‹ Mémoires d'anthropologieChapitre 41 sur 86 · I.A LINGUISTIQUE ET L’aNTHROPOLOGIE. 2(ia · texte numérisé non relu

I.A LINGUISTIQUE ET L’aNTHROPOLOGIE. 2(ia

(leving-deux mille ans, il est probablement resté bien an-dessous des exigences réelles de son système.

Pour apprécier la lenteur avec laquelle les lang ues se modifient par la seule action du temps, lorsqu’elles sont à l’abri des influences étrangères, il suffit de considérer et de comparer les dialectes des principaux archipels de la Polynésie. Tout le monde sait que le capitaine Cook prit à son bord un Taïtien nommé Tupaïa qui put lui servir d’interprète lorsqu’il toucha à la Nouvelle-Zélande (1 ). Dumont-d’Urville a publié des vocabulaires très-étendus de la plupart des dialectes polynésiens et comparé ces vocabulaires deux à deux, en comptant les mots identiques, les mots simple- I ment semblables, et enfin les mots qui lui paraissaient tout à fait différents. Ne connaissant pas encore les lois qui ont présidé dans chaque archipel à l’altération des consonnes, lois qui ont été découvertes par ses successeurs, Dumont-d’Urville a dû nécessairement ranger dans la catégorie des mots tout à fait différents un grand nombre de mots qui ne différaient que par la prononciation. Malgré cela, il a trouvé que le nombre des mots très-semblables ou identiques variait, suivant les termes de comparaison, de 41 à 74 pour 100. Par exemple, sur 431 mots considérés dans le taïtien et dans le mavvi (Nouvelle-Zélande), il a trouvé 100 mots identiques, 2.37 mots simplement semblables, en tout, 357 mots plus ou moins semblables, ce qui ferait plus de 80 pour 100; mais en ne prenant, pour établir la comparai- 'Son, que les mots identiques et les mots très-semblables^ il a exprimé le rapport d'identité par le chiffre de o3 pour lOO. En procédant ainsi, il a résumé dans le tableau suivant le parallèle des quatre principales langues polynésiennes :

ÎS'onihre de mots

Rapport

comparés.

d’identité.

Tonga et Taiti

Tonga et Mawi (Nouv.-Zél)

Tonga et Hawaii (îles Sandwich)..

Mawi et Taïti

lilawi et Hawaii

Taiti et Hawaii

Ces chiffres confirment et expliquent la facilité avec laquelle

(1) Dumonl-ilTfville, dans la Partie pMlohyiqne du Voyage de UAsthoi-abe, t. 1, p. 273. Parii, 1834, grand in-3«.

:'t)6 MKMOIHKS U’aNTHHOK)I.OG1K.

lo Taïlieii Tupaïa put prendre langue à la Nouvelle-Zélande.

Il s’agit maintenant de savoir approximativement depuis combien [de siècles ces insulaires, qui se comprennent encore, ont cessé de communiquer ensemble. Que l’époque de cette séparation soit très-ancienne, c’est ce dont on^n’a jamais pu douter; mais on n’avait à cet égard rien de certain ni même rien de probable avant les travaux de M. Horatio Haies, auteur du volume intitulé : On Ethnogrftphy and Philology of the United States, Expédition nnder Charles Wilkes (1846). Cet éminent philologue n’a pas seulement, comme Dumont-d’Urville, comparé les mots des langues polynésiennes dans leurs formes actuelles; il a étudié les modifications des éléments phonétiques, découvert les lois des altérations successives de la prononciation et tracé, par la philologie, l’itinéraire des migrations successives qui ont peuplé les divers archipels de la Polynésie. Ces migrations, suivant lui, auraient d’abord conduit les premiers Polynésiens dans deux archipels voisins de la Mélanésie, dans 1 archipel Samoa ou des Navigateurs et dans l’archipel Tonga ou des Amis. Ces deux premiers bans de l’immigration polynésienne étaient venus* séparément d’une région beaucoup plus occidentale, probablement d’une des îles les plus orientales delà Malaisie. Mais je ne suivrai pas l’auteur jusque-là, cette partie de son travail étant presque entièrement conjecturale. Quoi qu’il en soit, les îles- Samoa et les îles Tonga, peuplées par des hommes qui parlaient deux dialectes d’une môme langue, furent les deux premiers^ foyers d’où s’irradièrent ultérieurement les autres migrations. Les archipels se peuplèrent successivement, et l’auteur a pu suivre ces hardis aventuriers de Samoa à Taïti, de là à Noukahiva (Marquises), de Noukahiva à Haxvaii (Sandwich), etc.

Ces faits, déduits de la linguistique, ont trouvé dans des traditions locales de précieuses confirmations, et j’ajoute que 1 itinéraire tracé par M. Haies s’accorde assez bien avec les tableaux de Dumont-d’Urville sur les rapports d’identité des langues polynésiennes. Les langues qui, d’après Dumont-d’Urville, sont les plus différentes, sont aussi celles qui, d’après M. Haies, sont

séparées depuis le plus de temps.

Jusqu’ici, nous n’avons parlé que de la succession des migrations, de l’ordre suivant lequel elles se sont effectuées, san?*

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