‹ Mémoires d'archéologie d'épigraphie et d'histoireChapitre 19 sur 33 · DEUX SCENES DE MAGIE · texte numérisé non relu

DEUX SCENES DE MAGIE

Nous avons décrit.^ dans les numéros précédents^ les grands tableaux qui orpent les deux paroi$ bien conservées du tablinum de 1^ maison de Livie. Nous nous occuperons aujourd'hui de deux petits tableaux qui décorent la partie supérieure des murs. L'un d'eux^ le premier qui nous occupera, se voit sur la paroi du fond, à droite du Polyphéme pour-suivant Galatée; l'autre, dans l'espace compris entre la vuç d'une rue dfi Rome et V^rgus veillant sur la nymphe fo. Gçs deux sujets^ places au-des$us de grands pspinçau.}; peints d'un ton uni, sont entourés d'yn riche encadrement figuré, sur la paroi; le bas de ce, cadre rqprésçnte ime corniche trèsornéoj^ qui semble avpiç UAÇ for^e saillie et rapprocher ainsi du spectateur ces deux peinturçs^. Aux deux côtés^ de ces petites 9chvfi», aont. simulés des battants de porte ; on est donc cen^é apercevoir les personnag;es ^u fond (jkuif, appartemei^ qui se trouverait ainsi ouvert à qos regards... On reconnaît là cette intention que nous avons déjà signalée de motiver la peinture, de présenter le tableau comme compris dans une baie qui perce la p^rp^ çt

donne un jour sur le dehors. C'est toujours la même pensée qui, dans les villes italiennes, dirige encore les auteurs de ces fresques décoratives dont on couvre les murailles des cours et des salles.

Chacun de ces tableaux, qui . sont évidemment tous deux de la même main et qui se font pendant, contient trois personnages. Dans celui qui occupe le haut de notre planche VIIl, se tient debout, a gauche, une jeune femme couronnée de laurier, le col, les bras et les pieds nus, vêtue d'une tunique blanche sur laquelle est jeté un manteau jaune à doublure violette ; elle achève de vider une cruche de terre, qui a la forme d'une amphore, dans un bassin rond qui est ou de métal, ou de terre blanche vernissée. Ce bassin est posé sur un objet de couleur rougeâtre et de forme carrée, qui parait être un autel. Derrière le bassin, au milieu du champ, debout, lui aussi, un adolescent, la tête couronnée de lierre, vêtu d'une tunique violette, porte sur ses épaules un agneau. A droite enfin, une femme plus âgée, assise sur un escabeau, a la tête entourée d'une sorte de turban blanc ou de mitre ; elle est enveloppée, jusqu'au menton, d'un ample manteau qui ne laisse point apercevoir le vêtement de dessous et qui cache le bras gauche ; la main droite, dégagée des plis du manteau, lient, tout près du visage, un flabellum ou éventail en forme de feuille de lotus.

lflN'nil'KSIIKiJ\ MAKiON IIK llVlli scknh:;; Di: divination

LES PElNTtRfiS DU PkUtin. iSB

L'autre tableau présente une ordonnance analogue. Au fond^du tableau pend une lourde infula qui semble tomber du plafond. Le centre du groupe est formé par une femme assise sur un siège sans dossier, recouvert d'une étoffe rouge. Cette femme a la tête nue et ceinte d'une couronne de feuillage ; elle est vêtue d'une tunique à demi-transparente, qui laisse à découvert le col et les épaules, ainsi que Tavant-bras. Autour de la partie inférieure du corps est roulé un manteau jaune à doublure foncée. Elle tient sur ses genoux un vase qui a tout à fait la forme d'un de nos verres à pied et qui parait fait de la même matière ; elle est tournée vers une autre femme dont la sépare un trépied de bronze sur lequel brûle la flamme. Cette autre femme est debout et tient à la main une bandelette qu'elle tend au personnage assis ; elle est vêtue d'une tunique rouge par dessus laquelle est jeté un manteau jaune ; ses cheveux sont cachés sous une sorte de mitella ou écharpe rouge roulée autour de la tête, comme on fait maintenant d'un foulard ou d'un madras. A gauche du spectateur, derrière la femme assise, s'en tient une autre qui est debout et qui appuie ses mains sur les épaules de sa compagne. Elle a la tête nue et est couronnée de laurier. Sa tunique, d'un violet foncé, est rxfcouverte, dans la partie sapérieure, d'un manteau d'un jaune sombre.

Ces deux tableaux, on le reconnaît à première

i% LES i«iNttMS bt PkLkm.

Vné, ODt un air de futaille irès-ttiarqué ; ils sont pix)bàblei1[ient de la même main. Dans l'un et dans l'autre, toutes les femmes sont blondes. L'arrangement des draperies est le même dans les deux pendants ; il est heureux et d'un effet agréable ; mais l'ensemble est d'une exëctition bien moins fine et moins ferme qtle l'Io et que la Galatee. Cela a été exécuté atec moins de soin; les couleurs sont moin^ fondîtes ; on seilt que l'artiste a traité ces peintures comme accessoires.

