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SUR LA CAPACITÉ DES CRANES PARISIENS

delà tête. Maisl’abbé Frère pensait queces modifications graduelles pouvaient aller jusqu’à changer entièrement le /y/>ecéphalique, ef, loin d’admettre cette hypothèse, j’ai constaté au contraire que le type proprement dit n’avait subi aucun changement. Il n’y a, entre les deux séries du xii® et du xix“ siècles, aucune différence appréciable à l’œil ; les mêmes formes, les mêmes variétés individuelles se retrouvent dans l’une et dans l’autre; seulement le nombre relatif des crânes qui ont la région frontale très-développée paraît un peu plus considérable dans la série moderne que dans la série ancienne.

Les crânes de la fosse commune du xix® siècle ont à peu près la même capacité que les crânes des Innocents. — La différence de 6 centimètres cubes qui existe en faveur de ces derniers est à peu près insignifiante. Cela semble indiquer au premier abord que, dans les classes inférieures, il n’y a eu dans les derniers siècles aucun accroissement du volume de la tête. Mais la catégorie des individus qui vont aujourd’hui à la fosse commune est située bien plus bas dans notre échelle sociale que celle des individus qu’on portait dans l’ancien cimetière des Innocents. Ce dernier cimetière recevait non-seulement les gens sans feu ni lieu, mais encore tous les ouvriers et la plus grande partie des individus de la classe aisée. Quand on n’était pas noble, il fallait être très-riche ou très-distingué pour être enterré dans les églises ; tout le reste allait aux cimetières du peuple. La catégorie qui a fourni les crânes de la deuxième série était donc en moyenne beaucoup plus relevée que celle qui a fourni, dans la troisième série, le groupe de la fosse commune. Ce dernier groupe n’est donc pas comparable à la série dite des Innocents, et la différence minime de 6 centimètres cubes qui existe en faveur de cette dernière ne saurait être considérée comme une preuve que les classes populaires n’aient pas participé à l’accroissement cérébral qui, dans les classes plus élevées, a marché de front avec le développement de l’instruction et du bien-être.

En terminant cette communication, je fais don à la Société d’une collection de dix-sept crânes qui proviennent également du cimetière de l’Ouest, et qui ont été extraits en ma présence de la fosse de la Morgue. Le gardien du cimetière est un homme trèsintelligent, qui est né dans la petite maison du cimetière, qui y a

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toujours vécu et qui connaît parfaitement la topographie des lieux. Les renseignements qu’il a fournis^ confirmés d’ailleurs par le témoignage de M. l’Inspecteur des cimetières de Paris, peuvent donc être considérés comme authentiques. Un jour, le gardien m’annonça que les ouvriers allaient fouiller l’emplacement de la fosse de la Morgue. Les crânes furent recueillis à mesure qu’on les exhumait. Ils sont au nombre de dix-sept.

11 y a dans celte dernière série quelques crânes assez petits, mais la plupart sont très-grands, et la capacité moyenne des dixsept s’élève à 1,517 centimètres cubes ; elle est donc supérieure de près de 50 centimètres cubes à la moyenne générale des cent vingt-cinq crânes ordinaires de la même époque, de 33 centimètres cubes à la moyenne des quatre-vingt-dix crânes des sépultures particulières, et de 1 14centimètres cubes, chiffre énorme, à la moyenne des trente-cinq crânes de la fosse commune.

On sait que les corps transportés à la Morgue sont exposés publiquement, et le plus longtemps possible, afin que chacun puisse aller les reconnaître. On n’enterre dans la fosse commune de la Morgue que les individus qui n’ont pas été réclamés et à qui, par conséquent, personne ne s’intéresse. Cette règle, sans doute, n’est pas sans exception ; mais en général il y a une certaine analogie dans les conditions sociales des individus qui vont à la fosse de la Morgue, et de ceux qui vont à la fosse commune ordinaire. Le groupe le plus comparable au groupe de la Morgue est donc celui de la fosse commune, et la différence de 114 centimètres cubes qui existe entre ces deux groupes paraît au premier abord tout à fait inexplicable.

On doit remarquer toutefois que de tout temps les morgues ont été placées sur le bord des fleuves. C’est, qu’en effet, la plupart des cadavres inconnus sont des cadavres de noyés. Or, la mort par submersion est presque toujours le résultat du suicide, et on sait bien aujourd’hui que l’aliénation mentale est la cause la plus ordinaire du suicide. Déjà l’année dernière, à l’occasion de la discussion sur le volume du cerveau, j’avais été frappé, ainsi que M. Gratiolet, du poids considérable de l’encéphale desindividus, noyés ou pendus, examinés par M. Emil Huschke (1), et j’avais expliqué ce fait en rappelant que l’aliénation mentale

(1) Didl. de la Soc. d' Anthropologie, t. Il, p. 245 et 445.

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coïncide très-fréquemment avec un développement exagéré du cerveau. Je pense que c’est à la même cause que doit être attribuée la capacité considérable et exubérante du crâne chez les dix-sept individus de la fosse de la Morgue. Le chiffre élevé de la moyenne dépend sans doute de ce qu’il y avait dans cette série bon nombre de suicidés.

Je fais remarquer enfin que les chiffres fournis par le cubage des diverses séries de crânes parisiens sont bien inférieurs à ceux que M. Meigs, de Philadelphie, a obtenus en cubant les crânes teutoniques de la collection mortonienne. Ces derniers crânes ont une capacité moyenne de 1,534 centimètres cubes (1). Mais on ne saurait partir de là pour établir un parallèle entre les races teutoniques et celles qui ont formé la population de Paris, attendu que les crânes de la collection mortonienne sont des crânes de choix, et que ceux que j’ai étudiés ont été recueillis tout à fait au hasard. Les crânes des deux sexes sont en nombre à peu près égal dans les diverses séries de crânes parisiens ; la manière dont ces crânes ont été rassemblés en est un sûr garant; tandis que sur les trente crânes de race teutonique qui sont mentionnés dans le troisième tableau de M. Meigs, il y a vingt-deux crânes d’hommes et seulement huit de femmes (2) ; et cela se conçoit, car, dans les collections générales où figurent toutes les races humaines, on ne peut admettre, pour chaque race, qu’un nombre de crânes assez limité ; on choisit donc les spécimens qui, par la pureté et la beauté de leurs formes, représentent le mieux le type de chaque race ; et ceux-là sont en général amplement développés dans toutes leurs parties. Mes résultats ne peuvent donc être mis en présence de ceux qui ont été publiés jusqu’ici, puisque j’ai fait mes recherches dans des conditions toutes différentes. Je pense que les chiffres de M. Meigs, d’une manière générale, fournissent des moyennes bien supérieures aux moyennes réelles ; mais cette remarque n’infirme pas les conclusions de M. Meigs sur la capacité relative des crânes des diverses races qui figurent dans la collection mortonienne, puisque les éléments de comparaison ont été recueillis dans des conditions analogues.

(1) Vo>ez plus haut, page 191.

(i) Nolt et GliiUloii, InJigenous Races of the harlh. Philad., 1857, grand in-8®, p. 305.

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