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Ces cbid'ies sont un peu trop faibles, parce que quelques-uns des individus de taille inconnue peuvent cire au-dessous de la taille régleinentaire. Celle catégorie est d’ailleuis très-minime ; elle ne comprend que les individus résidant hors de France. En elfet, tous les conscrits résidant en France et pouvant bénélicier de l’exemption pour défaut de taille se présentent sans exception et sont mesurés.
Les résultats exprimés sur ce tableau ne sont pas beaucoup plus saisissants que ceux du tableau n“ 10, extrait des comptes rendus du recrutement. Mais ils sont plus rigoureux, par conséquent plus démonstratifs. Ils ne remontent malheureusement qu’à l’année 183.5, époque où la taille était déjà sensiblement améliorée. L’écart qui existe entre les termes extrêmes des séries est donc moindre que sur le tableau n“ 10. Mais si, sur ce der-
(I) I.es individus de taille inconnue, déclarés bons, sont censés avoir la taille, et font dès lors P artie du contingent.
nier tubleaii, on néglige les années antérieures à 1835, on troiue que la diminution n’a été que de 831 à 53.1, c est-à-dire de 36 pour 100, tandis que la seconde colonne du dernier tableau donne une diminution de 1537 à 950, c’est-à-dire de 38 pour 100. Si l’on considère maintenant que les chiffres des comptes lendus présentent, de 1831 à 1864, une réduction de 43 pour lOO, on est autorisé à penser que les calculs du dernier tableau, appliqués à la môme période, auraient montré une réduction de plus de 45 pour 100. Vous voyez, d’après cela. Messieurs, combien les journaux politiques ont été induits en erreur lorsqu ils se sont demandé « si nous avions en perspective une race lilliputienne. » Ce qui est certain, au contraire, c’est que les hommes lilliputiens deviennent de plus en plus rares parmi nous.
Ce fciit, je dois le dire, est admis, sans la moindre contestation, par tous les auteurs qui ont fait des études sur la taille. Mais ces mômes auteurs, prenant au pied de la lettre les résultats publiés dans les comptes rendus du recrutement, admettent que les hautes tailles baissent en France en môme temps que les petites tailles s’élèvent. Il est certain, en effet, que, d’après les chiffres des comptes rendus, la taille moyenne des contingents aurait diminué de plusieurs millimètres. On ajoute que la taille moyenne de l’effectif a également diminué, que les hommes très-grands deviennent plus rares, et que, par suite, le recrutement des aimes de choix devient de plus en plus difficile. Ces assertions ont été acceptées par M. Legoyt. M. Bertillon, de son côté, annonce, dans un article récent, que les tailles extrêmes tendent à disparaître, que la population tend à s’uniformiser, à conyergei \eis un type moyen, et il dit avec raison qu’il n’y a point lieu de s’en inquiéter. Je pense, comme lui, que ce résultat, quand même il rcrait réel, ne serait nullement inquiétant. Les hommes trèsgrands font un bel effet sous l’uniforme, mais ils ne sont pas plus solides, ils sont, au contraire, moins solides en général, et souvent môme moins forts que les hommes de taille moyenne ; et ni la population ni l’armée ne seraient affaiblies, quand môme les carabiniers seraient moins nombreux qu autrefois.
Mais cette considération ne doit pas nous empêcher d étudier le fait en lui-même, de chercher s’il est probable, s il est possible, et enfin s’il est démontré.
Vous reconnaîtrez, je l’espère, avec moi, que la chose est fort peu vraisemblable. Si les hommes petits ont grandi, c’est parce que les conditions de procréation, d’éducation et de nutrition se sont améliorées, et il serait assez étrange que ces mêmes conditions eussent nui au développement des grandes tailles. Je sais bien que la croissance exagérée est quelquefois pathologique, et dès lors je ne nie pas que l’amélioration de l’état sanitaire puisse diminuer quelque peu le nombre des géants; mais quelques cas tout à fait exceptionnels ne peuvent exercer une influence appréciable sur la taille moyenne d’un contingent de 100 000 hommes. Le fait qu’on nous signale doit donc nous paraître peu vraisemblable, et c’est cette invraisemblance même qui m’a donné la curiosité de chercher si les chiffres annoncés étaient exacts.
D’un autre côté, pourtant, il faut tenir compte d’un élément que la plupart des statisticiens ont négligé jusqu’ici, et que je crois avoir fait intervenir le premier dans les études sur la taille. Cet élément, c’est la constitution ethnologique de notre population. On parle souvent de la race française, et peut-être moimême ai-je quelquefois employé cette expression défectueuse. Le fait est que notre nation n’appartient pas à une seule et même race, mais à deux races essentiellement distinctes, dont les caractères ont survécu à d’innombrables mélanges. Je ne parle pas des intrus qui, depuis les Romains jusqu’aux Normands, ont conquis, colonisé ou occupé tout ou partie de notre sol; et encore moins des étrangers pacifiques que nous entraînons dans notre sphère d’attraction et que la France adopte comme ses enfants. Ces invasions armées, ces immigrations paisibles, ont introduit sans doute dans les caractères physicpies de la population des changements plus ou moins appréciables ; je me suis efforcé, dans mes Recherches sur C ethnoloQic de la France, d’en retrouver les traces, et la Société d’anthropologie a publié en outre un savant travail de M. Gustave Lagneau, où la question est traitée avec plus de détails et plus de précision (1). Mais ce ne sont là que des modifications toutes locales, que des empreintes super-
(l) Gustave Lagneau, Notice-questionnaire .«u' V anthrnpoloqie de la France, clans Bulletins de la So iétê fCunthropologie, 1861, t. II, p. 3i7-417 ; voyez aussi mes liccheic/.es sur l'ethno- Jogie de la France, dans les Mémoires de la même Société, 1859, t. I, p. 1-56.