Ces tableaux appartiennent à la catégorie de ceux que M. Helbig réunit sous lé titre de Hellenisliches Genre, ou « tableaux de genre traités dans le style grec » (i). Voici comment il définit cette catégorie : « Les peintures décrites dans ce chapitre comprennent des scènes de la vie quotidienne, qui sont traitées avec un effort plus ou moins marqué pour atteindre le style et l'idéal. Elles Copient la vie quotidienne sans tous les défauts qui en sont inséparables dans la réalité, et elles cherchent à la transporter dans la région de l'idéal, par l'agrément de la disposition et du groupement des personnages, ainsi que par h belle exécution des figures qUi y sont réunies, rf Les cérémoniels religieuses et les scènes de divination ou de magie, par larvariété et la beauté des attitudes et des costumes qu'elles offraient aux regards, par

(1) Wandgemaeîde der voni Veauv verauchelteten Staedte CampO' niens, p. 33S»-349.

le caractère de dignité tout à la fois aimaibte et sérieuse qu'dies ÎDQprimîiîeiit aux mouvemeDts ou aux gestes de tous ceux qui y jouaient un rôle^ fournissaient aux artistes un riche répertoire où «mt largement puisé les peiûtres auxquels nous de-» vons ks décorations de Stables, d'Herculanum et de Pompéi. On peut voir^ dans un autre chapitre de M. Hetbig (1)^ coAibien sont nombreux les mo^ ti& que l'art de ces habiles et féconds décorateurs a tirés du culte et de ses pratiques ; encore ne men-' tionne-t-il Kjue les types principaux^ ceux qui mé^ ritetit le mieux d'attirer Fàttention*

La couronne qui, da&s nos deux tableaux, ceint le Iront des personnages^ dans le premier la présence de Tadolescent qui porte un agneau, et dans le second cette infula qui se détache sur la draperie du fond, nous avertissent tout d'abord que nous assistons aux apprêts d'une cérémonie religieuse. Peut-être peut-on ne pas s'en tenir là, et déterminer le caractère spécial de cette cérémonie. J'incttneraïs à croire que nous avons sous les yeux deux scènes de magie ou, pour parler plus exactement, de divination. Cette forme de la divination serait celle que l'on désignait sous le

(1) Cest dans le chapitre xvix, intitulé : Omcmieni/iguren nichtmy'^ ihologisches Charakters (p. 422 et suivantes). Les premiers para- ^aphes contiennent, à titre d'échantillon des principaux motifs, la deseription d'un certain nombre de figures choisies entre des centaines d'autres et réunies sous cette rubrique : Oimafnentflguren aus dem Gebiete des Kullus (figures décoratives du domaine du culte).

128 LES PBIRTtlRES DU PKLktm.

nom général d'ûS/wf^eyrik ou de divination par Teau, et dont les différentes variétés sont décrites ainsi par Potter, dans un livre très-ancien, mais que Ton a pourtant tort de ne pas consulter plus souvent, tant il contient de renseignements utiles et témoigne d'une vaste lecture de tous les documents antiques (1). Ce qui y manque, c'est une connaissance des monuments figurés qu'il n'était alors donné à personne de posséder; mais tous les textes ont été soigneusement dépouillés et le plus souvent bien compris.

« L'ûd/>ofMeyrck OU la « divluation par l'eau » était quelquefois appelée fn^o/xavrck, quand on la pratiquait dans l'eau d'une source. On y observait les reflets, les changements, les flux et reflux, les gonflements, les diminutions, les couleurs, les images, etc., qui pouvaient se produire dans l'eau. Quelquefois on trempait dans l'eau un miroir, quand on désirait savoir ce qu'il adviendrait d'un malade ; suivant que dans le miroir il avait bonne ou mauvaise mine, on augurait bien ou mal de l'issue de la maladie. Quelquefois on remplissait d'eau une coupe, et on y plongeait un anneau pendu à un fil dont l'autre extrémité était attachée à l'un des doigts de celui qui voulait connaître l'avenir; puis on adressait une prière aux dieux

(i> Archœologia grœca or the antiquities of Greeee, by John Potter. London, in-lè, 2 vol. Sixth édition, 1740. Nous traduisons la page 350 du tome I.

LES PEINTUUES DU VkhkTVi. 129

pour leur demander de lever tous les doutes, de déclarer leur volonté ; alors, si l'espérance conçue devait se réaliser, de lui-même Tanneau frappait un nombre déterminé de coups contre lés parois du vase. Quelquefois on jetait dans Teau trois pierres, et on observait la manière dont elles tournaient sur-elles-mémes en s'enfonçant. Au lieu d'eau, on faisait quelquefois usage d'huile et de vin, et alors on appelait cette liqueur là xMm : au lieu de pierres, on employait souvent des lingots d'or ou d'argent. Cette espèce de divination se pratiquait aussi dans un bassin de métal, et elle recevait alors le nom de XfxovofUKyrsta. Parfois alors on s'y prenait ainsi : on écrivait sur les pierres ou sur les lingots différents caractères, puis, après avoir invoqué la divinité sous une forme déterminée, on posait la question au sujet de laquelle on voulait une réponse 5 cette réponse était donnée par une voix à peine perceptible, semblable à un léger sifflement, qui sortait de l'eau. Le scoliaste de Lycophron est d'avis que ce mode de divination remontait à la guerre de Troie, et qu'il avait déjà été pratiqué par Ulysse ; ce fut là, prétend-il, ce qui donna lied à toutes les fictions poétiques de sa descente aux enfers, entreprise afin de consulter l'ombre de Tirésias. La divination par l'eau se pratiquait aussi avec un miroir, et elle s'appelait alors xaroTTr/^opcyreia.... » A propos de la X«e«vopcvTi«c, ce que j'ai trouvé de plus complet, ce qui donne plus de renseignements

180 LU PMBmmÊê bu PAiAxai*

que len btè^ék allasiom des lexioograj^es et des sodliastes résumëâ dans là page de PotMr q«6 j« tiens dé dler^ c'est un {nesage de Psettos, écrÎTaîâ byzantin dont le traité sur i^cpératwA des dimon$ {i^i iHftftUti la^uh%n) a été réimprimé par Boisso^ iiade. Je ie traduis aubsi exactement que le permet l'obsoHrité de cette langue prétentieuse^ etnbar* rassée et lourde (1).

