‹ Mémoires d'anthropologieChapitre 78 sur 86 · SU1\ LA POPULATION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

SU1\ LA POPULATION FRANÇAISE

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— Je ferai la môme remarque relativement aux varicocèles et aux varices. Beaucoup d’individus qui en sont atteints se livrent à des travaux au moins aussi pénibles que ceux du soldat. Quand les dilatations veineuses sont trop considérables, elles peuvent constituer une infirmité réellement incompatible avec le service militaire; mais si la détermination de ces cas était laissée à la libre appréciation des conseils de révision, le nombre des exemptions pour cause de varicocèle ou de varices pourrait être réduit de plus des trois quarts.

La mauvaise denture exempte chaque année plus de 2,000 individus qui pourraient faire d’excellents soldats. Le soldat, diton, doit avoir de bonnes dents pour déchirer la cartouche et pour manger le biscuit. Mais les cas où il se nourrit de biscuit sont devenus tout h fait exceptionnels, et d’ailleurs il trouve partout de l’eau pour le ramollir. Quant à la cartouche classique, elle va bientôt disparaître, et il n’est pas nécessaire d’avoir de bonnes dents pour charger les nouveaux fusils.

Est-il indispensable de réformer les bègues ? Les chefs qui ont à donner des ordres rapides, ou à faire des proclamations, ont besoin de parler facilement, mais les soldats

M. Tardieu: Et les sentinelles I

M. Broca : Presque tous les bègues peuvent crier : Qui vive! Sans doute, il y a tel degré de bégayement qui peut rendre impropre au service. Mais, je le répète, la plupart des bègues feraient de très-bons soldats.

On range encore parmi les cas d’exemption plusieurs affections ou plusieurs états qui peuvent être plus ou moins disgracieux, mais qui ne nuisent nullement à l’aptitude militaire. On part de ce principe qu’il fautque le soldat soit beau, or cela ne me semble nullement nécessaire. L’armée n’est pas faite pour la parade, mais pour la défense du sol, et un homme atteint de bec-de-lièvre simple manie le fusil aussi bien qu’un autre. On exempte les individus atteints d’alopécie, de calvitie ; mais nous, qui sommes presque tous plus ou moins chauves, nous savons bien que la force ne réside pas dans les cheveux. On refuse les borgnes. Les Romains n’étaient pas aussi fiers; et ils durent un jour leur salut à un illustre borgne, Horatius Codés, qui défendit un pont contre toute une armée. Notez que les borgnes sont d’excellents tireurs.

MÉMoiKES d'anthropologie.

Pour viser, il faut d’abord fermer un œil; les borgnes n’en ont pas besoin, et la moitié de leur besogne est faite. Je demande donc qu’on leur rende le droit de défendre leur pays.

M. Larrey a bien voulu insister sur une question d’une haute importance que je n’avais fait qu’effleurer dans mon premier discours. Il a signalé avec bien plus d’autorité que je n’avais pu le faire le vice radical du système suivi pour la répartition du contingent. Cette répartition est proportionnelle au nombre des jeunes gens delà classe appelée, abstraction faite de l’aptitude militaire des populations de chaque département et de chaque canton. Or, il y a des cantons qui ne peuvent jamais fournir tous les soldats qu’on leur demande. On leur enlève chaque fois tous leurs hommes valides, sans exception, et il reste encore un déficit, qui dans certaines années où le contingent était porté à 140,000 hommes, a pu s’élever pour toute la France jusqu’à 3,000 hommes et plus. Il y a d’autres cantons, en nombre beaucoup i)lus considérable, où le recrutement enlève plus des neuf dixièmes des hommes valides, de sorte que le tirage au sort Délaissé aux conscrits bien constitués qu’une chance presque nulle. Ailleurs, au contraire, il suffit d’examiner le tiers de la liste pour compléter le chiffre exigé. Il en résulte une inégalité véritablement irritante. Il faut absolument trouver le moyen de faire disparaître cette injustice. M. Larrey propose un procédé qui serait parfaitement équitable, mais qui dans la pratique serait bien compliqué. Il demande que le tirage au sort et la tournée des conseils de révision précèdent la répartition du contingent ; que tous les jeunes gens indistinctement soient examinés, et que la répartition soit faite ensuite, pour chaque canton, au prorata du nombre des hommes valides. Je pense qu’il serait préférable d’adopter le plan proposé depuis plusieurs années par le savant et regrettable Boudin. L’aptitude militaire est la résultante de diverses conditions de race et de salubrité qui sans doute ne sont pas permanentes, mais qui du moins ne se modifient, en général, que très-lentement. Aussi l’expérience a-t-elle prouvé que, dans une circonscription déterminée, le nombre relatif des hommes valides ne présente, d’année en année, que des oscillations peu étendues. On peut donc tenir pour suffisamment exact le chiffre moyen qui résulte des opérations des conseils de révi-

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