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rand)
1840 à 1859 (Bertillon). ..
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L’ancien régime, que certaines gens regrettent encore, fait ici fort triste mine, et ceux qui voudraient y revenir ne se doutent peut-être pas qu’il leur en coûterait plus de dix ans de leur vie.
Les bienfaits de la régénération sociale que nous devons à la Révolution se reconnaissent dès la première année du siècle, où la vie moyenne, calculée d’après la première formule, présente un brusque accroissement de cinq ans ] ils se traduisent, dans les périodes suivantes, par des progrès plus lents, mais continus,
DÉGÉNÉRESCENCE DE LA POPULATION FRANÇAISE. 4Go
dont nous n’avons pas encore vu le terme. Sommes-nous près de l’atteindre ? Nous en sommes, au contraire, bien loin, et personne ne voudra me contredire dans cette Académie où tout le monde s’est accordé à reconnaître que la mortalité de la première année, quoique déjcà considérablement réduite, est encore exorbitante, et qu’elle peut être réprimée par les progrès de l’hygiène, de l’instruction, de l’assistance, non moins que par une meilleure réglementation de l’industrie nourricière. La vie moyenne doit donc s’allonger encore, mais la progression s’arrêtera nécessairement tôt ou tard, car l’homme ne peut pas avoir la prétention de se rendre immortel. Gagnerons-nous trois ans, cinq ans, ou plus encore ? C’est le secret de l’avenir.
On peut apprécier d’une autre manière la vitalité de la population, en cherchant quel est, pour un certain chiffre de naissances, le nombre des individus qui survivent à un âge donné. Cette recherche, comme la précédente, peut être faite de deux manières, soit parla méthode mathématique, soit par la méthode purement expérimentale. La première méthode donne les résultats suivants :
Survivanls à 5 ans (calculs malliématiques).
Sur iüOO nés vivants.
Fin du xviu' sRîcle (Diivillard) 583
1817 à 18ai (Démon rerrand) 7 U)
1840 à 1850 (Rertillon) 7;:{
Sui'vivanfs à 20 a?is (calculs mathématiques).
Sur iOOO nés vi\ants.
Fin du XVIII' siècle (Duvillard) 502
1817 à 18-31 (Démon ferrand) C38
1840 à 1850 (Rertillon) 643
La méthode expérimentale, moins rigoureuse en ce sens que les éléments dont elle dispose obéissent à des influences accidentelles et très-diverses, a l’avantage d’être d’une application beaucoup plus commode. Elle consiste à établir une comparaison rétrospective entre le nombre des individus d’un âge déterminé et le nombre des naissances de l’année où ils sont venus au monde. Les listes des recensements et celles de l’État civil fournissent les éléments de cette appréciation. Mais la détermi-
MÉMOIRES d’anthropologie.
nation de l’âge n’est pas toujours laite avec une rigueur suffisante dans les dénombrements généraux de la population, et Ion possède, pour les jeunes hommes de vingt à vingt et un ans, un document bien autrement certain : c’est la composition des classes du recrutement annuel. En comparant, pour chaque année, le nombre des naissances masculines et vivantes avec celui des jeunes gens appelés vingt ans plus tard au tirage au sort, déduction faite des étrangers ^ M. Legoyt a donné le tableau
Vour les mules seulement. - Sur, nvanis à ‘lO-n ans, d’après le recrutement
el l'État civil ^Legoyt).
Sur iOOO nés vivants.
Mille naissances masculines fournissent donc maintenant à la classe correspondante cinquante hommes de plus qu’il y a quarante ans. Aussi constatons-nous, avec un intérêt qu’augmente encore l’actualité de la question du recrutement, que la force des classes est toujours en progression.
Force des classes (jeunes hommes de 20 à 21 ans).
TVn 1 ft 1 e h 1 sîin . . .
Moyenne annuelle.
Durée
des périodes.
15 ans.