« Comme la divination par l'air {èâf^mnnu^ et b diyiiialk>n par les feuilles (fw^Xt^tmiR)) la divinatîoh par le bassin {inianpMnix) a été imaginée par les Assyriens^ dont l'habileté défiait toute comparaison» EUe se pratiquait au moyeu àim bassin que l'on avait sous les yeux ; il était rempli d'une eau pro^ pllétique<. » «v.... Suivent qudques mots dont i m*est impossible de tirer un sens (SI) } puis Fauteur cèntinue ainsi : « L'eau que l'on verse dans le vase Bte diffère point^ par essence, des autres eaux ana» lègues ; mais les céréuioûies^t les incantations que l'on JKXxmipltt att^èssus du vade tiui b renferme la rendent susceptible de recevoir le souffle prophétique. Cette force divine sort du sein de la terre et n'a qu'une action parlîeUe ; lorsqu'elle pénètre dans

<1) Michael Psellus, De operatione cUemonum, cum notis Gaulmini, ■ curaûte ^o. FV. tel^isoAaAd. Accédant oposcula înedita Pselâ. NorimbergsB, 1888» in-S» p. 4gL

(2) Voici la phrase grecque: our» ih xai XnamfuantU roîç 7c%ptTnlç

rhv (fwfioct A.(râvpioiç xorwxovôprrae vtto 'kixôcmç xmwMftiwi^ xai jxocvrcxov

nmhifMiidvifiç Htctoç, rh npoq rA 'jêb(>a ^âv %MfMv«»y èmpptTtU ta oextif

us Mwf ûiiËS tn Pkuttm. ISl

Tean^ elle produit d'abord, au ffioment où elle s'y introduit) un bruit auquel les assistants ne peuvent trouver de sens ; puis, répaiidue dans le liquide, die y fait entendre certains sons confus d'o& Ton tire des indices pour la connaissance de Tavenir. Ce souffle, appartenant au nnmde matériel, garde toujours un caractère incertain et obscur, et c'est à dessein que les devins exploitent ces sons légers et conftis, afin que, grJk^ au irague même de ces bruits, ils puissent éviter d'être jamais convaincus de mensonge. »

L'hydromancie ^mi XtNaM^Mifvfoc joue aussi un grand rôle dans les sortilèges que prête & Nectanébo, TKûA d'Egypte, le <wrieu9i roman de l'Histoire mert)eiReuse d'Alexandre, que la décadence grecque a tant lu et copié en le mettant sous le nom de Gailîsthëne. Yoici oeque contient le premier chapitre de ee singulier ouvrage : « Les éléments obéisssuent si bien à Nectanébo, roi d'Egypte, que, s'il était menacé d'une guerre, il n'avait pas besoin de lever uue armée ou de réunir des macbines de guerre. Il secontefiftak-dese retirer dans la partie la plus reculée de son palais, et de s'y renfermer tout seul, avec un bassin de mêlai qu'il y apportait. Il le remplissak de la plus pure eau de source ; puis il modelait de 4a oîre, il ki faisait prendre la forme d'un petit navire sur le pont duquel il plaçait de petites figures représentant des hommes, et U mettait le tout flatter âur J^ikpîd^j navire et

personaages, tout semblait vivre. Il prenait alorâ sa baguette de bois d'ébène, et il faisait entendre des incantations auxquelles répondaient les dieux du ciel et de l'enfer. H en venait ainsi à faire couler le petit navire. Au moment où la cire s'enfonçait dans l'eau avec les personnages qu'elle portait, la flotte ennemie, qui voguait vers les rivages de l'Egypte, sombrait et était ensevelie sous les flots. » Dans les deux scènes que notre planche VIII met sous les yeux du lecteur, je crois reconnaître des scènes d'hydromancie. La première nous représenterait proprement la Xcxsevopuxyreta, ou divination par le bassin. Sous la direction d'une matrone ou d'une magicienne qui, tranquillement assise, préside aux apprêts de la cérémonie, une jeune femme, celle qui veut consulter les dieux, verse l'eau dans le bassin où le souffle prophétique va l'agiter et y retentir. Cette jeune femme, comme la Simétba de Théocrite, a le front ceint de lauriers (1) ; peut-être, comme l'héroïne de cette belle idylle, ce qui l'anime c'est le désir de savoir à quoi s'en tenir sur la fidélité d'un amant qui la néglige, et, s'il en est encore temps, de le ramener à elle soumis et repentant. Gomme la Didon de Virgile quand elle simule les apprêts d'une cérémonie magique, cette figure a déchaussé et nu le pied que

(1) IdyUes, n, 1 :

LES PEINTURES DU PALATm. 435

Ton voit passer sous l'extrémité inférieure de la tunique (1). Ovide nous représente de même sa Médée, quand elle se prépare à ses incantations nocturnes (2). Ce que nous ne trouvons pas ici, c'est la vestis recincla^ ou vêtement lâche et flottant dont parlent ces poètes ; peut-être le peintre s'est-il écarté ici de la rradition pour avoir de plus beaux plis, de plus heureux mouvements de draperies . La tunique est serrée à la taiUe par une ceinture, et le manteau retenu un peu plus bas, en un bourrelet épais qui s'appuie à la hanche. Seule, la femme assise est enveloppée d'un large kimation qui flotte autour du corps et qui en laisse à peine deviner les formes.

Quant à l'adolescent qui porte un agneau, son front couronné de lierre indique le rôle qu'il joue : il apporte la victime pour le sacrifice qui doit être oflert avant que la magicienne n'interroge l'eau dont se remplit en ce moment le vase placé sur l'autel. Ainsi Médée, dans la cérémonie magique qui lui sert à rajeunir Eson, immole, avant de commencer ses incantations, un bélier noir (3).

(i)Éwéide,IV,518:

Unum exuta pedem vinclis, in veste recinctau

(2) Métamorphoses, VII, 181-183 :

Egreditur tectis vestes induta recinctas, Nuda pedem...

