‹ Mémoires d'archéologie d'épigraphie et d'histoireChapitre 15 sur 33 · LA MAISON DE LIVIE (M · texte numérisé non relu

LA MAISON DE LIVIE (M

Les fouilles exécutées par les ordres et aux frais de l'empereur Napoléon III, dans la partie du mont Palatin qui comprenait les jardins Farnèse devenus en 1861 la propriété de Sa Majesté^ ont produit^ on le sait, d'importantes découvertes : celles de lUuguratoriwn^ du temple de Jupiter Vainqueur^ du

(1) M. Léon Renier a bien Toido no«B entoriser à reproduire, dans cette réimprenio», la savante étade d'épigiaphie et d*hi»toire qu*il nous avait jadis fait Fhonnear de mettre en tête de ces essais sur les peintures du Palatin ; nous lai en renouvelons iei neiiTemerdments. Des objections ont été faites au terme qull en^kloie'de MoMon de Lwie; il les a examinées, ne les trouve pas concluantes^ et persiste dans son opinion.

temple da JupU^ SUUor^ <|ii6 depuis la renaissance on avait placé par conjecture dans vûqgt endroits tous plus ou mcHus éloignés du lien où il se trouve réellement ; de la forkt MugêÊik^ principale entrée de la Borna Quadrula ; du Ctiûu$ Vic^ toriœ^ de la summa tria Sacra^ etc.^ etc. 8L Pietro Rosa, le sayant antiquaire à qui Sa Majesté a confié la direction de ces fouilles, a réuni sur ces découvertes les matériaux d'un travail d*aisemble qu'il se propose de publier et que nous ne voulons pas déflorer ; nous ne nous occuperons ici que de la plus récente, celle de la maison où la veuve d'Auguste passa probablement les neuf années qu'elle survécut au premier des empereurs romains.

M. Rosa] dirigea d'abord ses recherches vers la partie des jardins Famèse qui avoisine la villa Mills ^ où fut retrouvée, à la fin du siècle dernier, la maison d'Auguste. Ces recherches <mt ea pour résultat la découverte de la partie publique du palais des empereurs, construite sous Domitien« Une quarantaine de mètres du mur septentrional de cette pai>tie du palais est figurée sur notre planche (1); elle y est désignée par les mots a£des pubugâe.

A l'est et au nord des aades publicaê s'étend une vaste place qui était recouverte, dans toute son étendue, d'une masse de terre et de décombres de cinq à six mètres d'épaisseur ; c'est I'area Paj^atika,

<1) Voyei la planche IV.

78 LES niOTinuss ra palatdi.

Enfin, au nord de Xarea P€Ualma^ sur le sommet du Palatin qui domine te Vëlabre, s'élevait un immense édifice de forme quadrangulaire, qui servait d*habitation aux empereurs, et que les historiens désignent par les noms de PaJaUum et de DOMUS Tiberiana; notre planche n'en représente qu'une très-petite partie. Cet édifice était, à Test et au sud, entouré d'un immense portique à demisouterrain, CRTPTOPOBTiGus, dout uuc partie se voit Clément sur notre planche.

En achevant le déblai de Varea Palalinay M. Rosa a découvert, au sud de ce cryploportùms et y attenant, une maison d'étendue médiocre, mais dont les murs subsistent encore jusqu'à la hauteur du premier étage. Ainsi qu'on peut le voir par notre planche, cette maison a son entrée principale dans le cryptoporticus de la dxnnus Tiberiana. Mais elle existait avant la construction de ce cryptoporticus ; c'est ce que prouvent la nature des matériaux employés dans sa construction, et cette circonstance qu'elle est située à un niveau plus bas et qu'il faut descendre trois marches pour pénétrer dans le vestibule (1) qui conduit à son ATRIUM. Ses murs, avons-nous dit, subsistent encore jusqu'à la hauteur du premier étage ; ils ont même conservé la plus grande partie de leur revêtement en stuc, et Ton y admire, dans la salle

(1) L0ttr«s G, G da plan.

us MmUEW DO FAIATIH. 17

principale, tàblinuh, dans les deux salles situées à droite et à gauche, ala dextra et aijl shostra, et dans la salle à manger, TRiCLimuM, de magnifiques peintures, les plus anciennes certainement et les plus considérables que Ton ait jusqu'ici dé* couvertes à Rome. Des copies de grandeur d'exécution de celles de ces peintures qui décorent le iabHnum ont été exposées demièrem^it au palais de rinstitut, puis à TËcole des Beaux-Arts, où elles sont maintenant déposées (1). Nous en avons £adt faire des lithographies que la Betme publiera dans ses prochains numéros. Les murs de Vatrium et ceux du vestibule par lequel on y arrive sont ornés de peintures décoratives; ceux des autres chambres ne présentent que des teintes plates.