TVn 1«‘l1 ri I8l5
De 1860 à 1864 (avec
les trois
départe-
De 1860 à 1864 (sans ments nouveaux). . .
les trois
départe-
Je viens de vous prouver, par des chiffres irrécusables, que
(1) Chiffre trop faible, rarrondissement de Crasse avant été séparé du Yar et joint aux Alpes- Maritimes.
lu population française n’est pas en voie de dépérissement, qu’elle est, au contraire, en voie d’accroissement numérique.
Rassurés sur ce premier point, cherchons s’il y a quelque chose de fondé dans les craintes que l’on a exprimées relativement à notre prétendue décadence physique. J’ai déjà dit que la décadence était à la rigueur compatible, au moins pour un certain temps, avec l’accroissement numérique. Mais lorsque celui-ci progresse d’une manière continue et prolongée, sans que rien permette d’en prévoir la fin, il y a toutes chances pour que la validité de la race soit en progrès comme sa vitalité ; car toute dégénérescence tend à tarir, au bout de pende générations, les sources de la vie, de sorte que là où la prospérité numérique se maintient au delà de la durée de deux, ou même d’une seule génération, 1 idée d’une décadence physique devient fort improbable. Mais ce n’est là qu’une démonstration indirecte, et il est bon d’y joindre la preuve expérimentale. C’est ce que je vais faire, en me basant sur les résultats fournis par le recrutement de l’armée.
Je serai plus d’une fois obligé de critiquer et de remanier les documents officiels dont je me servirai. J’aurais préféré [)Ouvoir vous les présenter sans modifications ; mais ils sontmalheureuscment entachés de graves erreurs de calcul, qui quelquefois en dénaturent entièrement la signification. Cette assertion peut vous paraître étrange, et je vous demanderai la permission de la justifier.
Le département de la guerre publie chaque année, depuis 1818, et surtout depuis 1832, un Compte rendu [clu recrutement où sont consignés les résultats des opérations des conseils de révision. Ces comptes rendus, source infiniment précieuse de renseignements sur la population masculine de vingtà vingt et un ans, renferment deux ordres de documents ; les uns, purement numériques, transcrits d’après les feuilles des conseils de révision ; les autres statistiques, obtenus d’après des calculs auxquels les premiers documents servent de base.
Or, si les chiffres initiaux sont toujours exacts, il est loin d’en être de même de ceux que l’on obtient par le calcul. Les opérations simples de l’arithmétique méritent toute confiance; mais les calculs de proportions présentent déjà quelques erreurs.
et les opérations plus compliquées sont presque toujours fausses.
Enfin, ce qui est surtout défectueux, c’est la méthode, c est ce que je pourrais appeler la mise en train de la statistique : on y trouve des manœuvres qui, au point de vue scientifique, sont de véritables barbarismes. Oui faut-il en accuser? Personne, mais la situation n’en est pas moins déplorable. Un jour, après avoir vainement cherché à corriger un chilfre évidemment erroné, je voulus aller aux renseignements dans les bureaux delà Guerre. Quelques lignes de M. Michel Lévy m’y procurèrent un excellent accueil, mais quand je demandai le bureau de statistique, on me dit que ce bureau n’existait pas ! Où donc, quand et comment se font les calculs dont les résultats sont publiés chaque année sous la responsabilité du ministre de la guerre? Les uns se font dans les préfectures, par les soins d’employés indéterminés, qui n’ont d’autre guide qu’une note marginale des feuilles expédiées de Paris aux conseils de révision. Les autres sont faits au ministère, où la besogne se répartit entre divers employés qui travaillent séparément, sans aucune direction, sans aucune solidarité et surtout sans aucun contrôle. Il serait miraculeux qu’une statistique ainsi faite fût bonne et valable. La seule chose qui m’étonne, c’est qu’elle ne soit pas plus mauvaise. Mais on me permettra d’émettre, au nom de la science démographique, le vœu qu’il soit institué au ministère de la guerre un bureau de statistique. L’appel des classes est le seul moyen général que l’on possède de recueillir des notions exactes sur l’état physiologique et pathologique de la population. La Statistique de la France nous fait connaître le nombre des individus de chaque âge, mais elle ne nous dit pas, elle ne peut pas nous dire ce qu’ils valent. Cette grave lacune, les opérations du recrutement permettront de la combler, au moins pour la population masculine de vingt ans, lorsqu’elles seront mises en œuvre d’une manière scientifiquepar des hommes compétents. Je déclare donc qu’il est indispensable de créer un bureau de statistique au ministère de la guerre.