^ Ovide, Métamorpfioses, VII, 214 :

Sacra fàcit, cultrosque in guttora velleris atri Goiijicit..

iM U9 rainTimBS dd faiathi.

La seconde scène présente un caractère ana* logne; ce serait une autre yariëté de l'hydro*mancie, celle peu^étr6 où Ton employait un anneau Suspendu au bout d'un roban« La femme assise et coAronnëe^ qui forme le centre du groupe, tient sur ses genoux le verre, sans doute rempli d'eau, qui va servir à interroger les dieux* Devant elle une servante 1 ui tend le ruban auquel va être attaché Tanneau. Derrière elle, oouronnëe de laurier, une autre jeune femme s'apprête à aider sa compagne dans Tobservation des phénomènes qui se produiront, à noter les tintements de l'anneau contre la paroi sonore. Quant au feu qui brûle tout auprès sur un trépied, on y a jeté, on y jettera encore, tant que se poursuivra l'épreuve, ces grains de froment ou d'orge mêlés de sel que l'on faisait, an début de tout sacrifice ou de toute cérémonie magique, pétiller dans la flamme en les y versant à poignée (1)*

Dans ce dernier tableau, H. Dilthey (2) a voulu reconnaître une scène empruntée à l'Hippolyte d'Euripide« Il voit dans la femme assise Phèdre, tenant sur ses genoux la coupe où sa nourrice

(1) Virg., Éniiâé, ÏV, SW :

Ipsa mola manibusqae f^ àltft^ Jttxiâ)..

Théocrite, IdylleB, II.

à^^tréL TOC TT^oÔToy mtpi rixmu • êùX Mmeo'aVy

(2) Rheinisches Muséum, t XÏV de U noayelle vém^ p. 157.

us puhhms du miatir, VU

veut lui préparer uo philtre qui la guérira de son amour insensé (1). Il y a biea des objections k faire valoir contre cette interprétation. H. Dilthey, comme il le reconnaît lui-même, n'a pas sous les yeusi, au moment où il écrit son article, la peinture qui lui suggère cette conjecture ; peut-être lui eùtAl suffi de la revoir pour renoncer à son hypothèse. Dans la copie trës-fidële que j'ai à ma disposition, je ne vois point, en effet, que les traits et Taltitude de la figure assise expriment cette vive douleur, cette agitation que Ton doit s^attendre à trouver ches Phèdre au moment où elle se rattadie, comme à une dernière branche de salut, à Tespoir que quelques mots de sa nourrice ont fait naître en elle de se délivrer de sa folle passion autrement qu'en ayant la honte de l'avouer à celui qui en est Tinvolontaire objet. D'ailleurs il n'est plus ensuite question dtfis la tragédie de ces philtres dont la nourrice disait savoir le secret, et on ne voit nulle part que celleH)i essaie de les faire prendre à Phèdre ; c'était une parole en l'air qu'elle avait jetée au passage pour distraire sa malheureuse maltresse et lui rendre le désir de vivre. Il n'y a point, dans la pièce grecque, de moment, de scène à laquelle corresponde le groupe ici figuré.

La femme qui se tient devant Phèdre et qui lui parie, dans l'hypothèse de M. Dilthey, ce serait

(1) Euripide, Sippf^tê, BQS4iO, WMl.

iS6 LES PEINTURES DU PALATIN.

la nourrice ; mais rien n'indique, dans le tableau, que cette femme soit plus âgée que la personne assise. Que faire aussi, dans le cas où Ton adopterait cette interprétation, de la troisième figure, de cette jeune femme couronnée qui s'appuie sur Tépaule de la femme assise ? Comment* expliquer la présence de ce trépied sur lequel brûle la flamme ? Il n'y a pas un mot de cela dans la tragédie. Enfln, si vous expliquez ainsi, par la mise en action d'une scène empruntée à Euripide, le tableau qui nous occupe, il faut trouver une explication analogue pour celui qui y correspond; or, je ne vois point que M. Diltbey en ait suggéré aucune, et il ne s'en présente point à mon esprit.

Il est donc beaucoup plus simple de ne point faire violence aux monuments, de ne point chercher ici, dans des figures dont le caractère est aussi peu marqué, des souvenirs de la tragédie grecque. Il est vrai que les peintres de Pompéi et des autres villes campaniennes ont quelquefois emprunté des sujets à ces drames dont les épisodes principaux étaient dans toutes les mémoires (1); mais ils ne l'ont fait que très-rarement, et encore subsiste-t-il bien des doutes sur le véritable caractère de plusieurs de ces tableaux où l'on a voulu reconnaître des emprunts faits à telle ou telle tragédie, à telle ou telle comédie grecque. Il est bien plus simple

(1) Helbiff, Wandgemaeldêy etc., n»* 1164-1476.

et plus naturel de ne pas aller chercher si loin une explication qui se présente d'elle-même. Il n'y a point à donner ici un nom à des personnages qui gardent un caractère tout à fait indéterminé. On pourrait se borner à reconnaître ici deux de ces groupes que les cérémonies du culte offraient sans cesse aux regards de l'artiste et qu'il lui suffisait de transporter sur le mur pour avoir un motif de décoration agréable et heureux ; nous aurions là, représentés sous un double aspect et ii un moment différent, les apprêts d'un sacrifice. Si on croit pouvoir déterminer un peu plus le sens et le caractère de ces deux tableaux, rien, comme j'ai essayé de le montrer, ne me parait plus vraisemblable que d'y chercher des scènes de magie. On peut même définir l'espèce particulière de magie, ou plutôt de divination, qui est ici figurée; elle rentre dans la catégorie assez riche de ces superstitions que nous avons décrites sous le nom général d'hydromanciey et dont la lécanomande ou divination par le bassin était une des formes les plus usitées.

