‹ Mémoires d'anthropologieChapitre 19 sur 86 · DU GONIOMÈTRE · texte numérisé non relu

DU GONIOMÈTRE

(Publiée eu aiigluib ibius The Mriiioim rend beforc ihe An/liriijujloyiml Society of London,

vol. 11, |). 82, Luiid., 1865-0, iii-8“.)

Lorsqu’on mesure l’angle facial, on^^se propose tantôt de comparer, à l’aide des cbiirres, les crânes de divers individus ou les crânes moyens de diverses races, — et tantôt de déterminer, sur un crâne donné, l'un des éléments qui expriment le développement relatif de la région faciale et de la région cérébrale antérieure.

I. Dans le premier cas, on peut choisir de préférence les points de repère qui donnent le plus d’étendue aux variations de l’angle facial. On place alors le sommet de l’angle sur le bord libre des dents incisives, et on fait aboutir en haut la ligne faciale sur le milieu de l’espace compris entre les deux bosses frontales ; de la sorte tous les caractères d’infériorité du profil de la face concourent à diminuer l’angle facial : par exemple, lorsque le front est fuyant, que les maxillaires supérieurs sont obliques, que l’arcade alvéolaire est longue et prognathe, que les dents sont longues et obliques, la réunion de toutes ces conditions défavorables rend l’angle facial très-petit ; il devient beaucoup plus grand dans les conditions opposées, et c’est ainsi qu’on peut trouver jusqu’à 20 degrés et plus de différence entre certains crânes d’Européens et certains crânes d’Australiens ou de nègres. Mais l’angle qu’on mesure suivant ce procédé dépend de plusieurs dispositions anatomiques très-inégales en importance \ des caractères d’une grande valeur sc trouvent combinés avec des caractères tout à

SUK l’angle facial et le THIANGLE facial. 111

fait secondaires, si bien que le fait peu significatif de l’inégale longueur des dents peut faire varier de plusieurs degrés l’angle facial de deux individus qui ne diffèrent d’ailleurs ni par la conformation de leur face, ni par celle de leur crâne. Le prognathisme limité à l’arcade alvéolaire, comme on le voit souvent dans notre propre race, où il peut coïncider avec le plus beau développement de la région frontale, peut exercer plus d’influence sur la diminution de l’angle facial que ne le ferait une atropine môme notable du front. Enfin, il suffit d’avoir examiné une série de crânes de même race, pour savoir que la hauteur de l’arcade alvéolaire, même avant la chute des dents, peut varier de plus d’un centimètre, sans que ces différences soient en rapport avec d’autres modifications de la face ou du crâne, et il peut arriver que, par suite de ces variations, d’importance secondaire, un individu qui possède un grand et beau front ait l’angle facial plus petit que tel autre individu dont le front est plus bas et plus oblique, mais dont l’arcade alvéolaire est moins haute. L’angle facial ainsi déterminé donne donc des différences très-grandes, mais dont la signification morphologique est trompeuse, et c’est^ parce que beaucoup d’auteurs modernes ont suivi ce procédé qu’on a pu élever des doutes sur la valeur de l’angle facial considéré comme caractère anthropologique.

IL Dans le second cas, on emploie l’angle facial comme l’un des éléments qui servent à mesurer le développement relatif de la région frontale. Alors, laissant de côté les dents et les alvéoles, dont les variations n’ont pas de relation directe avec celles du crâne cérébral, on ne considère plus que la loge antérieure du crâne, et les quatre cavités faciales qu’elle recouvre, savoir, les deux fosses nasales et les deux orbites. On place le sommet de l’angle facial sur l’épine nasale inférieure, et on fait passer la ligne faciale, comme une tangente à la base du front, sur le milieu de la ligne horizontale qui indique la séparation du crâne et de la face, et qui correspond à la limite de la face inférieure des lobes antérieurs du cerveau. Si l’on applique transversalement, au-dessus des deux arcades sourcilières, un fil qui, de chaque côté, va passer immédiatement au-dessus des apophyses orbitaires externes, on obtient une ligne fixe qui correspond au diamètre frontal minimum. Jamais le cerveau n’est assez large pour

recouvrir entièrement la face ; toujours le bord externe des orbites déborde la loge cérébrale, et il en résulte que la crête frontale, parvenue à la base du front, se recourbe et se porte en dehors pour se continuer avec l’apophyse orbitaire externe. Le point où elle se recourbe, et où, de convergente elle devient divergente, indique la limite inférieure de la région cérébrale, et le commencement de la région faciale. La ligne qui unit ce point avec celui du côté opposé correspond donc au minimum d’écartement des deux crêtes frontales, c’est-à-dire au diamètre frontal minimum ; elle laise au-dessus d’elle toute la région cérébrale et au-dessous d’elle les deux arcades sourcilières dont la hauteur est très- variable. Sa partie moyenne passe généralement sur la partie supérieure de la glabelle. Mais on sait combien varie la situation de la glabelle ; la sailliequ’elleforme,tantôt presque nulle, tantôt très-considérable, dépend en grande partie du développement des sinus frontaux; tantôt elle monte au-dessus, tantôt elle s’arrête au-dessous de la ligne de séparation du crâne et delà face. Il y aurait donc quelque inconvénient à se servir de la glabelle pour déterminer le point de repère supérieur de la ligne faciale, et il me paraît bien préférable de placer ce point de repère sur le milieu de la ligne que je viens d’indiquer et que j’appelle la ligne sus-orbitaire. Le point médian de cette ligne est le point sus-nasal; sur le vivant, on l’obtient approximativement en prenant le milieu d’une ligne tangente au bord supérieur des deux sourcils.

