‹ Mémoires d'anthropologieChapitre 33 sur 86 · SUR L’INDICE CURIQUE DES CRANES · texte numérisé non relu

SUR L’INDICE CURIQUE DES CRANES

■ (linUMinx ilr la Snriàlr il'aat/iropnlot/ia, I. Y (!'• SiM’io), 18fit, p. 2n3-î60.j

Je place sons les yeux de la Société la douzième planche de l’atlas de crânioscopie de Garus (Leipzig, iSfii, in-folio). Elle repi’ésente le profil du crâne de Schiller.

(!•] Paris. 1857, in-8o, t. II, p. 109.

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Vous VOUS souvenez qu’il y a trois ans, dans notre discussion sur le cerveau, des contestations se sont élevées relativement au volume du crâne de Schiller. Les contemporains de ce grand homme ont dit qu’il avait la tête très-grosse; et M. Gratiolet, dans son ouvrage sur V Anatomie comparée du sijstème nerveux^ avait répété cette assertion ; mais ayant eu depuis lors l’occasion d’étudier, dans la première édition de l’atlas de M. Garus, le profil du crâne de Schiller, il avait trouvé que le diamètre antéro-postérieur n’avait que 190 millimètres, et n’excédait pas la moyenne observée sur les crânes dolichocéphales. J’avais fait remarquer que cette donnée était insuffisante, puisque le volume du crâne dépend de sa largeur et de sa hauteur autant que de sa longueur. Mais la question, jusqu’à plus ample informé, était restée douteuse (1).

Un tableau de mensurations, joint à la deuxième édition de l’atlas de M. Garus, permet de résoudre cette question. Les mesures sont exprimées en pouces et en lignes d-e Paris. La largeur de la région pariétale du crâne de Schiller s’élève à 5 pouces 10 lignes, ce qui fait 138 millimètres. Ge crâne n’était donc pas dolichocéphale ; il était au contraire brachycéphale, car le diamètre antéro-postérieur, comme l’a dit M. Gratiolet et comme on peut le vérifier sur le dessin, est exactement de 190 millimètres, et, en comparant les deux diamètres, on trouve un indice céphalique de 83, IG pour 100.

Ge crâne est en outre très-développé dans le sens vertical. La hauteur du vertex au-dessus du conduit auditif s’élève à 140 millimètres; et sur les 430 crânes dont j’ai dessiné le profil au crâniographe, il n’en est pas un seul où cette hauteur dépasse 131 millimètres. Le diamètre vertical de Schiller ne peut être mesuré sur le dessin ; mais j’ai constaté dans mes recherches que cette mesure est toujours supérieure de 7 à 23 millimètres à la hauteur précédente, et cela s’accorde très-bien avec le chiffre de 149 millimètres qui exprime sur le tableau de M. Garus la hauteur de la région pariétale, c’est-à-dire le diamètre vertical du crâne de Schiller.

Si l’on tient compte de ces trois diamètres, on trouve que le

(1) Voy. /}iilli’tiiii de la Soeiêlé d'antlii'oi)oloijii>, t. Il, p. 260, 30S ot i-30. Voyez aussi plus

liaut, I). 219 et 220.

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crâne de Schiller est un des plus grands qui aient été étudiés jusqu’ici. Le crâne n’est pas un de ces solides réguliers dont le volume est en rapport constant avec le produit de leurs trois diamètres; ce produit exprime le volume d’un parallélipipède rectangle qui circonscrit la boîte crânienne, et il est clair que l’intervalle compris entre le parallélipipède circonscrit et la surface extérieure du crâne varie suivant la forme de ce dernier. Toutefois il est impossible de nier que le produit des trois diamètres donne une idée plus exacte du volume du crâne que ne le ferait l’étude isolée de ces diamètres. C’est pourquoi, dans mes recherches sur les relations qui peuvent exister entre la capacité du crâne et ses dimensions extérieures, j’ai l’habitude de prendre pour terme de comparaison le produit des trois diamètres. L’expérience m’a démontré que ce produit donne en centimètres cubes le volume d’un solide un peu supérieur au double de la capacité interne du crâne. La différence entre ces deux mesures cubiques est toujours à l’avantage de la première, et elle est loin d’être fixe; mais elle oscille pourtant dans des limites assez restreintes. Il en résulte que la moitié du produit des trois diamèires donne une idée approximative de la capacité du crâne ; c’est pourquoi je l’ai désignée sous le nom à'indice cubique du crâne.

En multipliant les trois diamètres du crâne de Schiller (IPÜ X IS8X.149), on obtient un produit de 4472“.98, ce qui donne un indice cubique de 2236.49 centimètres cubes.

