‹ Mémoires d'archéologie d'épigraphie et d'histoireChapitre 14 sur 33 · PI · texte numérisé non relu

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(2) De Witte, Étude9 sur les vase» jMtfili (pip^« 188% p. 37-a).

étaient relevés de vives couleurs. Or, sur la bdte tombe phrygienne des bords du Rhyndaoos^ nous avons constaté des traces très - apparentes de polychromie. De nombreuses parties du roc sont encore revêtues d'un stuc assez épais, sur lequel on distingue les tons rouge, noir et blanc. Le linteau était orné de plusieurs grands anneaux rou« ges *f le soffite, protégé par sa situation, laisse voir un rinceau d'un dessin assez él^ant qui s'enlève en clair sur un fond sombre (1). Il demeure dé* montré que l'art indigène de l'Âsîe-Mineure a connu l'usage des' enduits colorés, qu'il s'en est servi pour suppléer à l'insuffisance d'une taille précipitée, pour remplacer, par une différence ou une oi^sition de teinte, un relief absent. A Boghaz- Keui, dans la grande salle à ciel découvert que l'on appelle IasiU*-&aïa, toutes les figpoires ont été couvertes d'une sorte de stuc jaunâtre qui, par places, adhère encore à la surface du roc (2). Les Grecs, dans leurs édifices, ont souvent traité ainsi certains membres d'architecture qui n'étaient point relevés de couleurs vives. Leurs artistes ont donc pu, sous ce rapport aussi, trouver des exemples en Lydie et en Phrygie.

Il serait aisé d'entrer dans un détail plus minutieux : ainsi certains personnages de nos basreliefs tiennent ces fleurs que l'art ^ec archaïque

(1) PI. fi, flg. s.

(3) Ea^loraHon, p. 930.

n l'art de l'abie-miueuee.

aime à placer dans la main de ses figares (1) ; ainsi les tombes phrygiennes nous offriraient telle ou telle moulure, la palmette ou le fleuron terminal, dont les ornemanistes grecs devaient faire un fréquent usage. Nous devons nous arrêter : les rapprochements, plus généraux, auxquels nous nous sommes restreints, suffisent à supporter nos conclusions, que nous résumons au terme de ce travail. Il y a un art, propre à TAsie-Mineure, représenté par des monuments situés sur des points de la péninsule très-éloignés l'un de l'autre : ce qui le caractérise, ce sont surtout les matériaux qu'il emploie, le parti qu'il a tiré des accidents

naturels du sol, son goût pour les tombeaux creusés, pour les bas-reliefs sculptés au flanc du rocher ; ce sont enfin un certain type, un certain costume qui se retrouvent dans les plus importants de ces bas-reliefs (2). A cela près, cet art n'a point un style à lui. Les formes qu'il approprie à ses habitudes, à ses besoins, à ses croyances, c'est à l'art assyrien qu'il les emprunte ; mais,

(1) Voir L. Ueuzey, L'Exaltation de la fleur (extrait da Journal des savants, 1868).

(2) Ce goût, cette tradition ont persisté bien après qu'à Técole des architectes et des sculpteurs grecs on avut appris à construire des édifices et à tailler des figures en ronde bosse. Les tombes des rois de Pont, postérieures au siècle d'Alexandre {Exploration, p. 367-971, 381-385, et pi. 70 à 80), sont évidées, avec une patience singulière, dans la masse du rocher ; elles n*y tiennent que par leura bases, mais elles y tiennent encore. Les bas-reliers de l'époque gréco-romaine taillés au flanc des montagnes ne sont pas rares en Asie-Mineure {ExplonUion^ pi. 12).

l'art de L'ASIE-MlNEimC. 73

autant que nous pouvons en juger par ce que le temps a épargne, cet art de l'Âsie-Mineure reste bien loin de ses modèles. S'il a son importance dans l'histoire des progrès de l'esprit humain, c'est donc bien moins par les ouvrages qu'il a produits que par l'influence qu'il a exercée sur les cités grecques de la côte : il a servi d'intermédiaire entre l'Assyrie et la Grèce. Le génie plastique de la race grecque s'éveillait après que son génie poétique avait déjà produit l'épopée, et quand il s'essayait à Télégie et à l'ode ; c'est alors, vers le VIP siècle, que ces peuples établis dans l'intérieur de la péninsule transmirent aux Ioniens et aux Ëoliens ce qu'ils avaient eux-mêmes reçu de l'Orient. Ces traditions et ces procédés, l'art grec allait bientôt en tirer un parti tout inattendu, embellir et développer singulièrement ces formes ; c'était pourtant beaucoup pour lui que de savoir ainsi, dès le début, comment il fallait s'y prendre ; par là de longs tâtonnements lui étaient épargnés. Cette voie de l'Asie-Mineure n'est sans doute pas la seule qu'aient suivie, à travers les terres et les mers, les semences qui sont venues germer sur le sol de la Grèce et y porter des fruits merveilleux, mais c'est la principale ; c'est, pour ainsi dire, la route royale qui met Babylone et Ninive en commimication directe avec Smyrne, M ilet, Éphèse et Athènes.

UtM

(Revue archéoiogique, noavellt série» t. XXI et XXU.)

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