NOUVEAU PROCÉDÉ DE CÉPIIALOMÉTRIE ET D’ANTHROPOMÉTRIE
(Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, t. 111, l'« sürie, p. 514-544, I86Î.)
§ I. — ^ur les projections de la tête.
Les nombreux travaux de crâniologie qui ont été publiés depuis la fin du dernier siècle, montrent combien il est difficile de déterminer les formes et les proportions absolues ou relatives du crâne et de la face. La mensuration pure et simple des courbes, des cordes et des diamètres ne fournit que, des données tout à fait insuffisantes, parce que l’œil le plus exercé ne peut saisir exactement les rapports de parties qui ne sont pas situées dans le même plan. Les géomètres savent que pour étudier rigoureusement ces rapports, il est indispensable de recourir à des procédés qui permettent d’obtenir sur un plan, par la méthode des projections^ les pjrojections ou les traces des points, des lignes et des surfaces qui ne sont pas compris dans ce plan. Celte branche importante des -mathématiques s’appelle la Géométrie descriptive.
11 y a longtemps déjà qu’on a tenté de faire l’application de cette méthode à l’étude de la tête. Ainsi, le côté inférieur de V angle facial de Camper n’était pas une ligne naturelle; c’était la projection de la ligne auriculo-nasale sur le plan médian vertical de la tête. Mais cet essai n’était que rudimentaire, et les premiers auteurs qui aient réellement compris la valeur des
MÉMOIRES d’anthropologie.
projections céphaliques, sont deux illustres naturalistes français, Cuvier et Etienne Geoffroy-Saint-Hilaire. Leur triangle facial^ destiné à étal)lir une comparaison entre l’aire de la face et celle du crâne, n’était autre chose que la projection de la face sur le plan vertical médian de la tête. Le sommet de ce triangle était le milieu d’une ligne idéale menée d’une oreille à l’autre; c’était le point où cette ligne horizontale traversait le plan vertical. Pour déterminer la situation de ce point. Cuvier et Geoffroy-Saint-Hilaire faisaient sur le papier des constructions géométriques, au moyen de deux triangles isocèles auxiliaires. La courbe du profil de la tête, construite par M. Antelme au moyen du céphalomètre, est encore une figure de projection. Tous les éléments de ce profil sont groupés autour du point auriculaire, qui est la projection du conduit auditif externe sur le {)lan vertical médian de la tête. Tous les rayons qui partent du point auriculaire sont les projections des diverses courbes menées d’une oreille à l’autre suivant des plans différents, ou encore des diverses cordes tirées du conduit auditif aux divers points de la ligne médiane. M. Antelme obtient ainsi non-seulement le triangle facial, qui est la projection de la face, mais encore deux autres triangles crâniens, qui sont les projections du crâne antérieur et du crâne postérieur.
Les instruments connus sous le nom de goniomètres, le képhalographe de M. Harting, le diagraphe géométral, le crâniographe que j’ai fait construire, etc., sont également destinés à mesurer ou à dessiner les diverses parties de la tête comme si elles étaient situées dans un même plan; ces procédés sont autant d’applications de la méthode des projections, qui ramène la géométrie de l’espace à la géométrie du plan.
J’ai lieu de croire que les dessins obtenus au moyen de mon crâniographe donneront aux applications de cette précieuse méthode plus d’extension qu’on n’a pu le faire jusqu’ici.
L’importance des résultats déjà fournis par l’étude des projections sur le plan vertical médian de la tête nous conduit naturellement à espérer que les projections sur le plan horizontal ne seront pas moins instructives. Le procédé de Dlumenbach, désigné par lui sous le nom de norma verticalis^ et celui de M. Richard Owen, sont les premiers essais de ce genre qui aient