Or j’ai relevé avec le plus grand soin et inscrit sur un catalogue, que je destine à la Société, toutes les dimensions des 600 crânes de notre musée. A l’exception d’un seul et unique crâne, dont l’indice cubique s’élève à 2274'% tous les autres donnent un indice cubique inférieur à 2056.

Le crâne unique et exceptionnel dont je parle est le n' 16 de la série des crânes parisiens du dix-neuvième siècle. 11 est évidemment pathologique ; ses parois sont extrêmement épaisses; quoiqu’il soit privé d’une des moitiés delà face, il pèse 1219 grammes, plus du double du poids moyen des autres crânes. Le plus lourd des crânes de Jiègres du muséum ne pèse que 970. Le plus lourd des crânes européens de notre collection, non compris le iT 16, ne pèse que 923. Ce crâne n® 16, malgré l’excessive épaisseur de ses parois, u'en est pas moins le plus grand de tous les

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crânes que j’ai cubés jusqu’ici, et dont le nombre s’élève à plus de 600. Il a une capacité interne de 1883 centimètres cubes. D’après cela, et d’après plusieurs autres caractères, je suis disposé à admettre que c était le crâne d un individu atteint d’hypertrophie cérébrale; mais ce n’est là qu’un détail accessoire, et l’essentiel est de constater qu’il s’écarte considérablement des conditions normales.

En laissant de côté cette exception suffisamment motivée, nous trouvons que l’indice cubique du crâne de Schiller est notablement supérieur à celui de n’importe quel autre crâne de notre musée.

Cela suffit, je pense, pour établir que ce crâne est un des plus grands que l’on ait mesurés jusqu’ici.

M. Giiatiolet. Lorsquej’ai parlé du crâne de Schiller, je n’avais sous les yeux que le dessin de profil publié par M. Garus. J’ai dit que ce crâne était remarquable par l’admirable harmonie de ses contours, par la forme majestueuse du front, par un angle lacial ^oibin de 1 angle droit; mais j’ai ajouté que le diamètre antéro-postérieur ne présentait rien d’extraordinaire, et que l’aspect du profil n’indiquait pas un crâne très-grand. Le nouveau document que vient de publier M. Carus modifie cette conclusion, puisqu il en résulte que le diamètre transversal du crâne est très-considérable. Je ferai pourtant remarquer à M. Broca que la largeur du crâne varie suivant les régions, et que l’élargissement de la région pariétale peut coïncider avec un rétrécis-

sement de la région antérieure. Je trouve en outre que le moyen de cubage extérieur dont notre collègue s’est servi manque entièrement de rigueur; le crâne varie trop dans ses formes et dans son épaisseur pour que le produit de ses trois dimensions extérieures puisse donner une idée de sa capacité.

M. Broca. Le crâne de Schiller est loin d’être rétréci dans la région frontale. Le tableau de M. Garus nous apprend que la largeur du front au niveau des yeux est de llO"”, environ lo“"" au delà de la moyenne. La largeur maxima de Los frontal s’élève

à 131”"', ce qui est énorme. Le crâne est donc très-grand dans toutes ses parties.

L’objection que m’adresse M. üratiolet relativement à mon procédé de cubage extérieur serait parfaitement fondée si j’attri-

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buais à ce procédé une valeur rigoureuse; mais j’ai commencé par déclarer moi-même que ce n’était qu’un moyen d évaluation relative et approximative. Tout le monde a compris la nécessité de mesurer les trois dimensions du crâne. Si l’on mesure ainsi les crânes, c’est pour pouvoir les comparer ; mais la comparaison isolée des mesures est tout à fait stérile lorsqu’il s’agit d’un corps solide et surtout d’un corps dont la forme n’est pas assujettie à une règle géométrique. Au lieu donc de comparer séparément les diamètres, j’ai comparé leurs produits, ce qui n’est certes pas rigoureux, mais ce qui donne du moins une base à nos appréciations, tandis que les mesures linéaires nous laissaient jusqu’ici dans une incertitude à peu près complète.

Ce procédé de l’indice cubique est du reste beaucoup plus approximatif que je ne l’avais d’abord supposé. Malgré 1 inégale épaisseur des os du crâne, le rapport de l’indice cubique à la capacité interne ne varie que dans des limites assez étroites. 11 est compris entre 1.04 et 1.20, et si, au lieu de considérer les cas individuels et exceptionnels, on considère des séries entières, on trouve que ce rapport varie seulement dans les races blanches entre 1.08 et 1.12. C’est ce que montre le tableau suivant, relatif aux principales séries de notre collection :

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