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laine. Cette chaussure, nous la trouvons à Nymphi, a Gbiaour-Kalé, puis en Cappadoce, aux pieds de tous les personnages. On la rencontre encore dans plusieurs monuments de la péninsule, dans ce bas-relief d'iconium où M. Texier a vu un guerrier lycaonien (1), et aux pieds de plusieurs des figures féminines qui décorent le monument lycien de Xantbos connu sous le nom de tombeau des Har-pies (2). Cette cbaussure parait donc avoir été en usage d'un bout à l'autre de la péninsule, tandis que, dans les bas-reliefs de Ninive et de Persépolis, les pieds sont presque toujours nus comme dans les statues grecques, ou cbaussés de simples sandales. Le soulier à pointe recourbée ne s'y rencontre que par exception, aux pieds de soldats, de captifs ou de tributaires.

Sans nous arrêter aux figures secondaires qui, dans nos bas-reliefs cappadociens, se pressent autour du personnage dont nous avons décrit la pose et le costume, nous pouvons prendre celui-ci comme le type qui caractérise les bas-reliefs de cette r^ion. Les exemplaires qui en sont connus jusqu'ici ne sont peut-être qu'une faible partie de ceux qui existent dans un pays dont tant de districts restent inexplorés. Dans combien de lieux d'ailleurs les tremblements de terre et la main de l'homme ont dû

(1) Asie-Mineure (Vnivers pittaresqué)^ p. 663 et pi. 5. (% Institut de correspofidance wxhéologique, Monutnents, in-fol., l. IV, pi. 3.

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effacer jusqu'aux deraûers vestiges de semblables monuments ! Nous en connaissons pourtant assez pour reconnaître là un type dont la valeur et le sens furent compns, pendant un certain temps, d'un bout à l'autre de la péninsule, et que dut reproduire bien des fidis la main de ces sculpteurs primitifs.

Les peuples chez qui l'art est encore dans l'enfance, une fois qu'ils ont adopté une manière plus ou moins exacte de représenter la figure humaine et ses accessoires, ne s'en écartent plus tant que leur état social ne se modifie pas profondément ; ils la reproduisent indéfiniment sans s'essayer à la varier, sans que l'on puisse trouver, dans les œuvres successives de cette plastique rudimentaire, ces différences toutes personnelles, ces diversités infinies d'interprétation qui supposent un art trèsmaitre de lui-même, très-sûr des moyens qu'il emploie. Au début de toute plastique et dans la première période de son développement, on arrive vite à une certaine forme conventionnelle, toujours la même comme proportion, comme attitude et comme costume. Le peintre ou le sculpteur se sent encore inhabile à imiter le modèle sous tous ses aspects et dans la succession de ses changements possibles ; il figure donc toujours le corps posé et vêtu de même. Quels que soient les défauts de celte représentation, elle suffit aux esprits naïfs à qui elle s'adresse; bien des peuples ne dépassent

point la période où l'art répète indéfiniment cette sorte de type abstrait, signe plutôt que copie de l'objet figuré. Or — il suffit pour s'en convaincre de rapprocher les diflerentes figures que nous avons indiquées et de les mesurer de l'oeil — des rochers de la Cappadoce à ceux de la Lydie, une même convention avait cours, était acceptée par toutes les imaginations.

A laquelle des races qui se sont disputé ce sol avant que l'hellénisme s'en emparât appartenaient les rudes ouvriers dont nous venons d'étudier les œuvres? C'est une question que nous n'osons point aborder ici; il serait peut-être d'ailleurs prématuré, dans l'état actuel de nos connaissances, de prétendre y répondre autrement que par des conjectures plus ou moins ingénieuses. Les faits que nous avons réunis posent un autre problème, qui appartient au domaine propre de l'archéologie, celui de savoir où il faut chercher les origines et les modèles de cet art que nous regardons comme spécial à l' Asie-Mineure. Ce problème gardera toujours certaines obscurités, par suite du petit nombre des monuments conservés. L'archéologue peut pourtant essayer de le résoudre, et les résultats auxquels il arrive lui inspirent d'autant plus de confiance que les inductions tirées par lui des monuments s'accordent mieux avec le peu qu6 les textes antiques nous apprennent de la plus ancienne hifttoii*6 de la péninsule.