Les comptes rendus du recrutement n’en renferment pas moins, tels qu’ils sont aujourd’hui, des données numériques d’une exactitude incontestable, et des relevés dont les résultats sont généralement exacts, lorsque les calculs qu’ils nécessitent
DÉGÉNÉRESCENCE DE LA POPULATION FRANÇAISE. i69
ne dépassent pas le degré de complication de la règle de trois. Ue ce nombre sont les chiffres qui expriment la proportion des individus déclarés bons pour le service militaire.
Tous les individus qui ont la taille réglementaire, et qui sont exempts d’infirmités, sont déclarés bons pour le service ; on y joint, il est vrai, en vertu de l’article IG delà loi de 1832, ceux qui ne répondent pas ou ne font pas répondre à l’appel de leurs numéros, mais ces absents, déclarés bons^ le sont presque tonjours, puisqu’ils s’empresseraient de se présenter s’ils avaient un motif d’exemption physique à faire valoir. L’erreur qui peut résulter de l’absence d’un très-petit nombre d’infirmes est donc insignifiante, et la comparaison du nombre des exemptés pour cause physique avec celui des individus dont le numéro est appelé, donne une mesure assez exacte de V aptitude militaire.
Les documents publiés ne remontent qu’à la classe de 1831. En voici le résumé sous forme de tableau.
L^ombre de jeunes gens aptes au service mililaire sur ICO individus examinés
(aptitude militaire).
classes.
Classes.
1832 G't.CO
18 il 01, i7
1Si;i G9.25
Ifi'i'i 01. 7 i
iSGi 67,06
Ainsi, depuis I83G, le chiffre de l’aptitude militaire s’est accru déplus de o pour 100, et d’une manière presque continue, malgré quelques oscillations Cjui s’expliqueront naturellement tout à l’heure. J’ajoute que les années 1831 à 183.3 ontdonné en réalité
bien moins de jeunes gens bons pour le service qu’on ne pourrait le croire d’après le tableau qui précède : si l’on tient compte des nombreux congés de renvoi qu’on était obligé de délivrer à cette époque, au moment où les jeunes soldats arrivaient sous les drapeaux, on trouve que pendant ces six années, l’aptitude militaire non-seulement n’était pas plus grande qu’en 183G, mais encore qu’elle descendait même au-dessous de GO pour lOO. Quoi qu’il en soit, il n’est pas douteux que l’aptitude militaire s’est progressivement élevée de GO et GI pour 100 à G7 pour 100, et qu’elle est encore en voie d’accroissement. Pour donner une idée de l’importance du résultat obtenu, il suffira de faire un calcul bien simple. La classe de 1864 comprenait, sans les trois départements nouveaux, 314 8G3 jeunes gens ; l’aptitude militaire, reconnue égale à G7,0G dans la partie de la classe qui a été examinée, était certainement la même dans lerestede la classe; d’où il résulte que le pays aurait pu cette année-là lever 211 147 jeunes soldats. Si l’on fait le même calcul de proportion sur la même classe, eu prenant le chiffre d’aptitude militaire constaté en 1843 (GO, 23), on trouve que le nombre des hommes bons pour le service n’est plus que de 189 704. La différence entre ces deux nombres est de 21 443. Cela veut dire que, grâce à l’amélioration de l’aptitude militaire, la classe de 18G4 aurait pu fournir 21 443 hommes valides de plus que n’en aurait fourni vingt ans auparavant une classe de même force.