Nous aurions aimé à poursuivre cette étude, et à mettre sous les yeux de nos lecteurs, outre les grandes peintures du tablinum, la riche décoration dont sont revêtues les pièces voisines, les alœ. Il y a là des arabesques mêlées de figures et des paysages fantastiques d'un goût charmant, dans le genre de ce qu'Herculanum et Pompéi ont de

i98 u» Mommsa du pautqi.

meilleur» Nous aoinaies forcé d'arrôtar ici cette de»criptioa ; les circonstances douloureuses que nous venons de traverser ont interrompu nos relations avec Rome ; nous ne savons plus où en sont les fouilles du Palatin, et nous ne voulons pas nous appesantir sur des découvertes déjà anciennes et dont nous ne connaissons pas la snite (1).

Noua n'ajouterons qu'un mot pour faire sentir l'importance et la valeur de cette peinture roumaine du premier siëde, dont si peu de traces étaient, avant cette découverte, arrivées jusqu'à nous ; c'est un extrait d'une lettre qoe nous écri^ vait à ce sujet, il y a maintenant plus d'un an> un archéologue qui fait de la peinture antique son étude spéciale et comme son propre domaine, N'ayant sous les yeux que des copies^ j'avais consulté M. Helbig au sujet de Texécution des peintures que je me proposais de décrire dans la Retme. Voici ce qu'il me répond à ce sujet : « Des pein-très différents ont certainement été employés à décorer les murs de cette pièce. Eu tout cas, la figure d*Io et le Polypbème proviennent de mains différâtes. Ce dernier tableau n'est qu'un ouvrage ordinaire, tandis que le premier, par le dessin comme par le coloris, révèle une main extraordi*

(1) Commencée au printemps 4e 1970, la pabHeation de eee études a été interrompue, ainsi ^lue celle du recueil où elles paraissaient! par les événements de la guerre et le siège de Paris; elle n'a pu reprendre, atec la Betme w^héologiquej qu'à la fln de 1871.

U0 PKinTimss DO pautoi. 159

nairemeot fine et sûre* Les oontonn aoot trè»» finement nuancés et pourtant bien arrêtés; la gamme des couleurs^ qnî se tient dans des tons re* lativement clairs^ fait une impression harmonieuse et qui repose YcmL II est très-difficile de déterminer d'une manière absolue la valeur de cet ouvrage comparé aui peintures nmrales des villes campa* niennes ; mais, à tout prendre^ nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître dans Tlo une oravre à placer sur le même rang que les meilleures peintures des cités campaniennes. Si nous restreignons la comparaison aux tableaux limités par un cadre peint sur le mur (ce que j'appdle les Megalographiai)^ nous sommes amenés à porter sur le tableau qui nous occupe un jugement en*core plus favorable. Dans cette branche de la pein*ture campanienne, on trouverait difficilement des figures qui égalent celle dlo au Palatin (1). Les proportions de cette figure sont plus élancées et plus fineS) le coloris en est plus transparent et plus doux que ce n'est d'ordinaire le cas dans les figures de femme que les peintres campaniens ont placées dans les grands tableaux qui remplissent tout un panneau. Faut«*il expliquer cette finesse supérieure de la conception et de l'exécution par ce fait que la capitale fournissait aux peintres bien

(1) M. Helbig revient sur cette comparaisoft dans «on taniar outrage, Unter8uchungenu^)er die Campanische Wandmalerei, p. 338, et il y atteste encore la supériorité de TIo romaine.

i40 LES PEINTURES DU PALÀTIH.

plus d'occasions que ne leur en donnait la province d'avoir sous les yeux et d'étudier de près les originaux grecs? Faut-il songer surtout à Tinfluence que devaient exercer, sur les artistes qui travaillaient à Rome, les réalités qui les entouraient et réiégance des femmes du monde dans la grande cité ? C'est ce que je n'ose décider : les éléments sur lesquels se fonderait cette comparaison sont encore trop rares et trop peu variée, o

Espérons que les événements politiques n'auront pas arrêté pour longtemps les fouilles du Palatin, qu'ils permettront au contraire d'étendre plus loin les recherches et de d^ger enfin toute cette partie du palais des Césars qui est restée jusqu'ici ensevelie dans une enceinte où depuis des siècles les archéologues n'ont pu pénétrer ; peut-être cette r^ion inexplorée nous réserve-t«elle des trésors. En tout cas, les peintures de la maison de Livie conserveront toujours un intérêt sérieux ; elles ont été, si nous ne nous trompons, le premier monument authentique et daté de ce que le goût des artistes romains avait, dans ce siècle classique, tenté et accompli pour orner et embellir l'intérieur des édifices privés, dans cette Rome de marbre que l'exemple et la volonté d'Auguste substituaient à la vieille cité républicaine, déjà maîtresse du monde et pleine de ses richesses, mais irrégulière, incommode et mal bâtie.

TROIS INSGfilPTIONS INÉDITES

D*A»K-lfiNË(}RE (1)

(Revue ^nrchéoloçfigue, nouvelle séri% tome XXVI^

Je me propose àe mettre sous les yeux de PÂcadémie trois inscriptions qui ont été récemment découvertes en Ânatolie, qui paraissent inédites, et qui, chacune à des titres différents, présentent quelque intérêt et méritent de prendre place dans Tépigraphie de FAsie-Mineure.

la première ptovienl d^Amasb, et c'est à l'obligeance de US. ften^n que j'en dois la communication.

(1) Le présent mémoire a été lu deysjiiV Académie desinâci^imiu, dans la séance du 25 juillet 1873. U a été reproduit dans les Comptei^ Hnên»j )^. 161 et sulfanfes.