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L'art de TAsie-Mineure estoriginal, nous l'avons dit, par les matériaux qu'il emploie de préférence, par certaines de ses dispositions, par tel ou tel symbole, tel ou tel détail de costume que Ton ne rencontre point ailleurs. Il nous reste à chercher s'il est né de lui-même, ou s'il trahit une influence et s'il imite des exemples étrangers.

Prenons d'abord l'architecture. C'est là que se montre le plus indépendant, à certains égards, le génie des races qui ont imprimé au sol de la péninsule une si durable empreinte de leur persévérant labeur. Nulle part ailleurs le roc qui forme l'écorce terrestre n'a été attaqué en tous sens avec cette hardiesse obstinée; ainsi, sous le couteau de l'ouvrier, une pièce de liège se change en un de ces modèles d'architecture que nous réunissons dans nos musées. Ceci s'explique, selon toute apparence, par la nature montueuse de la péninsule; la facilité avec laquelle se travaillaient la plupart de ces roches provoqua les populations à les entamera l'aide d'outils que forgeaient les mineurs du Pont, les Chalybes, ces métallurgistes légendaires.

Ce que certaines tombes ont de remarquable, c'est la manière dont le cadavre a été enfoui, dans

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celles qui passent pour les plus andennes. On ne pénétrait point dans le caveau funéraire par la baie qui de loin semble s'ouvrir dans la façade ; cette baie n'est qu'une porte simulée, purement décorative. Avant qu'elle eût été défoncée par les chercheurs de trésors, le caveau n'était accessible que par une sorte de cheminée qui venait déboucher au sommet du massif où était pratiqué ce tombeau. Après l'ensevelissement, cet orifice était clos par une dalle que devaient bientôt cacher à tous les yeux l'herbe et les broussailles. Cet arrangement, nous avons pu le constater dans la belle tombe phrygienne de Delikli-tach ; tout indique qu'on retrouverait un puits analogue dans l'intérieur du grand monument ronnu, depuis Leake (1), sous le nom de Tombeau de Midas, monument qui, lui aussi, n'a qu'une porte simulée (2). Dans les tombes où divers signes nous révèlent une origine plus moderne, cette disposition a disparu (3). Si elle n'a point été suggérée à l'architecte par le seul

(1> Journal of a Tour in Asia Minor (in-8, 1824), p. 24h34. Cest en 1800 que Leake a fait cette belle découverte.

(2) Aucun voyageur, à notre connaissance du moins, n'a encore réussi à atteindre le sommet du rocher dont un des côtés a été taillé avec tant de soin et offre la grande façade décorative qu'ont dessinée et représentée MM. Steuart, Léon de Laborde et Texier. Nous l'avons tenté, mais sans succès. 11 nous aurait fallu rester plus longtemps dans ce lieu, nous munir de cordes et peutrétre tailler des marches dans la pierre. (Voir Exploration, p. 105-106.)

(3) Ainsi nous ne rencontrons cette cheminée ni à Kambet (Explo^ ratUm^ p, 136-142, 168, pi. 7), ni dans les tombes royales d'Amasia. Pour cette raison, malgré l'intérêt que ces monuments présentent à d'autres égards, nous les laissons en dehors de cette étude.

