‹ Mémoires d'anthropologieChapitre 25 sur 86 · MESURE DE L’ANGLE SPHÉNOÏDAL · texte numérisé non relu

MESURE DE L’ANGLE SPHÉNOÏDAL

le singe il deviendrait de plus en plus obtus, et finirait même par devenir, dans l’âge adulte, égala deux angles droits.

L’importance de ces conclusions n’échappera à personne ; et je m’empresse de dire qu’elles me paraissent découler avec beaucoup de probabilité des recherches de M. Welckcr. Mais il est clair que, pour tirer tout le parti possible de la mensuration de l’angle sphénoïdal, et pour en déterminer la valeur anthropologique, il est indispensable d’étudier à ce point de vue un trèsgrand nombre de crânes. Or, jusqu’ici cette mensuration ne pouvait se faire que sur des crânes soumis à des coupes, ce qui restreignait considérablement le nombre dis cas où elle était praticable. Les seuls procédés crâniométriques qui puissent se généraliser sont évidemment ceux qui permettent de respecter l’intégrité du crâne.

M. Virchow mesurait l’angle sphénoïdal sur des crânes soumis à la coupe verticale et médiane. Les trois points qui servent à la détermination de cet angle, le point nasal, N, le point sphénoïdal, S, et le point basilaire, B, étant compris dans le plan médian, il était facile de mesurer avec un compas les trois côtés du triangle NSB, de construire ce triangle sur le papier et de mesurer avec un rapporteur l’angle sphénoïdal S.

M. ^\ elcker a jugé avec raison qu’on pouvait construire ce triangle sans pratiquer la coupe médiane du crâne. Il a donc opéré sur des crânes soumis simplement à la coupe horizontale, qui les détériore moins. Lorsque la voûte a été enlevée par un trait de scie, on peut aisément, à l’aide d’un compas d’épaisseur, mesurer les trois distances NS, SB, et BN; on construit alors le triangle sur le papier comme dans le premier procédé.

Le procédé que je viens vous soumettre permet de construire le triangle NSB, que j’appellerai le triangle sphénoïdal, sans pratiquer aucune coupe et sans la moindre chance d’erreur.

Mais, avant de décrire ce procédé, il s’agit de se demander quel est, en avant de la selle turcique, le point précis où l’on doit placer le sommet de l’angle sphénoïdal. MM. Virchow et ^^’e]cker n’ont pas donné d’explication suffisante sur ce sujet. Il y a des crânes où le bord antérieur de la selle turcique correspond exactement à la gouttière optique; sur d’autres crânes, au contraire, le tissu osseux se prolonge en arrière de Cette gouttière de ma-

nière à former une saillie récurrente qui recule au-dessus de la selle, dans une étendue de \ à 3 millimètres. Cette projection en arrière du bord antérieur de la selle turcique est due à une petite déviation toute locale, qui n’a aucun rapport avec l’architecture générale de la tête, et qui aurait pourtant pour conséquence de faire subir à l’angle sphénoïdal des variations très-notables, si on plaçait aveuglément le sommet de cet angle sur le milieu du bord antérieur de la selle turcique. — Il ne faut pasqu’un tout petit détail ostéologique puisse influer ainsi sur un caractère céphalique; nous devons donc faire abstraction des variations indi- \iduelles du bord de la selle turcique, de même que, dans la mensuration de l’angle facial, nous faisons abstraction des variations individuelles que présente la saillie de l'épine nasale inférieure.

La partie fixe et constante du squelette de cette région, celle qui ne varie qu’avec la région tout entière, c’est la gouttière optique. Les deux trous, ou plutôt les deux canaux optiques, viennent déboucher obliquement dans le crâne sur les deux côtés du corps du sphénoïde antérieur ; et de l’un à l’autre s’étend une gouttière peu profonde, à peu près transversale, mais cependant légèrement curviligne, dont la convexité est dirigée en arrière, vers la selle turcique, et dont la concavité est tournée en avant. Celle gouttière loge dans ses parties latérales les deux nerfs optiques, et le chiasma des nerfs optiques repose sur sa partie moyenne. Le point où elle traverse la ligne médiane est donc celui que nous devons choisir pour y placer le sommet de l’angle sphénoïdal.

On peut aisément déterminer ce point sans ouvrir le crâne, à l’aide d’une petite tige d’acier étroite et aplatie, dont l’extrémité, recourbée sur le plat, présente une courbure pareille à celle de la gouttière optique. Cet instrumeiU, que j’appelle la so7ide optique^ A, est introduit avec la main droite dans le trou optique gauche; pour le faire pénétrer au delà de ce trou, il faut porter le manche en dehors; alors le bec de la sonde parcourt toute la gouttière optique et vient se présenter derrière le trou optique droit, où on l’engage légèrement d’arrière en avant. A ce moment, la partie rectiligne de la sonde est appliquée solidement contre la paroi externe de l’orbite, pendant que sa partie

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curviligne, contenue dans le crâne, où elle s’étend d’un trou optique à l’autre, repose directement sur la gouttière optique.