C’est une amélioration considérable et tout à fait rassurante pour l’avenir. Mais, pour le moment présent, vous vous demandez peut-être, avec quelque inquiétude, si l’aptitude militaire de notre population ne serait pas, malgré les progrès qu’elle vient de faire, inférieure à celle qui a été constatée dans les autres pays. Cette recherche intéressante a été faite par un savant éminent dont la vie, usée par d’immenses et utiles travaux, vient de s’éteindre il y a quelques jours. M. Boudin (1) communiqua en 18G3 à la Société d’anthropologie un mémoire plein de faits instructifs, où sontétudiées avec soin plusieurs des questions qui nous occupent, et d’où j’extrais les chilfres suivants:
(1) Bomlin, De l'hccroissement de la taille et des conditions d'aptitude inilitnire en France, dans Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, t. 11, p. 2il ; \o\cz surtout p. 2E8.
Aptitude militaire dans les autres pays (Roudin).
Sur 1000 examinés.
Delgique
Elals sardes (avant 18A9)
Danemark
Autricdie (avant 18.'j9)...
l’russe
Saxe
La taille réglementaire, il est vrai, est un peu moins élevée en France que clans la plupart des autres pays (et nous ne devons pas nous en plaindre). Cela atténue un peu la signification des chiffres qui précédent, mais les différences signalées sont beaucoup trop grandes pour pouvoir être attribuées à cette cause, et il est parfaitement certain que la France et la Belgique, sœurs de race et de langue, sont les deux pays qui fournissent le plus grand nombre d’hommes valides.
Dans les conditions où se trouve aujourd’hui l’Europe, ce fait a un grand intérêt d’actualité. Il nous permet de dire qu’il n’y a pas péril en la demeure. Mais ce n’est pas seulement au point de vue du recrutement de l’armée que l’étude de l’aptitude militaire est importante. L’homme qui est bon pour le service est bon aussi pour les travaux de la paix, que j’estime au-dessus de ceux de la guerre. La mesure de l’aptitude militaire donne donc une idée de la validité delà population, c’est-à-dire de sa force productive; maiselle n’en donneqiFune idée incomplète parce queles hommes petits et exempts d’infirmités, quoique exclus du contingent par la toise réglementaire, sont parfaitement aptes aux travaux de l’industrie et de l’agriculture. Il est donc nécessaire d’établir une distinction entre les exemptions prononcées pour infirmités, et celles qui sont motivées seulement par le défaut de taille.
Mais je dois rappeler d’abord que la loi de 1832 accorde aux familles des individus exemptés pour infirmités des avantages spéciaux, qu'elle refuse aux familles desindividus exemptés pour défaut de taille. L’infirme est considéré comme restantà la charge de safamille, comme ne pouvantjamais en devenirlesoutien ;il n’ab" sorbe donc pasles exemptions légales attribuées aux familles privées de leur chef,ou qui ont déjà un ou plusieurs enfants sous les drapeaux. Celui qui est exempté pourdefautde taille, au contraire, ne
procure aux siens aucun des bénéfices de la loi. De là est venue cette règle, suivie constamment par lesconseilsdc révision (à l’exception deTannée 1848), que tout individu qui peut être exempté à la fois pour défaut de taille et pour infirmités, doit être porté exclusivement sur la liste des exemptions pour infirmités. Nous sommes donc autorisés à considérer comme parfaitement valides, comme bons pour le travail, tous les hommes dont l’exemption est prononcée pour défaut de taille. La classe de 1847, appelée en 1848, lait seule exception à la règle. La révolution de février ayant quelque peu désorganisé le service, le gouvernement provisoire dut y pourvoir en confiant les opérations du recrutement à des Conseils spéciaux composés d’hommes peu familiarisés avec les applications de la loi, et assistés de médecins civils. Il en résulta, d’une part, que dans toute la France on se montra beaucoup moins difficile sur le choix des hommes, et que l’aptitude militaire parut s’accroître de 4 pour 100 (voy. le tableau n° 8) ; d’une autre part que les individus au-dessous de la taille réglementaire furent tous, infirmes ou non, exemptés pour défaut détaillé. Ces explications permettent de comprendre pourquoi la classe de 1847 paraît rompre la série croissante du tableau qui précède et les séries décroissantes du tableau qui suit :
Nc.Tïbre d’exemptions pour infirmités et défaut de taille sur 10,000 examinés (l), d’après les Comptes rendus du recrutement.