144 TROIS mSGRiPTIONS INÉDITES D'ASIE-MINEURE.

Elle accompagnait une lettre, signée D. Ermakow, que je transcris tout entière :

c Au mois d'octobre 1872, explorant les environs d' Amasia, dans le but d'y faire des études photographiques, j*ai trouvé par hasard une inscription grecque, qui remonte au temps de Pharnace II, successeur et fils de Mithridate le Grand, et qui régnait sur le Pont et sur le Bosphore cimmérien en Tan 64 avant Jésus-Christ. Cette inscription, que je me fais un plaisir de vous communiquer ci -après, se trouve au nord-est de la ville, à une hauteur d'environ 200 mètres au-dessus du ravin où coule la rivière d'Amasia, immédiatement au-dessous de la forteresse et à une petite distance des Migares (Mahara), ou tombeaux des anciens rois. L'inscription est taillée dans le roc, en caractères portant une hauteur de 40 centimètres chacun.

€ Trébizonde, le 18/30 novembre 1872. >

A cette lettre était jointe une photographie trèsvigoureuse et très-nette, représentant la paroi de rocher où Tinscription a été gravée d'un ciseau vigoureux, mais rapide et négligent. La taille est profonde ; mais ni les lignes ne sont droites, ni les lettres toutes égales et régulièrement disposées. Un très-petit nombre de lettres paraissent avoir été effacées par Taclion du temps ou être cachées sous quelque tache blanchâtre de mousse et de lichen ; en tout cas, on n'en distingue point la^trace sur la photographie, dont je donne ci-dessous un fac-similé fort exact.

La lacune, au conmiencement de la troisième

TBOU INSCRIPTIORS IHÉDITES D'ASIE-MinEORE. 145

ligne, se laisse aisément remplir. Nous voyons, par la cinquième et la sixième ligne, où le supplément est certain, qu'il manque très-peu]ji3e chose,'deux

Ou trois lettres tout au plus. Je rétablis donc M>]]T;.ô&>0Df, nom dont les éléments sont empruntés au culte de la grande déesse mère, sî populaire dans tonte cette région, et qui se rencontre fré-

146 TROlé imOI»TIOMS miDITK D^AMMttimttMl.

quemmetit en Asie-Min^ré. Au comm^MemeHt 4è la ligne quatre se lisait te noiA du père de Mëtrodore ; il se terminait soit par TOY, soit par lOY, car la première lettre visible sur la pierre pourrait être un T9 d'après un trait horizontal à peine marque, qu'il me semble distinguer sur l'épreuve. En présence de cette incertitude et du grand nombre de restitutions possibles, je m'abstiens d'en proposer qui seraient purementconjecturales. A la cinquième ligne, les lettres THZ, puis les lettres TO, à la sixième le M, ne peuvent faire l'objet d'aucun doute. Je lis donc ainsi l'inscription :

Yicip ^(Mtkitaç Pour le roi

^dpvoxou Pharnaoe

Mt)]Tp^<K Métrodore

jcoti ^oupoip- ayant commandé la citadelle

X^9]«ç [t^]v ^ S a consacré Tautel

p]î»v %a\ [t>» et le

Mu^ parterre

6co% aux dieux.

L'ellipse à^MUnu^t^ gouvernant /3«>/iov, est d'usage fréquent dans les dédicaces. Il n'y a donc, de ce chef, aucune difficulté ; il s'agit d'un monument religieux qu'un grand officier d'un roi de Pont, après avoir été gouverneur de la redoutable citadelle d'Amasia, la dé de la vallée de l'Iris, avait consacré a»x dieux en l'honneur et au nom de son

TROIS imCRIPTIOlXg IKÉDiTfig D'ibttfi*lUNBURB, 147

maître. Quel est ce maître ? L'auteur de la découverte avait pensé tout d'abord à Pharnace II , le dernier roi de Pont, célèbre par la trahison qui coûta la vie à Mithridate Eupator, et par la défaite qu'il essuya à Zéla, et que César a racontée en trois mots fameux (1). Nous songerions plutôt à Pharnace P^, le sixième prince de la dynastie, qui régna de 184 à 157 avant notre ère. Les vraisemblances nous paraissent être en sa faveur, quoiqu'il soit impossible d'arriver ici à la certitude. Pharnace V eut un long règne de vingt-sept ans, pendant lequel ses principaux officiers purent à loisir lui donner des témoignages de leur respect et travailler à embellir sa capitale, ajouter quelque chose à l'ensemble des monuments, citadelle, tombes royales, palais, qui décoraient la face du pittoresque rocher au pied duquel coulait l'Iris et s'allongeait la ville d'Amasia* Pharnace II n'a, tout au contraire, occupé le royaume de Pont et été maître d'Amasia que pendant les quelques mois qui se sont écoulés entre sa victoire sur Gnaeus Domitius Calvinus et l'arrivée de César pendant l'hiver de 47 à 48 avant notre ère. Pendant ce court intervalle que Pharnace employa à pressurer la province et à faire des préparatifs de guerre, le Métrodore en question, après avoir exercé les fonctions de gouverneur d'Amasia, auraitil encore eu le temps de s'occuper de pareils soins?

(1) Sur la bataille de Zéla, voir plus loin un mémoire, accompagné d^oe carte*

448 TROIS IlfSGRirTIOllS INÉDITES D^ASIB-MIKElIIIKc

Ou bien serait-ce après le rétablissement de la domination romaine qu'un ancien général de Pharnace aurait osé, par cette consécration et cette inscription, rappeler le souvenir du dernier représen* tant de Tan tique dynastie, de celui qui, dans Amisos, avait si cruellement fait périr tant de citoyens romains? Rien, à mon avis, n'est plus improbable. Quant à la forme des caractères, il serait inutile d'y chercher la solution du problème; tout ce que Ton peut dire, c'est qu'ils conviennent aussi bien au second qu'au premier siècle avant notre ère.

 la ligue sept, nous lisons dcvScâva; on aurait peut-être pu penser, au premier moment, que là aussi, à gauche, une lettre était devenue illisible, qu'il fallait restituer un n, et lire navOtûva. Ce terme aurait désigné un édicule ou un temple consacré, comme le Panthéon de Rome, à tous les dieux : nous n'avons pas cru devoir accepter cette interprétation.