La sonde mise en place, on saisit le crâne de la main gauche par la région orbitaire, en maintenant la sonde fixée, puis on retourne le crâne, et on introduit par le trou occipital un instrument en forme de crochet n^présenté en B :

c’est le crochet sphénoïdal.

Le crochet sphénoïdal est une tige de cuivre à quatre pans, coudée vers l’une de ses extrémités sous un angle d’environ 4o°. Sa petite branche, longue de 35 millimètres, se termine en un bec aminci, légèrement recourbé, et presque tranchant. Sa grande branche, longue de 15 centimètres, est coupée en biseau à son extrémité libre, et graduée en imillimètras à partir du sommet de ce I biseau.

Rien n’est facile comme d’aller reconnaître avec cet instrument le point ^sphénoïdal, c est-à-dire le milieu de la gouttière optique. Pour cela on 1 introduit dans le trou occipital et on le pousse dans le crâne, en ayant soin de toujours le maintenir dans le iplan médian. Son bec glisse d’abord le long de la gouttière ibasilaire jusque sur le bord de la lame carrée, qui forme la paroi (postérieure de la selle lurcique, puis descend dans la selle, reimonte sur la paroi antérieure de cette cavité, rencontre la saillie [transversale de la sonde optique, la franchit, l’accroche, et vient [enfin s’arrêter derrière elle, de manière à se fixer précisément, ■rigoureusement, sur le milieu de la gouttière optique.

Si l’on Voulait seulement mesurer la longueur du côté SB du triangle sphénoïdal, il suffirait d’appliquer la grande branche du crochet sur le bord antérieur du trou occipital, d’y faire une (marque en ce point, puis de retirer l’instrument hors du crâne, (et de mesurer avec un compas la distance comprise entre le bec |et la marque. On aurait ainsi très-exactement la longueur du

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pôtc Sn. Le côté NB, dont les deux extrémités sont sur la surface du crâne, serait ensuite mesuré avec le compas d’épaisseur ; mais il resterait à mesurer le troisième côté NS, ce qui serait beaucoup plus difficile, et exigerait des instruments assez compliqués. J’en ai fait fabriquer deux qui m’ont l’un et l’autre j)ermis de construire des triangles auxiliaires sur lesquels il était facile de mesurer au compas la distance NS. Mais ces instruments, qui font le plus grand honneur à l’habileté de M. Mathieu (le constructeur de tous nos instruments anthropologiques), sont coûteux, d’un maniement assez délicat, et j’ai trouvé plus avantageux de recourir pour la construction du triangle sphénoïdal à un procédé qui n’exige d’autre instrument que la sonde et le crochet qui viennent d’être décrits, et le compas ordinaire des étuis de mathématiques.

Je tire sur le papier une ligne où je porte la longueur NB, mesurée directement sur le crâne avec le compas, puis, j’introduis dans le crâne la sonde optique et le crochet sphénoïdal, je lis sur l’échelle du crochet le nombre de millimètres qui correspond au point B ou point basilaire, et, sans mouvoir le crochet, je fais mesurer par un aide [Voy. la /îgurel) la distance NP comprise entre le point nasal et le zéro ou extrémité libre du crochet. — Alors, sans déranger l’ouverture du compas, j’applique une de ses pointes sur mon papier, au point N, et avec l’autre pointe je décris un arc de cercle dont le centre est en N, et dont le rayon est égal à NP. Pour terminer la construction, il suffit d’appliquer le crochet sur le papier, de telle sorte que, son zéro étant situé sur l’arc PH, la division millimétrique qui correspondait sur le crâne au point basilaire vienne passer par le point B. Il est clair que le crochet occupe ainsi sur le papier, par rapport à la ligne NB, la position qu’il occupait dans le plan médian du crâne; le bec du crochet reproduit donc exactement la position du point sphénoïdal S. Je marque ce point, et, le triangle sphénoïdal NSB étant déterminé par ses trois sommets, je n’ai plus qu’à mesurer l’angle S à l’aide d’un rapporteur.

Cette manœuvre, quoique assez longue à décrire, est des plus simples, et avec un peu d’habitude il ne faut pas plus d’une ou deux minutes pour construire le triangle sphénoïdal.

J’espère que ce procédé permettra de généraliser l’étude de

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l’angle sphénoïdal dont Welcker a signalé l’importance, et qui ne pouvait être déterminé jusqu’ici que sur des crânes mutilés par un trait de scie.

11 ne serait pas impossible de simplifier l’appareil instrumental en supprimant la sonde optique. La main qui dirige le crochet sphénoïdal dans le crâne sent tous les mouvements que le bec de cet instrument exécute sur le squelelte, et avec un peu d’habitude on arrive très-bien à l’arrêter sur la gouttière optique. Mais les chances d’erreur sont alors beaucoup plus grandes, et la sonde optique est tellement simple, tellement peu coûteuse, elle facilite tellement l’opération, qu’il me paraît bien préférable de

NOUVEAUX INSTRUMENTS CRANIOGRAPHIQUES

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