Classes.
Pour défaut
Pour
Classes.
Pour défaut
Pour
de taille, ii
Qrmités.
de taille, iufirmiiés
(1) On appelle examinés nnc funle irimlividns <]ui ne le sont pas. Le noinlire des examinés de eliacpie canton, c’est le chiUVe du dernier numéro parlant.
(2) Et non pas riS9, comme il est dit par erreur dans le compte rendu (il y a 10 609 exemptions sur 198 916 examinés).
Je parlerai d’abord de la seconde série du tableau, relative au nombre des infirmes. L’appréciation de l’infirmité est de beaucoup la plus difficile des opérations des conseils de révision. Tandis que la détermination de la taille est soustraite à toutes les influences, celle des infirmités, au contraire, varie souvent au gré des circonstances. Il ne s’agit pas seulement en elfet de constater l’existence d’une lésion ou d’une maladie, mais de dire si cette affection sera permanente, et si elle existe à un degré suffisant pour constituer un cas d’exemption. Cette appréciation dépend d’abord de l’habileté des médecins, de leur expérience, de leur force en diagnostic. Or, s’il est une chose incontestable, c’est que l’instruction des médecins militaires a fait depuis trente ans des progrès considérables. Tous aujourd’hui, par exemple, connaissent l’auscultation et savent diagnostiquer le premier degré de la phthisie, ce que la plupart d’entre eux n’auraient pas pu faire autrefois. Sous ce rapport, par conséquent, on aurait pu s’attendre à voir le nombre des exemptions pour maladies ou infirmités s’accroître notablement pendant la période que nous étudions. C’est le contraire qui a eu lieu, et nous pouvons en conclure hardiment que l’amélioration a été plus grande en réalité que ne paraissent l’indiquer les chiffres du tableau.
S’il fallait en donner une preuve plus directe, je pourrais citer les chifl’res relatifs aux conges de renvoi ou aux congés de réforme n° 2. Les maladies dont le début n’est pas reconnu au moment de l’examen n’en continuent pas moins leur marche, et ne tardent pas à devenir évidentes. Aussi est-on obligé de réformer soit au moment du départ, soit au moment de l’arrivée au corps, un certain nombre de jeunes soldats. Ces réformes étaient désignées autrefois sous le nom de congés de renvoi. De 1831 tà 183d, le nombre des congés de renvoi fut en moyenne de plus de 3000 par an. C’était une perte notable pour l’armée, et surtout pour le budget de la guerre, puisque les dépenses du voyage et de l’équipementétaient faites en pure perte. Aussi les ministres adressaientils chaque année circulaire sur circulaire aux conseils de révision pour leur recommander une plus grande sévérité. A partir de 183G le nombre des congés de renvoi commença à décroître. Mais nous ne pouvons suivre cette décroissance jusqu’à nos jours parce que, depuis 1844, on a confondu chaque année, sous la dési-
47i MÉMOIRES D’aNTIIROPOLOGIE.
gnation commune de congés de réforme n” 2, les anciens conges de renvoi et les réformes accordées, pour maladies ou infirmités, aux soldats des six classes précédentes. Par conséquent, en comparant les anciens congés de renvoi avec les congés actuels de réforme n° 2, nous ne devons pas oublier que ceux-ci comprennent un nombre très-considérable (près de moitié) de cas de réforme qui ne figuraient pas dans les premiers. Eh bien, malgré cette circonstance très-aggravante, le nombre des congés de réforme n“ 2 accordés annuellement n’a été en moyenne, de 1862 à 1864, que de 1603 pour des contingents de 100 000 hommes, tandis que de 1831 à 1833, les congés de renvoi, pour des contingents de 80 000 hommes, dépassaient en moyenne le chiffre de 3000.