L’angle facial dont le sommet est placé sur l’épine nasale (ou point sous-nasal)., et dont le côté antérieur passe par le point susnasal, présente des variations individuelles ou ethniques beaucoup moins étendues que celui dont le sommet est situé sur le bord inférieur des dents, ou des alvéoles ; mais il a une signification anatomico-physiologique beaucoup plus importante, parce que, n’étant plus en rapport qu’avec un seul caractère, il permet de le déterminer nettement. Ce caractère, c’est le développement relatif de la vertèbre cérébrale antérieure et de la vertèbre oculonasale qui lui est immédiatement subjacente. L’angle facial dont il est ici question permet d’apprécier ce qui manque au cerveau pour recouvrir d’arrière en avant les organes purement sensitifs. Si l’on fait passer un plan par l’épine nasale (point sous-nasal) et par les deux conduits auditifs externes, ce plan di\ise la région

SUR l’angle facial et le triangle facial. 113

de la face en deux parties, l’une supérieure, qui renferme les organes de l’olfaction et de la vision, l’autre inférieure, où est placé l’appareil de la gustation. Or, le goût est, après le toucher le moins spécial des sens. Il est régi par deux nerfs qui sont entièrement distincts dans leur origine, leurs connexions et leur distribution (1), et qui servent en même temps à la sensibilité générale, comme les nerfs sensitifs ordinaires ; ce sens ne nous donne par lui-même qu’un très-petit nombre de notions grossières, et, s’il paraît nous procurer des sensations très-diverses et très-délicates, c’est parce qu’il est continuellement dirigé par le sens de 1 olfaction, dont il est en quelque sorte le vassal. Personne n’ignore qu’un simple coryza peut, en troublant l’olfaction, perturber entièrement le sens du goût, et anéantir la plupart des sensations dites gustatives. Je répète donc que le goût est le moins spécial des sens céphaliques. Les vrais organes des sens spéciaux sont caractérisés par des nerfs aussi spéciaux au point de vue anatomique qu au point de vue physiologique, par des nerfs qui n’ont aucun rapport avec la sensibilité générale, qui ne peuvent transmettre au centre nerveux qu’une .seule espèce d’impressions, et qui transforment en cette impression unique toutes les irritations traumatiques, chimiques ou électriques que l’on applique sur eux. Ces sens spéciaux sont l’ouïe, la vue et l’odorat ; ils ont d’étroites relations avec l’encéphale, et les parois des cavités qui les recèlent font partie intégrante de la base du crâne. Les organes de ces trois sens supérieurs ne sont, à l’époque de leur première apparition, que des annexes de l’encéphalel’oreille interne procède de la cellule cérébrale postérieure, l’œil est un simple diverticule de la cellule cérébrale antérieure,’et le nerf olfactif ne peut être considéré que comme un prolongement ^ésiculaire de cette même cellule cérébrale antérieure. Directement associés au cerveau dans leur développement, et contenus dans des cavités qui ne sont que des annexes de la base du crâne, les organes de 1 ouïe, de la vue et de l’odorat forment un groupe parfaitement naturel. La région qu’ils occupent descend jusqu’au niveau de l épine nasale, sur laquelle vient s’insérer la cloison du

0) Ce sont le glosso-pharyngieu, qui fait partie de la 8« paire, et le nerf lingual, branche du maxillaire mitirieur, qui fait partie de la 5e paire.

H4 MÉMOIRES D’ANTIIROPOLOGIE.

nez; elle est comprise entre la base du crâne et le plan horizontal qui passe par l’épine nasale et par les deux méats auditifs. Au-dessous de ce plan, toute la face appartient, chair et os, au système des arcs branchiaux ; au-dessus, au contraire, les arcs branchiaux ne fournissent que les parties accessoires, telles que les paupières, les joues, les os malaires, les branches montantes des maxillaires,l.’oreille externe, etc., tandis que toutes les parties essentielles, molles ou dures, la cloison, les cornets ethmoïdaux, les voûtes orbitaires, les nefs olfactifs, les globes oculaires, les rochers et leurs labyrinthes, l’oreille moyenne et ses osselets, procèdent directement soit du crâne, soit du cerveau.

C’est cette partie supérieure de la face dont il importe de déterminer les rapports avec la région du crâne antérieur. Dans le type de la perfection idéale, elle serait entièrement recouverte par le crâne, et la ligne faciale, tirée du point sus-nasal au point sous-nasal, serait verticale; mais, dans les conditions normales, ce type idéal ne se réalise jamais. La ligne faciale est

toujours plus ou moins oblique , et l’angle qu’elle forme avec le plan auriculo-sous-nasal est toujours plus ou moins inférieur à un angle droit. La mesure de cet angle facial nous donne par conséquent un renseignement important sur l’étendue relative, dans le sens antéro-postérieur, de la région crânienne antérieure et de la région faciale supérieure, mais ce renseignement ne nous suffit pas, parce que l’ouverture de l’angle facial dépend de deux éléments variables : elle peut être accrue par la diminution de la face, ou par l’agrandissement du crâne, ou par ces deux conditions réunies. On ne doit donc pas se borner à

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