A qui avait appartenu cette maison, et quel nom faut-il lui donner?

Suétone nous apprend que la maison paternelle de Tibère était située sur le Palatin (2). En rapprochant ce fait du nom de domus Tiberiana donné par le^ historiens à une partie du palais des empereurs, et de cette circonstance que la maison récemment découverte, quoique séparée du palais proprement dit et d une époque plus ancienne, en formait cependant une dépendance, puisque son

(i) Ces copies, dues à un artiste de talent, M. Layraud, pensionnaire de r Académie de France à Rome, ont été données par TEmpereur à l'École des Beaux-Arts.

(3) t Tiberius natus est Rom» in Palatio. » (I^., c. y.)

80 il» nnmiEEs m ^aiatim.

Buls de Tan 94 de notre ère, premier propriétaire de ce palais et qui lai avait donné son nom. C'est ainsi encore qu'on a découvert, en 1838, dans la célèbre villa des Quintilii^ sur la voie Appienne, de nombreux tuyaux de plomb sur lesquels on lit (1) :

IIQVINTILIORVM CONDIANIETMAXIMI

c'est-à-dire des deux QuintiHus^ Condianus et M€Lximu$. On sait que ces deux frères, Sex. Quiti" tilius Condianus et Sex. Quinlilius Maximus, furent consuls ensemble en 161 de notre ère, et que Commode les fit tuer pour s'emparer de cette même villa, qui passait pour une des plus belles des environs de Rome (2).

On dira peut-être que Livie avait pu devenir propriétaire de la maison dont il s'agit, comme héritière de son premier mari. Mais cela est inadmissible : Livie, épouse répudiée de Ti. Claudius Néro^ n'avait pas pu en hériter ; elle n'avait pas pu surtout hérita* de la maison paternelle de la fa* mille, alors qu'il restait deux membres de cette famille, Tibère et Drusus, fils de son dernier chef. On ne peut pas supposer non plus que Tibère, devenu empereur, la lui avait donnée. On sait quels furent ses rapports avec sa mère après la

(1) Voy. Gaaina, dans les Annctle$ de i^ln$Ht%U de earreipond0nce arch, de R<me, t. XXXIV, p. 875.

(S) Dion Gass.» lib. LXXU, e. ▼.

mort d'Auguste (l), et la nature de ces rapports rend tout à fait inadmissible une semblable supposition.

Il est beaucoup plus probable que Livie avait eu cette maison dans sa part de la succession d'Auguste, dont nous avons vu qu'elle fut héritière pour un tiers, et qui, nous le savons par le témoignage de Velleius Paterculus (2), avait acheté un grand nombre de maisons sur le Palatin. Il faudrait alors admettre que la maison paternelle de Tibère était située sur remplacement de la partie du palais qu'il fit construire, et qu'elle fut démolie pour cette construction, ce qui, je n'ai pas besoin de le faire remarquer, explique bien mieux le nom de domus Tibjriana donné dans la suite à celte partie du palais des empereurs.

Ou sait que Livie avait voulu être la première prêtresse de son époux mis au rang des dieux (3). C'est ce qui explique l'existence du couloir souterrain qui se dirigeait de sa maison vers celle d'Auguste; elle l'avait probablement fait construire afin de pouvoir aller, sans passer par la voie publique, remplir les fonctions de son ministère.

(1) < Matrem Liviam gravatus velut partes aibi aequas potentiœ vindU « cantein, et congressuin ejus assidue vitavit et longiores secret ioresque • sermones... Toto quidein triennio, quo vivente matre aPuir, semel ■ omnino eam neo amplius quam uno die paucissimis vidit horîs. i (Sueton., Tibei\, c. l.) Voy. aussi Tacit., Annal., lib. I, c. xiv.