Nous pouvons donc tenir comme bien inférieurs à la réalité les chiffres qui expriment sur notre tableau n“ 10 la proportion des infirmités pour les cinq premières années de la liste. — Et la môme remarque est applicable en sens inverse aux cinq premières années du tableau n“ 8. En réalité, c’est seulement à partir de 1836 que les chiflVes deviennent quelque peu comparables aux chiffres actuels. Nous voyons môme que de 1836 à 1846 la marche des exemptions pour infirmités, c’est-à-dire la sévérité des conseils de révision, a continué à progresser. Mais depuis lors, quoi- . que les conseils soient devenus, sauf les exceptions que j’indiquerai, de plus en plus sévères, — la liste des congés de réforme en fait foi, — le nombre des exemptions pour infirmité est descendu de 3269 en 1843, à 2762 en 1864. Ce sont par conséquent environ 500 hommes de plus sur 10 000 qui sont reconnus valides aujourd’hui. C’est un progrès des plus remarquables et qui est bien fait pour nous réjouir.
Comment se fait-il, donc qu’un fonctionnaire supérieur du ministère de la guerre ait pu, il y a peu de temps, attrister notre honorable collègue, M. Jules Guérin, en lui disant que la proportion des exemptions pour infirmités s’était notablement accrue depuis quelques années? M. Jules Guérin ne nous a pas cité les chiffres, mais il aurait pu nous dire qu’clfectivcment le nombre des infirmes, ou plutôt, ce qui est bien différent, le nombre des exemptés pour infirmités, a été beaucoup plus faible en 1853, 1854 et 1855 qu’il ne l’est aujourd'hui. Au lieu de 2762 cas sur 10 000, il n’y en avait alors que 2441 et 2478. Mais ici doivent intervenir des
considérations d’un autre ordre. Les classes de 1853, 1834 et 1855, furent appelées à fournir d’énormes contingents de 140 000 hommes, et ne nous étonnons pas que les conseils de révision aient été obligés, pour faire face à cette exigence, de se montrer moins difficiles que d’habitude. Bien des fois même, ils épuisèrent la liste cantonale sans pouvoir compléter la liste du contingent exigible, et il en résulta un déficit de 2 000 à 2 400 hommes. Pareille chose eut lieu en 1859, lorsque la classe de 1858 dut fournir encore un contingent de 140 000 hommes. Cette année-là, les exemptions pour infirmités descendirentà2 388pour 10000 ; mais le chilTre du déficit s’éleva à 3 102. Ces années exceptionnelles ne peuvent en aucune façon être comparées aux années ordinaires ; et, loin que la validité de nos hommes ait diminué depuis 1853, je suis au contraire en mesure de prouver, par l’étude des déficits, que la population supporte aussi bien maintenant les contingents de 100 000 hommes qu’elle supportait autrefois les contingents de 80 000, et meme de GO OOO hommes.
Le déficit. Messieurs, est un des faits les plus graves du recrutement. 11 y a des cantons qui sont à peu près toujours en déficit. Gela veut dire que chaque année on leur enlève, sans aucune exception, tous leurs hommes valides. Ailleurs, le tirage au sort ouvre des chances favorables ; on s’approche de rurne avec l’espoir d’amener un bon numéro. Mais dans les malheureux cantons dont je parle, tous les numéros ont la même valeur, et le tirage au sort est illusoire. Voilà pourquoi beaucoup de bons esprits demandent, au nom de la justice, au nom de l’égalité, que la répartition dos contingents soit faite, non plus par le nombre des jeunes gens inscrits sur les listes, mais d’après le degré d’aptitude militaire constaté parles recrutements desdixannées précédentes. Espérons que cette idée prévaudra dans l’esprit des législateurs qui préparent une nouvelle loi, et que nous verrons disparaître du vocabulaire du recrutement ce mot de déficit,^\n?> terrible encore en matière de population qu’en matière de finances.
