures est beaucoup plus faible, et n’arrive pas à millièmes. Ainsi, tandis que chez le nègre le trou occipital est plus en arrière que chez nous par rapport aux dents incisives, il est au contraire plus en avant par rapport à l’extrémité antérieure du cerveau ; d’où il résulte que, pour changer un crâne de blanc en un crâne de nègre, il ne suffirait pas de faire avancer les mâchoires, qu’il faudrait en outre faire reculer le front, c’est-à-dire faire atrophier le cerveau antérieur, et rendre au crâne postérieur, par une compensation insuffisante, une partie de ce qu’on retirerait au crâne antérieur. En d’autres termes, chez le nègre, la région faciale et la région occipitale sont développées au détriment de la région frontale. Ainsi se trouve confirmée l’opinion de M. Gratiolet qui, comme on sait, range les nègres parmi les races occipitales et les p]uropéens parmi les races frontales.

On voit combien l’étude des projections horizontales de la tète est instructive. Elle mérite, je pense, toute l’attention des crâniologistes, et je me suis demandé dès lors s’il ne serait pas possible de mettre à la disposition des voyageurs et des observa-

NUlVEAU FHOCÉDÉ ÜE CÉI'IIALUMÉTKIE. ')j

leurs un proocdc de mensuration qui leur permît de prendre ces mesures sur la tête de l’homme vivant.

§ II. — IVouveau procédé de céplialoinétrie et d’autliropométrie.

lia double équerre.

On ne peut espérer d’obtenir sur le vivant une détermination aussi rigoureuse que sur le squelette, parce que les condyles occipitaux ne sont ni visibles ni accessibles au toucher. Mais les mesures ccphaloraétriques, quelles qu’elles soient, ne sont jamais qu’approximatives; les chairs, dont l’épaisseur est variable, masquent complètement certains points de repère; les points mêmes qui font une saillie apparente peinent rarement être marqués avec une précision absolue, et le même observateur, prenant deux fois de suite la môme mesure, pourra trouver une dillêrence de 2 ou 3 millimètres, sans qu’il y ait lieu de mettre en doute son habileté. Le but des recherches céphalométriques est donc seulement d’approcher autant que possible de la réalité anatomique. Pour cela, on choisit à la surface de la tête les points ou les lignes qui ont les rapports les plus lixes avec les éléments crâniométriques ; de telle sorte que, si les mesures céphidiques diffèrent des mesures crâniennes, la différence existe toujours dans le même sens pour chaque mesure, et que les deux séries de résultats peuvent être comparées avec avantage.

Sur le squelette, la séparation du crâne antérieur et du crâne postérieur est établie du coté de la base par une ligne transversale tangente au bord antérieur du trou occi})ital. Celle ligne passe en môme temps sur l’extrémité antérieure des deux condyles. Si on la prolonge en dehors, on voit qu’elle va passer à peu près audessous des deux conduits auditifs externes. Ce rapport n’est pas absolument certain ; le conduit auditif externe est quelquefois un peu plus en arrière et ordinairement un peu plus en avant. Mais la différence n’est jamais très-considérable. On peut donc établir sur le vivant une séparation entre le crâne antérieur et le crâne postérieur en faisant passer un plan vertical par le centre des deux conduits auditifs externes. C’est la plus grande approximation qu’on puisse obtenir.

Cherchons maintenant à déterminer ce itlan vertical. Nous ne

MÉMOlHliS Ü’ANTllKÛPULUtilli.

pouvons le faire qu’en déterminant d’abord le plan horizontal de la tête, auquel il doit être perpendiculaire. On n’a pas oublié que. sur le squelette, le plan horizontal est celui qui passe par les deux condyles occipitaux et par le milieu du bord de l’arcade alvéolaire. Mais, la situation des condyles ne pouvant être reconnue sur le vivant, il faut chercher, sur les parties extérieures de * la tête, des pointspropres à déterminer un plan aussi rapproché que possible de la direction du plan horizontal du crâne.

Les conduits auditifs sont toujours situés plus haut que la face inférieure des condyles. Un plan passant par ces deux conduits et par le bord de l’arcade alvéolaire serait donc très-oblique ; mais il se trouve beureusement que la distance comprise entre ce bord et l’épine nasale inférieure est à peu près égale à la hauteur des conduits auditifs au-dessus des condyles. Une ligne tirée du conduit auditif à l’épine nasale est donc à peu ])rès horizontale.

Sur le vivant l’épine nasale inférieure correspond à l’angle rentrant que forme, sur la ligne médiane, la rencontre du bord inférieur du nez et de la face antérieure de la lèvre supérieure. J’appellerai ce point le ijoint sous-nasal. La ligne menée du point sous-nasal au centre de l’ouverture extérieure du conduit auditif donne, aussi exactement qu’on puisse l’obtenir sur le vivant, la direction du plan horizontal de la tête. C’est ce que Camper avait déjà reconnu, et c’est ce qui l’avait conduit à faire de cette ligne (ou plutôt de sa projection sur le plan vertical médian) le côté inférieur de l’angle facial. Il est certain que, de toutes les lignes qu’on peut déterminer sur le vivant, c’est celle-là qui se rapproche le plus de la direction horizontale. Les auteurs modernes qui ont fait descendre jusqu’au bord inférieur de l’arcade alvéolaire, ou même jusqu’au bord inférieur des dents incisives, le sommet de l’angle facial, tel qu’on peut le mesurer sur le vivant, n’ont pas tenu compte de cette circonstance. L’angle facial, ainsi déterminé, ne mesure pas l’inclinaison delà ligne faciale par rapport à l’horizon, mais par ra])port à un plan plus ou moins oblique. Je ne prétends pas qu’il soit sans intérêt de le mesurer, je dis seulement qu’il donne une idée tout à lait fausse de l’obliquité réelle de la face.