Sur la photographie on distingue très^bien, vers la gauche, une fente profonde du rocher qui, à cette hauteur, serre d'assez près Tinscription pour ne pas laisser la place du n ; elle touche presque à Ta. Si c'était un accident récent, elle laisserait, d'après l'écartement moyen des lettres, paraître quelques vestiges du n, car on aperçoit très-bien, sur ce point, toutes les rugosités du roc. L'inspection de la photographie nous disposait donc déjà à

TROIS INSCRIPTIONS INÉDITES d'ASIB*MINEURE. 149

ne point nous croire en droit d'insérer ici une lettre avant I'a.

La forme nâiy8<»va, à laquelle on arrivait par cette restitution, augmentait nos doutes. Elle est sans exemple dans les écrivains de l'époque impériale, qui ont souvent l'occasion de mentionner le célèbre édi6ce consacré par Agrippa. C'est partout le mot noveccov, dérivé très-régulièrement formé, que l'on rencontre avec la variante iiovOcov. Dans les inscriptions latines, qui appartiennent toutes à l'Italie, il * est souvent question de statues panthées^ c'est-à* dire réunissant les attributs de plusieurs divinités ; c'est toujours divus Pantheus^ signum panlheum. Pour lire u<xvOc»va, qui ne pourrait signifier qu'un temple de tous les dieux, il faudrait donc inventer un mot dont rien ne nous autorise à supposer l'existence. Admettons un moment, par hypothèse, cette lecture; ne serait-il pas bien étrange que l'autel, appendice du temple^ fût mentionné avant le temple? ne serait-ce pas contraire à l'ordre toujours suivi dans les dédicaces de ce genre ? Enfin, rien ne nous prouve que dans la première moitié du second siècle avant notre ère on ait eu déjà l'idée d'un temple consacré à toutes les divinités ensemble. Le Panthéon d' Agrippa, les inscriptions en l'honneur de divinités panthées, les figures de ce genre qui existent dans nos collections, tout cela est de l'époque impériale.

Toutes ces difficultés, et notamment celle qui tient

IKO TROIS imCRIFTlONS INÉDITES D'ilSIE-llIIfEUIIE.

à la place occupée dans la dédicace par le mot p«>fAoç, disparaissent si nous lisons, comme nous y invite la photographie, êeStma^ Ici nous n'avons pointa inventer une forme étrangeet inusitée. Av9cwv n'est pas d'un usage fréquent, mais il existe ; il nous est donné par le Thésaurus^ dans l'édition Didot, comme tiré des glossaires, avec cette traduction, tnretumy viridaritm. C'est un mot parfaite* ment formé ; il me suffit, pour en rendre compte, de transcrire quelques lignes du Traité de la for* malion des mots grecs de M. Adolphe Régnier (1) :

« Ces suffixes se combinent avec des thèmes nominaux et forment des substantifs qui désignent des lieux, et surtout des lieux où certaines personnes, certains animaux, certaines choses se trouvent en grand nombre. Exemple : B^^^place devant la porte^ de Oupa, porte; ànipw, appartement des hommes^ d'ôn^P, radical d'àvrip, gén. ôy^poç, homme; TvvacxAw, appartement des femmes j de yrfwx, radical de yvvii, gén. y«veux6ç, femme, etc. »

iSiWy c'est donc un parterre, un jardin de fleurs. On se représenterait difficilement un temple, quelles que fussent son architecture et ses proportions, dressé contre ce mur vertical de rocher qui s'élève

mou wscaiPTioiis iNimiBs D'Asu-mnEuitf. 151

ea arriëre des tombes et monte tout droit jusqu'au double sommet Jusqu'à la citadelle (1): de quelque manière que s'y fût pris Tarcbitecte, rëdifice, au lieu de détacher ses profils sur le ciel, aurait tou^ jours paru plaqué contre cette surface grisâtre et de loin se serait confondu pour Fœil avec la mon*^ t^glie. Au contraire, rien de plus heureui^ pour varier un peu l'aspect de toute cette pierre, rocher, patats et murailles, que des massifs d'arbres et de Qeurs brillantes adossés à la montagne, et au milieu de tout ce feuillage un grand autel, aux proportions monumentales, s'enlevant sur la verdure. Sur cette pente tournée vers le midi, pour peu que l'on eût apporté assez de terre v^étale, et p<>urvu à Tarro* sèment au moy^i de cît^nes voisines, lauriers, arbousiers, myrtes, rosiers, cistes, althéas, toutes les plus belles plantes de la région devaient pousser à merveille, et singulièrement ^ayer ce sévère en* semble.

Noos avons peine à nous expliquer, M. Guillaume et moi, comment cette curieuse inscription a pu nous échapper ; nous serions heureux de savoir au juste en quel endroit elle se trouve. D'après les indications, malheureusement trop succinctes, que contient la lettre de M. Ermakov^, nous inclinerions à en chercher la place vers le fond de cette espèce de cirque que le rocher dessine, comme on peut le

(i) Vttjtts r fâiptoro^àon atcJiàdogîque de la OaloHe, par MM. Parrot, Gttillaame ei Delbet, pi. 70 et 71.

i52 TROIS INSCRIPTIONS INÉDITES D'ASIE-HINEDRE.

