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ANTHROPOLOGIE DE LA BASSE BRETAGNE

c< dent le Rhin et les Alpes. Le dieu César (ô Oso? Kalaap), dans ses « CoAiMENTAiRES, suit eticore cette division (1). » Ainsi, d’après Strabon, tout le littoral occidental depuis l’embouchure de la Garonne jusqu’à la Bretagne, et tout le littoral septentrional depuis la Bretagne jusqu’aux bouches du Rhin appartenaient aux Belges.

Ailleurs, il est vrai, il ne prolonge plus la Belgique que jusqu’à la Loire (2), sans dire ce que deviennent les peuples compris entre l’embouchure de la Loire et celle de la Garonne. Cette contradiction mérite d’ôlre relevée ; mais pour ce qui concerne les peuples de notre Bretagne, Strabon ne varie pas ; il range les Vénètes et les Osismiens parmi les Belges et donne à leur pays le nom ÙQ Belgique parocéanique (3). Après cela, on ne conçoit pas qu’il ait pu dire : « Le dieu César, dans ses Commentaires, suit encore cette division. » Au lieu de diviniser César, il aurait mieux fait de le lire avec plus de soin, et il aurait vu, dans le premier alinéa du premier livre de la Guerre des Gaules, que la limite des peuples belges ne descendait pas au-dessous de la Seine.

Si Strabon avait cm émettre une opinion différente de celle de Jules César, s’il avait invoqué un argument quelconque en faveur de la nouvelle division ethnique qu’il formulait, il y aurait lieu peut-être d’hésiter entre deux témoignages contradictoires ; on devrait reconnaître toutefois que toutes les probabilités sont en faveur delà division de Jules César, qui, ayant combattu dix ans contre les deux confédérations des peuples gaulois, devait savoir à quoi s’en tenir sur leurs limites géographiques, bien mieux qu’un auteur qui écrivait plus de soixante ans après lui, et qui n’avait pas visité la Gaule. Mais Strabon, loin de réfuter son divin modèle, déclare le suivre ; c’est même la seule autorité qu’il invoque. Comment a-t-il donc été conduit à l’invoquer à faux ? Est-ce parce que de nouvelles informations, recueillies depuis la conquête, avaient rectifié les notions recueillies par Jules César? Nullement, car les divisions politiques établies sous le règne d’Auguste maintinrent la Belgique dans les limites que César lui avait assignées.

(1) strabon, liv. IV, ch. i, § I, trad. d’.\médée Tardieu, Paris, 1865, in-12, t. I, p. 291.

{i) Liv. IV, ch. IV, § 3, p. 324.

(5) Liv. IV, oh. IV, îi I, p. 322.

ME.MÛIKES D’ANTIJÜOPOLOGIE.

La Celtique, il est vrai, perdit son nom pour prendre celui de Lyonnaise ; elle perdit, en outre, au profit de l’Aquitaine, la plus grande partie du pays compris entre la Loire et la Garonne; mais elle conserva le reste de son territoire, et ses frontières septentrionales ne furent pas changées, de sorte que Pline, un demisiècle après Strabon, put dire que l’ancienne Celtique, comprise entre la Seine et la Garonne, était devenue la Lyonnaise : « A « Sequana ad Garumnam Celtica, eademque Lugdunensis (1). » Plus loin, énumérant les peuples de la Lyonnaise, il y comprend les Nannètes (Loire-Inférieure), les Vénètes (Morbihan), les Osismiens (Finistère), et il a soin d’ajouter que les Osismiens occupent une péninsule remarquable qui s’avance dans l’Océan (2). Notre Bretagne, rattachée à la Celtique par César, et par Pline à la Lyonnaise, c’est-à-dire encore à la Celtique, fit donc toujours partie, avant comme après Strabon, de la Gaule celtique ; et on peut y joindre cet autre fait non moins significatif que, lorsque, au commencement du cinquième siècle, Honorius, premier empereur d’Occident, institua les grands commandements militaires pour organiser une résistance nationale contre les barbares, la principale division militaire de la Gaule, comprenant toute l’ancienne Celtique de César à l’exception de la Séquanaise, fut désignée sous le nom de tractns ai'moricanus (voyez la note de la page 407). Si l’on songe enfin que tous les anciens historiens, à l’exception du seul Strabon, ont, à l’exemple de César, assigné pour limites à la Belgique le cours delà Seine et de la Marne, on reste convaincu que Strabon a commis une erreur matérielle lorsqu’il a prolongé la Belgique, sur le littoral de la Gaule, tantôt jusqu’à la Loire et tantôt jusqu’à la Garonne. L’incertitude même que Strabon laisse planer sur la répartition des peuples belges prouve qu’il n’attachait pas une très-grande importance à cette question. Ayant appris de source certaine qu'il n’y avait que deux langues dans la Gaule : l’une ibérique, parlée par les Aquitains ; l’autre parlée par les peuples gaulois avec quelques légères différences de dialectes, il avait cru que tous ces peuples gaulois n’étaient (pi’nne seule nation, et il s’était fort j)eu })réoccupé de la distinction des Celtes et des Belges. Il suffirait, pour le prouver.

(1) Ilist.nat., liv. IVjCliap. xui.

(2) Ibid., ch. XVIII.

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