NOUVEAU l'UUUÉÜÉ UE UÉUllALii.MÉTm E. Uü

Ou U fait subirait procédé de Camper une correction plus utile eu changeant le point de repère supérieur de la ligne faciale. Celle-ci doit faire connaître la direction générale du profil delà face, et Camper avait parfaitement compris que la saillie du nez était trop variable et dépendait de conditions anatomiques trop locales pour qu’on 'pût lui laisser exercer quelque influence sur la direction de la ligne faciale. Il faisait donc, avec raison, abstraction de cette saillie, ür, il est une autre saillie qui, pour être moins considérable, n’est pas moins variable et qui est tout aussi peu significative. C’est celle de la bosse nasale du frontal, ou de la glabelle, qui correspond aux sinus frontaux. L’importante modification que M. Jacquart a fait subir au goniomètre de Morton a pour but précisément de mesurer l’angle facial en évitant la déviation que produit la saillie de la bosse nasale. D’ailleurs la séparation du crâne et de la face se fait au-dessus de cette bosse, au niveau du plan des cavités orbitaires, qui, sur le squelette, passe un peu au-dessus du bord supérieur de l’orbite, et qui, sur le vivant, correspond assez exactement au bord supérieur des sourcils. Si l’on applique à la base du front une règle transversale tangente à la courbe des deux sourcils, on obtient une ligne qui correspond assez bien à la séparation du crâne et de la face ; le point médian de cette ligne coincïde, à un ou deux millimètres près, je m’en suis plusieurs fois assuré sur le cadavre, avec le point du squelette que j’ai appelé \q point sus-or hitaire{\). C’est donc là et non à la bosse nasale que doit alioutir la ligne faciale. Or, ce point peut être très-aisément déterminé sur le vivant, et, pour en rendre la situation plus fixe, on peut au besoin tracer à ce niveau une petite marque avec le crayon dermograpliique.

Nous avons maintenant les éléments nécessaires pour mesurer sur le vivant les projections horizontales de la tête, avec une approximation parfaitement suffisante. •

Plaçons le sujet, debout ou assis, dans une situation telle que la partie postérieure de sa tête soit appliquée contre un mur vertical, et qu une ligne tirée de l’ouverture de l’oreille au bord inférieur de la sous-cloison du nez soit horizontale. La distance de

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MÉiMOll^ES D’A.NTllUOnjLÛÜlE-

roreille au mur donnera \di projection crânienne ou cérébrale postérieure ; la diirtance du bord supérieur de la lèvre supérieure au mur donnera la projection totale ou \'axe horizontal de la tète; et la ditrérence entre ces deux longueurs donnera la projection antérieure de la tête. Mais il faudra ensuite diviser cette projection antérieure en deux parties, l’une faciale., mesurant la saillie de la face en avant du crâne, l’autre crânienne ou cérébrale antérieure, mesurant la saillie du crâne en avant de l’oreille ; et il suffira de déterminer seulement une de ces deux parties pour connaître l’autre par une simple soustraction. Pour cela, on prendra la distance du point sus-orbitaire au mur, et, retranchant cette longueur de celle de l’axe horizontal de la tête, on obtiendra la projection faciale.

11 s’agit maintenant de mettre ce plan de recherches à exécution et de le faire autant que possible avec des instruments sim- })les, portatifs et peu coûteux, qui puissent faire partie du bagage de tous les voyageurs. Pour les études crâniométriques qui se font dans les laboratoires, on ne doit pas reculer devant le prix et la complication des instruments ; mais pour les reclierches céphalométriques, qui ont pour but de suppléer aux lacunes de nos musées, et qui par conséquent doivent être à la portée des voyageurs, il est essentiel d’instituer des procédés qui soient accessibles à tout le monde.

Celui que je soumets à la Société me paraît répondre à ce besoin. Les instruments que je propose d’adopter sont tellement simples que tout observateur peut, en tous pays, les construire lui-même. Ils sont au nombre de trois : la planche graduée, y équerre directrice, et \' équerre exploratrice. Si l’on joint à ces intruments un ruban métrique et un compas d’épaisseur, on aura un bagage suffisant pour prendre non-seulement les mesures de la tête, mais encore toutes les mesures du tronc et des membres.

Si l’on ne voulait mesurer que la tête, il suffirait de donner à la i)lauche graduée 40 centimètres de longueur. l\Iais il est préférable de lui donner un mètre, parce qu’alors, en la suspendant exactement à un mètre au-dessus du sol, on peut prendre toutes les mesures de la partie supérieure du eorps. Pour prendre les mesures de la partie inférieure du corps, on la fait descendre jus^

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