voir dans notre plan général de la nécropole ctAmasia (1), entre les deux groupes de tombes royales. C'est sans doute là, à une assez grande hauteur au-dessus de Taire inclinée circonscrite, vers la ville, par la muraille, qu'il faut chercher ce texte, et que Ton pourrait peut-être relever quelques traces des dispositions qu'il mentionne. Je dirai plus : si cette inscription se lit au-dessus ou dans le voisinage immédiat de l'une des tombes royales, peut-être elle nous révèle le nom du propriétaire de cette tombe. L'avdcuv serait alors un jardin ftinéraire, créé et entretenu par un des anciens serviteurs du roi, auprès de son tombeau où il l'adore comme un héros divinisé. Les exemples abondent de ces plantations ainsi faites autour d'une chère sépulture par la piété des survivants. Si l'on constatait ainsi un étroit rapport entre cette inscription et l'une des tombes royales marquées sur notre plan, la présomption que nous avons signalée se changerait en certitude : il deviendrait évident qu'il y aurait à chercher dans le Phamace de notre inscription Phamace P', mort sur le trône, et enseveli dans les tombeaux de ses ancêtres, et non Pharnace II, qui reçut le coup mortel en guerroyant dans son royaume du Bosphore Gimmérien, et dont le corps ne dut point être rapporté dans cette ville d'Amasia dont il n'avait jamais été, aux yeux des

(1) Exploration archéologique, pi. 75, et Bemie archéologiqiiey 1872, pi. 19.

TROIS nfSGRiPTioRS mÉDiTBS d'asie-vineurb. 1S5

Romains, devenus les maîtres du pays, le souverain légitime.

En restituant dans rinscription le nom du phrourar^ti^ Métrodore, j'avais cru un moment retrouver ici la trace d'un personnage célèbre au temps de Mithridate le Grand, de ce Métrodore de Scepsis, philosophe et politique, que le roi de Pont avait attaché à son service, et dont il avait fait en quelque sorte un ministre de la justice, un juge suprême pour tous ses États. Après examen, il a fallu renoncer à cette idée. C'est Mithridate Eupator qui a emmené dans le Pont ce sophiste alors très-re* nommé ; c'est lui encore qui l'a fait périr lors de son séjour en Arménie, auprès de son gendre Tigrane (1). Métrodore de Scepsis, qui n'était d'ailleurs point un guerrier, n'a donc pu commander dans Amasia ni sous Phamace P', le grand-père, ni sous Phamace II, le 61s de Mithridate Eupator.

Nous ne craignons pas d'avoir retenu trop longtemps l'attention de l'Académie sur cette inscription, que.nous r^ettons de n'avoir pas nous-même transcrite à Amasia. Du jour où la place qu'elle occupe nous sera indiquée d'une manière précise, elle pourra fournir un précieux renseignement pour restaurer l'ensemble des monuments qui décoraient la base de la montagne, au nord d' Amasia, sur la ^ rive gauche de l'Iris, travail difficile et tentant que

(1) Strabon, XIII, p. 609 ; Platarqa6| LucuUw^ ch. xxii.

184 TBOn HI8GR1PTI01I8 IRÉDITEft D'ASIB-MBIfOM.

M promet d'exécuter mon compagiuMi de voyage, M. Guillaume; en attendant, elle contient lu seule mention que Tépigraphie nous ait conservée d'une antique et belliqueuse race de princes qui balança un moment la fortune de Rome, et qui ne ftit abattue que par ses deux plus illustres capitaines, Pompée et César. En dehors des historiens, le nom de ces princes ne s'était rencontré jusqu'ici que sur leurs médailles, si rares d'ailleurs jusqu'à ces dernières années. Voici qu'à ces témoignages s'ajoute celui d'un texte lapidaire, unique, si nous ne nous trompons, jusqu'à ce jour.

La seconde inscription est d'Ancyre ; nous l'avons reçue de M. Giovanni Léonard i, pharmacien dans cette ville. Voici ce que portait la copie qui nous a été adressée d'Ancyre :

TOPOS TITQY AIAIOY KAIÎAPOJ ANT0N5IW0Y ANOVnATOI AXAIAZ HrEMONI AEflONOZ A • 2KY0IKHI C-PAThrni AHMAPXni TAMAI ERAPXEIAS BA*BIKIEXEIAIAPXn nAATYZKMni NErZ AIAYM EYTYX0Y2 KA MA m IM02

Nous avons ici une partie du (^ur^u^ honorum d'un magistrat romain, la fin, où se trouvaient les

mois 11I6GR1PT10K8 INÉDITES D^ASIE-MINEtHE. 45S

charges civiles ou militaires par lesquelles il avait débute. Mais jusqu'où est-il arrivé? quelles fonctions occupait-il au moment où Tinscription a été composée? quel est, enfin, ce personnage? Il est plus facile qu'on ne l'aurait cru tout d'abord de répondre à ces questions. L'analogie de nombreux textes lapidaires retrouvés à Ancyre suggère tout de suite la pensée que nous avons ici une inscription composée en l'honneur d'un légat impérial delà Galatie, et la comparaison de notre fragment avec ce que nous possédons d'inscriptions honorifiques provenant d'Ancyre nous révèle bientôt le titre et le nom du personnage. Nous trouvons en effet (n** 4022 et 4023 du Corpus inscriplionum Grœcarum) un personnage qui a été, lui aussi, légat d'Antonin, et qui, comme l'anonyme de notre fragment, avait exercé, auparavant, les fonctions de légat de la legio IV Scylhica et de tribunus laliclavius legioms VU Geminœ Pelicis. Ces concordances sont trop frappantes pour que nous hésitions à reconnaître, dans notre anonyme, le personnage honoré, comme gouverneur sorti de charge, dans les deux autres textes épigraphlques d'Ancyre. C. Julius Scapula, constU suffèelus aux kalendes de septembre de l'an 891 de Rome, 138 de notre ère, dut gouverner la vaste province de Galatie pendant les années 135, 136, 137, comme nous l'avons démontré dans notre thèse de Galatia prortncia, p.ll4etllS. Voici donc comment se restitue ^ avec une en-

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