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désir de mîeiix mettre le corps à l'abri des insultes, c'est à la Phénicie que l'ont empruntée les plus andens habitants de l'Asie - Mineure ; or, comme l'a montré M. Renan, c'est de la tombe égyptienne que procède la tombe phénicienne <1). Nous aurions donc là une ingénieuse combinaison architecturale qui, de la lointaine Egypte, serait arrivée de proche en proche jusqu'en Phrygie (2). Des maisons solides et chaudes où l'on fût bien abrité contre les vents violents qui balaient les grands plateaux découverts, des forteresses où l'on trouvât une sûre défense, des tombeaux où Ion dormit en paix, tout cela, les flancs entaillés du rocher le fournirent aux habitants de la contrée. Cependant, à mesure que se développa la richesse, on sentit le besoin de s'enhardir, de tenter des

(1) Voir, dans la Mission de Phénicie (p. 70 et suivantes), la description de la nécropole de Marathus. M. Renan remarque (p. 76) qve, dans cette nécropole, on descend dans le caveau tantôt par un puits rectangulaire, tantôt par un escalier taillé dans le roc. En général, dit-il, Tescalier est un signe d*une époque plus moderne. Ce qui est primitif, c'est le puits, emprunté à Tardûtecture funéraire des Egyptiens, airchitecture dont M. Mariette a donné, dans la Revue archéologique (t. XIX, p. 7-32, 81-89), une théorie si claire et si précise.

(3) Signalons encore, comme indices de rapports entre l'art primitif de TAsie-Mineure et celui de la Phénicie, remf4oi de symboles tels que Tursus et le disque ailé. M. Renan les relève sans cesse sur les monuments phéniciens, et noua les retrouvons en Phrygie {Exploration, p. 157, pi. iO) et en Gappadoce {ibid,, p. 334, 935, pi. 38). Dans Tespèce de fronton très-aigu qui surmonte le massif de roc où a été creusée la tombe phrygienne de Delikli-tach (pi. 5), ne poarrait*on voir encore une imitation de ces méghazil ou pyramides qui, dans la nécropole de Marathus, annonçaient de loin aux vivants la demeure des morts (Mission de Phénicie, p. 75-79)?

coastructions pour lesquelles abondaient les matériaux. Partout on avait la pierre, partout une argile facile à pétrir et à outre ; là même où manquait le bois, on n'était pas bien loin de belles forélis qui pouvaient fournir de grosses pièces de charpente. Les chefs voulurent donc avoir leurs palais, et deux de ces édifices, dans la Ptérie, ont laissé des traces qui ne permettent guère de se mé* prendre sur leur destination primitive. Le plus complètement détruit est l'édifice que M. Texier a décrit sous le nom de Temple d'Ànailis (1). Les rampes, les terrasses superposées que couronnait le monument, les dispositions intérieures, les pièces secondaires entourant une grande salle centrale, tout, jusqu'à ce trône orné de deux lions, fait songer aux palais de Ninive et de Persépolis(2), Le rapport est encore plus sensible à Ëuïuk (3). Nous avons là les débris d'un palais construit sur un tertre artificiel, orienté, à peu de chose près, vers les quatre points cardinaux. L'entrée monumentale et ses abords ont été dégagés par nos fouilles; nous y retrouvons, avec deux figures colossales d'animaux fantastiques formant les piedsdroits de la porte, un cortège qui se développe des deux côtés du passage, pour donner aux visiteurs une haute idée de la puissance et de la majesté du

(1) Description de V Asie-Mineure, 1. 1, pi. 80.

(2) Exploration, p. 325-327.

(3) Id.y p. 341-349.

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prince. Euïuk nous offre donc comme une réduction provinciale des énormes palais assyriens voisins deNinive. Seulement Euïuk nous présente une curieuse altération du type consacré par TÂssyrie. Les taureaux et les lions ailés et mitres qui forment le trait caractéristique des portes de Khorsabad et de Nimroud ont été remplacés ici par des sphinx debout, mais par des sphinx qui diffèrent, à certains ^ards, du vrai sphinx ^ptien (3). D'autres sphinx semblables paraissent avoir été groupés dans la plaine, en avant de l'édifice. Un artiste élevé dans les traditions assyriennes s'est approprié un motif égyptien et l'a traité de manière à n'en faire qu'une variante de la forme conventionnelle chère aux architectes ninivites.

