‹ Mémoires d'anthropologieChapitre 43 sur 86 · I.A LINGUISTIQUE ET L’aNTUKOPOLOGIE · texte numérisé non relu

I.A LINGUISTIQUE ET L’aNTUKOPOLOGIE

Le caractère commun que signale M. Halléguen n’est donc autre chose qu’une propriété commune à tout un groupe, sans qu’on puisse en tirer la moindre conséquence sur l’origine et la filiation des diverses parties de ce groupe. Tous les vertébrés ont des vertèbres, un cœur, un cerveau, un tube digestif, etc. ; et toutes ces ressemblances, toutes ces analogies fondamentales, bien autrement étroites, bien autrement spéciales que celles que M. Halléguen invoque pour les langues, impliquent une communauté d’organisation et non une communauté d’origine.

Je ne sais comment m’excuser. Messieurs, d’avoir parlé si longtemps sur un sujet qui, au premier abord, paraît ne relever que de la compétence des linguistes; mais on voudra bien constater que je n’ai pas mis le pied sur le terrain de la linguistique proprement dite. J’ai cherché seulement jusqu’à quel point, dans quelles limites, à quel moment les faits font place aux conjectures ; \ cru devoir opposer aux hypothèses des linguistes une fin de non-recevoir tout à fait générale, sans m’inquiéter de savoir si elles sont plus ou moins probables, et jugeant suffisant de constater qu’elles ne sont pas démontrées. Puis, pour ce qui concerne les faits proprement dits, je me suis efforcé de vous montrer la différence qui existe entre un fait de linguistique et un fait d'anthropologie. Le premier est l’expression d’un phénomène unique, d’un caractère dont l’existence fait partie intégrante de l’organisation de l’homme, mais dont la manifestation particulière est sujette à des variations presque illimitées sous l’inüuence combinée du temps, des circonstances et des mélanges de race ; le fait d’anthropologie, au contraire, est l’expression d’un ensemble de caractères parmi les([uels ceux qu’on tire du langage tiennent un rang très-important, sans doute, mais nullement décisif.

En résumé :

1" Les caractères anthropologiques de premier ordre sont les caractères [diysiques , parce que ce sont les plus permanents ;

2° Les caraclères fournis par la linguistique sont toujours utiles, quelquefois indispensables ; mais à eux seuls ils ne peuvent résoudre définitivement les questions d’anthropologie. Lorsque les conclu?iüns qui paraissent en découler sont en opposition

2*(> MÉMOIRES ü’ANTHROFOLOlilE.

avec celles qui reposent sur les caractères physiques, lorsqu il y a lieu de se demander si une race a changé de type ou si elle a changé de langue, l’hésitation doit disparaître devant cette considération que le type est infiniment plus permanent que le langage ;

3“ Lorsque deux races vivent sur le même sol et se mélangent, le type physique s’altère d’abord en proportion de l’intensité du mélange, puis la race croisée tend à revenir, par la suite des générations, au type de la race mère la plus nombreuse. Le type physique qui survit au croisement avec plus ou moins de pureté, est donc celui de la race qui prédomine numériquement ;

4° Dans les mômes conditions de mélange, les langues des deux races respectives ne se fusionnent pas. L’une d’elles tôt ou tard supplante l’autre, au prix de quelques altérations qui ne la modifient pas dans ses caractères essentiels. Mais la langue qui survit n’est pas toujours celle de la race la plus nombreuse ; c est souvent celle de la minorité ;

Dans ce dernier cas, il n’y a plus parallélisme, il y a même contradiction apparente entre le fait de linguistique et le fait d’anthropologie ; la linguistique pure et simple indiquerait une filiation que les anthropologistes ne peuvent pas admettre. Lesindications qu’elle donne ne peuvent donc être reçues sans contrôle. Mais elles sont toujours extrêmement précieuses, car si elles ne font pas connaître la filiation des peuples par le sang et par la race, elles indiquent leur filiation par le langage, c est-àdire leurs déplacements, leurs mélanges et môme leur histoire, dans des temps dont le souvenir est effacé ;

La linguistique, par conséquent, fournit à l’anthropologie des renseignements et non des arrêts, et elle doit intervenir dans nos débats, non à titre de iuge^ mais à titre de témoin.

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