Ouoi qu’il en soit, l’étude des déficits antérieurs est fort instructive. De 181 G à 1823, lorsque les appels n’étaient que de 40 000 hommes, les déficits étaient rares et variaient annuellement de 0 à 45. De 1824 à 1830, les appels furent portés à GO 000 liommes, et l’on vit alors des déficits de 215 en 1824, de
i*0 MÉMOIRES D’ANTIIHOPOLOGIE.
282 en 1826, de 379 en 1828. Mais la population, ébranlée par les guerres du premier empire, se relevait rapidement ; et après 1830, quoique les contingents eussent été fixés à 80 000 hommes, on vit le déficit descendre de 203 en 1833, à 192 en 1838, à 139 en 1842, à 111 en 1846, enfin à 38, à 31, une fois même à 11 dans les années suivantes. Le dernier a[)pel de 80 000, fait en 1832, ne donna que 30 hommes de déficit. Depuis lors, les contingents de 100 000 hommes ont donné des déficits de 171 en 1860, de 132 en 1 862, et enfin de 8 1 en 1864. Vous voyez que le déficit est moindre aujourd’hui avec des appels de 100 000 hommes qu’il ne l’était il y a trente ans, avec des appels de 80 OOO, et il y a quarante ans avec des appels de 60 000 hommes seulement. Mais les énormes déficits, déjà cités, des années où le contingent a été porté à 140 000 hommes, prouvent que notre population supporte très-difficilement des levées de plus de 100 000 liommes.
Mais revenons à la question des infirmités. Je vous ai montré que les «chilfrcs lamentables» annoncés par la presse sont au contraire fort satisfaisants, puisque le nombre d’individus exempts d'infirmités sur 10 000 s’est accru d’environ 300 depuis une vingtaine d’années. Il ne suffit pas toutefois que les hommes soient bien portants et bien constitués; il faut encore, pour la beauté de la race et surtout pour sa force, qu’ils ne soient pas trop petits. Certes, on se tromperait beaucoup si l’on appréciait la vigueur d’une race ou d’un homme d’après l’élément de la taille. [I n’en est pas moins vrai que, toutes choses égales d’ailleurs, une taille trop peu élevée est désavantageuse. Voyons donc maintenant ce que devient la taille de l’homme en France.
La première série du tableau n'* 10 donne, d’après les comptes rendus du recrutement, la proportion annuelle des exemptions pour défaut de taille, depuis 1831 jusqu’à 1864. En laissant de côté la classe de 1847, recrutée on 1848 par des commissions inexpérimentées, qui ont commis une grave erreur dans la répartition des cas d’exemption, nous voyons que le nombre des hommes au-dessous de l'‘‘,36 a diminué depuis 1831 d’une manière rapide et à peu près continue, malgré quelques oscillations d’ailleurs rares et peu considérables. Il n’y avait donc aucune crainte à concevoir de ce côté, lorsque la publication récente du compte rendu de 1863, pour la classe de 1864, est venue susci-
ter quelques iaquiéliides. On y lit en effet qu’en 1864, le nombre des exemptions pour défaut de taille s’est élevé à 589 sur 10 000, tandis qu’il n’était que de 577 en 1803. I! y aurait donc un recul qui nous reporterait même en arrière de 1859. Mais je suis heureux de vous faire constater que ce chiffre de 589 est le résultat d^in accident de calcul. En réalité, le chiffre de 1864 ne s’élève qu’à 533, et c’est de beaucoup la proportion la plus faible qui se soit rencontrée jusqu’ici. De pareils accidents seraient impossibles s’il y avait au ministère de la guerre un bureau de statistique. Somme toute, de 1831 à 1864, la proportion des tailles trop petites a baissé de 928 à 533, ce qui constitue une diminution de 43 pour 100.