ficielles, au-dessous desquelles ou retrouve les caractères prédominants des deux races qui, avant l’époque romaine, et depuis l’origine des temps historiques, se partageaient le sol de la Gaule. L’une, adossée à la Germanie, occupait la région du nord-est, et formait, au temps de César, la confédération des Belges ; l’autre, formant la confédération des Celtes, s’étendait dans le reste de la Gaule, à l’exception de la Province déjà romanisée, et de l’Aquitaine, où cette même race était, depuis longtemps sans doute, fusionnée avec la race ibérique. César nous apprend que les Belges et les Celtes n’étaient pas distincts seulement par leurs noms et leurs circonscriptions politiques, mais qu’ils différaient surtout par le langage, les coutumes elles lois. C’était tout ce qu’il pouvait dire à une époque où la notion de la race était encore inconnue. Mais dans notre siècle William Edwards, mettant pour la première fois en contact les faits historiques et les faits anthropologiques, a démontré que les Belges et les Celtes de César, encore distincts aujourd’hui comme au temps de la conquête, constituaient deux races parfaitement caractérisées. Les descendants des anciens Belges sont en général blonds, avec les yeux clairs, et la tête longue ou dolichocéi)hale ; tandis que les descendants des Celtes, comme ceux des Aquitains, ont en général les cheveux bruns ou noirs, les iris plus foncés, et la tête ronde, ou brachycéphale. William Edwards a donné à la race blonde le nom de race kymrique, à l’autre celui de race gallique; l’exactitude de ces noms a été contestée: ce n’est pas ici le lieu de la discuter, ni de dire pourquoi, tout en acceptant, faute de mieux, la dénomination de race kymrique, j’ai cru devoir préférer pour l’autia' race le nom de race celtique. Et peu importe d’ailleurs le choix des étiquettes ; le grand fait découvert par W. Edwards domino toutes les discussions de mots ; et ce fait, c’est que la race du nord-est de la France, la race kymrique, diffère notablement de la race celtique, qui occupe, sauf quelques exceptions locales et restreintes, le reste de notre sol.
Or, l’étude des exemptions iiour défaut de taille dans les 80 départements anciens m’a permis de compléter le parallèle établi par W. Edwards entre les deux grandes races gaidoises, et de démontrer que les descendants des Belges ou Kymris sont grands, tandis que ceux des Celtes et des Aquitains sont nota-
blement plus petits. Sur les cartes pittoresques que j’ai dressées, et où des teintes de plus en plus foncées assombrissent chaque département en proportion de la petitesse de la taille, j’ai vu renaître sous mes yeux la répartition géographique des deux grandes confédérations gauloises que subjuguèrent les armes de César. J’ai vu se dessiner la zone kymrique du nord-est où la taille est très-élevée ; puis une seconde zone, étendue de la Normandie à la Bourgogne, zone intermédiaire où les deux races se sont mélangées et où la taille est déjà moindre que dans la zone kymrique ; et enfin une troisième zone, la zone celtique, constituée par les départements du sud, du centre, de l’ouest et du nordouest, et dont la population est en général beaucoup moins favorisée sous le rapport de la taille. Je ne dois pas entrer ici dans plus de détails. Je me bornerai à dire que si, du département de l’Ain, on tire une ligne oblique remontant vers le nord-ouest jusqu’à la limite qui sépare le département de la Manche de celui d’ille-et- Vilaine, cette ligne établit une démarcation assez exacte entre la population de taille élevée et la population de petite taille.
L’étude de la répartition des hautes tailles en France, faite par M. Boudin d’après les comptes rendus du recrutement, a donné des résultats tout à fait semblables.
Maintenant, Messieurs, vous comprendrez comment il serait possible que, la taille s’améliorant partout, il se produisît cependant une certaine diminution dans la taille moyenne des Français. Il est clair, en effet, que si la population de la zone celtique s’accroissait plus rapidement que celle du reste de la France, le niveau moyen de la taille tendrait à diminuer ; et que cette tendance à la diminution, si elle était poussée assez loin, pourrait neutraliser et au delà la tendance inverse résultant de l’amélioration générale de la taille. Mais cela ne pourrait se présenter que si les progrès numériques de la petite race étaient très-supérieurs à ceux de la grande race, et comme il n’en est pas ainsi, j’ai été conduit à élever des doutes sur l’exactitude descalculsauxquels on se fie pour dire que la taille moyenne de l’armée a diminué.
Voyons d’abord s’il est bien vrai que le recrutement des armes de choix soit devenu plus difficile. Les comptes rendus du ministère de la guerre publient, chaque année, la décomposition du contingent sous le rapport des tailles. Les jeunes soldats y
MÉMOIRES d’anthropologie.
sont répartis, d’après les tailles, en quinze catégories; mais j’ai ramené ces catégories à six et même à cinq, qui correspondent aux tailles exigées pour les diverses armes. Les caculs que j’ai faits pour trois périodes quinquennales m’ont donné les résultats suivants :
Nombre des jeunes gens ayant les tailles suivantes {sur 100,000).
infanterie