Si, à Bc^haz-Keuî, nous n'avons pas retrouvé comme à Euïuk l'entrée monumentale du palais, là, comme il arrive souvent en Assyrie, les basreliefs, par les représentations qu'ils contiennent, permettent de restituer des membres d'architecture que le temps n'a point épargnés. Regardez les deux édicules figurés dans le champ des bas-reliefs qui portent sur notre plan les lettres K et P (2). A cause de leurs petites dimensions, les formes n'y sont représentées qu'en abrégé ; on n'y reconnaît pas moins deux taureaux mitres, vus de face,

(1) Exploration, pi. 65 et 67 ; cf. p. 341-342.

(2) Exploration archéologique, pi. 37, 47 et 50.

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tout à fait semblables à ceux qui flanquent les portes assyriennes.

Les colonnes qui, dans ces mêmes édîcules, forment le support du globe ailé, ont un chapiteau à volutes qui fait songer à celui que l'architecture grecque a rendu célèbre sous le nom de chapiteau ionique. Or si, dans les ruines assyriennes, on n'a pas retrouvé une seule colonne, les édifices figurés dans les bas-^reliefs nous prouvent que l'architecture assyrienne employait, elle aussi, ce mode de support, et décorait de volutes certains chapiteaux. Seulement, autant que l'on peut en juger dans les réductions que nous offrent ces bas-reliefs, les proportions de ces colonnes et de leur chapiteau, dans les édifices assyriens, seraient plus heureuses qu'en Cappadoce (1).

Si tout ce que nous entrevoyons du plan de nos palais cappadociens rappelle les grands édifices royaux des bords du Tigre, il en est de même pour le sujet et le style des sculptures. Le lion terrassant un bélier, que représente notre planche 57, s'il était taillé dans une matière moins dure que le granit et si, par suite, l'exécution en était moins rude, on pourrait le prendre pour un fragment détaché de quelque palais ninivite : c'est une habitude propre aux sculpteurs assyriens que ce mé-

(1) Sur ce proto-ionique de TAssyrie et de la Cappadoce, voir une note lue par nous à la Société des Antiquaires de France, et accompagnée de figures (Bulletin, 1871, p. 39-45).

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lange des procédé» de la ronde boese et de eeux du bas-relief. Le lion de Kalaba ressemble, d'une manière frappante, au lioû colossal de Nimroud, reproduit dans l'ouvrage de M. Layard. Même mouvement, même proGl de la tête et de la gueule ouverte ; notre lion d'Ancyre parait d'un contour plus ferme encore, d'un modelé plus simple et plus monumental (1).

Ici, comme en Assyrie, les formes animales sont, relativement, traitées avec plus de fidélité et de hardiesse que la forme humaine. De beaucoup le meilleur morceau que nous ayons à Euîuk, c'est le lion terrassant le bélier, et surtout le tanreau qui baisse ta tête pour frapper de ses cornes (2). Cette inégalité s'explique. Le commerce transportait dans toute l'Asie antérieure des vases, des cylindres, des étoffes^ des tapis où l'art assyrien avait multiplié ces figures d'animaux ; on comprend donc que nos sculpteurs de la péninsule, tout en éproovant quelque embarras pour montrer l'homme dans des attitudes variées, n'eussent guère, quand il s'agissait de représenter un lion ou un taureau, qu'à copier des types connus.

Nous voudrions pousser plus loin celte comparaison, voir ce que l'on peut retrouver du style as* syrien dans la manière dont est rendu ici le nu et

(1) EœploraHon, p. 326 et 320, pL 99; Layard, Monttments of Kine^ vek, in-fol., 2* série, pi. 2.

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