INIais on peut objecter, contre les chiffres proportionnels des comptes rendus, qu’ils reposent sur une base peu rigoureuse. En effet, dans le calcul du nombre relatif des exemptions, on prend pour numérateur le nombre des individus exemptés pour défaut de taille, et pour dénominateur le nombre total des individus dits examinés. Or, parmi les examinés Ogurent les individus exemptés pour infirmités, et beaucoup de ces derniers sont au-dessous de la taille réglementaire. Si l’on songe môme que parmi les infirmes figurent les bossus, les rachitiques, les idiots, les crétins, etc., dont la taille est en général très-petite, il deviendra évident que la catégorie des infirmes doit renfermer une proportion considérable et exceptionnelle d’individus de trèspetite taille. Les termes de comparaison des comptes rendus du recrutement sont donc défectueux. xV vrai dire, les infirmes, dont la taille reste toujours indéterminée, doivent être mis hors de cause. Les deux termes de comparaison que les plus simples notions de l’arithmétique doivent nous faire choisir sont, d’une part, le nombre total des individus grands ou petits qui ont été mesurés, et d’une autre part le nombre de ceux qui, parmi eux, n’ont pas atteint le niveau de la toise. Par exemple, si l’on mesure 100 000 hommes, et que sur ce nombre 12 000 soient trouvés trop petits, les 88 000 autres ayant la taille exigée, on dira que la proportion des exemptions pour défaut de taille est de 12 000 sur 100 000; ou de I 200 sur 10 000, et non de 12 000 sur 88 000, ce qui donnerait une proportion de 1 363 sur 10 000. C’est sur cette base bien simple que j’ai fait reposer des recher-
ches plus précises que les précédentes, pour déterminer le chiffre relatif des exemptions pour défaut de taille. Elles sont consignées dans la première colonne du tableau n° 11, et si elles ne remontent qu’à 1833, c’est parce que les comptes rendus antérieurs à cette année n’ont pas publié tous les détails dont j’avais besoin.
Mais les chiffres de cette colonne sont sensiblement trop forts, parce qu’un très-grand nombre d’individus, compris dans le contingent ne sont pourtant pas mesurés. Il y a, dans la décomposition des contingents, une forte colonne où sont portés les individus àe, taille inconnue. Or, presque tous ceux-là ont certainement la taille réglementaire. Les uns sont déjà sous les drapeaux où ils ont devancé l’appel. Les autres bénéficient des dispenses accordées aux élèves des séminaires ou aux instituteurs, en échange d’un engagement qu’ils ne peuvent rompre sans être immédiatement réintégrés dans l’armée ; ils auraient donc tout intérêt à faire valoir des motifs d’exemption, de sorte que ceux qui ne se présentent pas aux conseils de révision sont presque invariablement bons pour le service. Reste enün la catégorie des individus déclarés bons comme absents. Il en y a environ 2 000 chaque année. Ce sont d’abord les insoumis, qui ne s’exposeraient pas aux rigueurs de la loi s’ils étaient trop petits pour le service; puis ceux qui, sans vouloir se soustraire au service, pour lequel ils sont bons, jugent inutile, par légèreté ou par ignorance, de se faire examiner; et enfin ceux qui, étant nés en France, et étant par conséquent inscrits sur les listes, sont actuellement en résidence à l’étranger. C’est seulement parmi ces derniers qu’il peut y avoir quelques individus de taille insuffisante, mais il n’y en a que bien peu, et, somme toute, on ne commet qu’une erreur minime en considérant tous les individus non mesurés et compris dans le contingent comme ayant la taille réglementaire.
J’ai donc, d’après cette donnée, fait une seconde série de calculs qui sont consignés dans la dernière colonne du tableau n° 11.
Nombre d'exemptions pour défaut de taille.
Sur
10,000 individus mesurés
Sur 10,000 individus mesurés réellement ou considérés
par les conseils de révision.
I 1G.7I IGT!)
IGIG
IGÜi
Ces chiR'res sont trop forts, parce que les individus de taille inconnue, dont le nombre varie de 7,0U0 à IGjOOO, ont presque tous la taille.
Années.
comme
avant la taille (i).