("2) Lib. il, c. Lxxxi.

(3) Dioii Cass., lib. LVI, c. XLVi ; Vell. Paterc., lib. H, c. lxxv ; Ovid., De Ponto, lib. IV, eleg. ix, y. 107.

82 LES MUITIIRES W PÀlATill.

Ce couloir est aujourd'hui interrompu à la ren* contre des aedes publicae^ construites, comme nous l'avons dit, sous le règne de Domitien. Mais un peu avant d'arriver à ces aedes^ on remarque dans ce couloir (1) un embranchement qui se dirige vers la droite, et qui a été probablement construit pour les contourner. On y a trouvé un autre tuyau de plomb, soudé avec le premier à la naissance de l'embranchement et portant cette inscription :

IMPDOMITIANICAESARAVG • SVBCVRA EVTYCHIL PROC FECHYMNVSCAESARNSER

Ifnp[eralùrt$] Domttiani Caesar^is] Augusti. — Sub cura

Eulichi l[ib€rlt\ pro4^uratoris] fei{il] Hynrnm

(7aesar[îs] n\p$iri\ 5«r[rus].

A la mort de Livie, sa maison devint, avec tout son héritage, la propriété de Tibère son fils. Elle fit dès lors partie du domaine impérial, avec lequel elle passa aux empereurs suivants. Il Q'y a donc pas lieu de s'étonner qu'elle ait appartenu à Domitien. * Seulement cette inscription prouve qu'elle existait et était encore soigneusement entretenue lorsque ce prince fit construire les aedes publicae^ puisque l'on prit alors des mesures pour que sa conduite d'eaux ne fût pas interrompue. Elle existait même longtemps encore après cette

(1) Lettres fi, B da plan.

UES P£UITIJRES DU PAtATOI. 85

époque; car, dans une lettre du 10 avril 1870, M . Rosa m'apprend que , sur un nouveau tuyau de plomb qu'il vient de découvrir sous le dallage du perislylium^ tuyau qui est soudé avec celui de lulia Augusla^ et qui semble avoir sa prise d'eau dans la piscine que Ton remarque dans un coin de la domus Tiberiana^ on lit l'inscription suivante :

LPESCENNIVSEROS CAESARVM-

Cette inscription doit se lire ainsi : Lucius Pescennius Eros [fecil]. — Caesarum (c'est-à-dire proprié té des Césars].

Les noms de l'ouvrier qui a fabriqué ce tuyau semblent indiquer un affranchi de la famille de Pescennius Niger ^ le compétiteur de Septime Sévère (1). Le mot Caesarum désignerait alors ce dernier prince et son (ils Caracalla, ou bien celuici et son frère Geta. La maison de Livie aurait donc été conservée et entretenue jusque dans les premières années du troisième siècle de notre ère.

On remarque à la partie inférieure de notre planche, au point où finit le cryploporlicus (2),

(1) Je ne dis pas de Pescennius Niger lui-même, parce qu'il s'appelait Gains et non pas Lucius (voy. Eckhel, 2). N. V., t. VII, p. 153 et suiv.). On sait du reste qu'après sa mort sa famille fut entièrement détruite, et que ses biens furent réunis au domaine impérial : f Filii occisi, necata uxor, patrimonium publicatum, familia oinnis extincta. » (Spart., Pesc,

c. VI.)

(2) Lettres D, D du plan.

une des grandes portes de la domus Tiheriana. H. Rosa m'apprend, dans cette même lettre que j'ai citée tout a Theure, qu'il vient de découvrir en face de cette porte une rue se dirigeant vers Textrémîté septentrionale du Circus maximus^ et aboutissant a un clivas formé alternativement de pentes douces et d'escaliers, dont les marches de pepéririy c'est-à-dire de la pierre employée dans les plus anciennes constructions de Rome, portent les traces évidentes d'un très-long usage. Ce clivas ne semble pas être autre chose qu'une localité dont le souvenir se lie, chez les auteurs, aux plus anciennes traditions de la Ville éternelle ; je veux dire l'escalier de Cacus, scalae Cad, que Solin (1) place en effet en cet endroit, et au sommet duquel se trouvait la maison de Romulus.

LÉON Renier.

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