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CONTRE PHARNACE

(Comptes-rendus de V Académie des inscriptions et belles-lettres ^ 1871.)

Au moment où la lutte de César el de Pompée occupait eu lUyrie, puis en Thessalie, toutes les forces de Rome, et attirait sur Dyrrachium et sur Pbarsale les yeux du monde entier, le fils du grand Mithridate, Pharnace, crut Tinstant favorable pour ressaisir l'ancien royaume des rois de Pont, changé depuis Fan 62 en province romaine. On sait comment Pharnace avait trahi son père vaincu, comment il avait obtenu de Pompée, pour prix de sa trahison, le royaume du Bosphore; mais ce lambeau de l'empire paternel ne suffisait plus à son ambition. Encouragé par les circonstances, il rêva de relever cette puissance qui avait un moment dominé toute FÂsie-Mineure et fait trembler Rome

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jusqu'en Italie. Il commença donc par s'emparer, sans coup férir, de la Colcbîde, aujourd'hui le gouvernement russe de Routais, puis il conquit le Pont proprement dit et une partie de l'Arménie et de la Cappadoce (1). Déjotarus, maître de la plus grande partie de la Galatie et roi de la petite Arménie, qui aurait peut-être pu arrêter Pharnace, était alors allé porter secours, avec toutes ses troupes, à Pompée, son bienfaiteur (2).

César, vainqueur à Pharsale, était déjà en Egypte quand lui parvint la nouvelle des victoires de Pharnace (3). Croyant qu'un de ses lieutenants suffirait pour avoir raison de ces insolents succès, il envoie l'ordre à Cneius Domitius Calvinus, qui commandait pour lui en Asie-Mineure, de repousser Pharnace et de rétablir l'ordre. Mais Domitius venait de s'affaiblir en envoyant à César, en Egypte, deux des trois légions dont il disposait. Avec celle qui lui restait, avec une aulre l^ion levée à la bâte dans le pays, parmi les citoyens et les soldats romains qui s'y trouvaient, avec les troupes enfin de Déjotarus et d'Ariobarzane, Domitius entre dans le ï^ont, et marche droit à Pharnace, sans se laisser arrêter par ses trompeuses propositions de paix ; il le rencontre auprès de Nicopolis, et, mal soutenus par leurs auxiliaires, les Romains sont battus.

(1) Dion Cassius, Histoire romaine, t. XLII, ch. 45.

(^ Hirlius, De bello Alexandr,, 67.

ÇS) Dion Cassius, Histoire romaine^ t. XUI, ch. 46.

Trop affaibli par cette défaite pour continuer à tenir la campagne^ Domitius est obligé de se retirer et de laisser Phamace achever la conquête du Font et de la Bitbynie. Maître déjà de Sinope, Pharnaoe s'empare d'Âmisus (aujourd'hui Samsoun); pleine de citoyens romains, cette ville résista opiniâtrement et ne succomba qu'après un long siège. Le cruel traitement qu'infligea Pharnace à ses défenseurs jeta la terreur dans toute l'Asie. Rome, se demandait-on, allait-elle trouver en Phamace un autre Mithridate? Il avait hérité de la cruauté de son père : en aurait-il aussi le génie ? Où allaient s'arrêter ses conquêtes?

César, qui apprit en Egypte le désastre de son lieutenant, comprit qu'il fallait arrêter cette fortune menaçante. Pouvait-il laisser enlever à Rome une province qui lui avait été donnée par Pompée ? La guerre d'Egypte était finie, et César eût bien voulu se rendre tout droit à Rome, où l'appelaient les fautes d'Antoine et les troubles de l'Italie; mais les affaires d'Asie-Mineure exigeaient une prompte solution, et le temps pressait. Une fois sa résolution prise, il l'exécuta avec sa rapidité ordinaire. Il se met en route, au printemps de 47, avec une seule légion de vétérans ; il s'arrête quelques jours en Syrie pour organiser la province, de là se rend par mer en Cilicie, préside à Tarsus une assemblée de toutes les villes de la province et règle les questions pendantes, puis il franchit, à marches forcées,

le Taurus, traverse une partie de la Gappadoce, et arrive en Galatie. Là il forme l'armée avec laquelle il va marcher contre Phamace. Elle se compose en tout de quatre l^ons, la sixième, qu'il amenait d'Alexandrie ; les deux légions de Domitius, et la légion galate de Déjotarus, armée et disciplinée à la romaine ; mais la sixième légion, toute de vétérans, était réduite à moins de mille hommes par tous les combats qu'elle avait traversés, et en dernier lieu par les marches forcées qu'il venait de lui imposer ; des deux légions de Domitius, une seule s'était distinguée sur le champ de bataille et présentait des garanties; enfin, il faut le dire, dans le combat de Nicopolis, la légion galate n'avait pas attendu le choc de l'ennemi. C'est pourtant avec de pareils éléments que César, confiant dans sa fortune et son génie, se décide à affronter aussitôt un ennemi qui disposait de forces bien plus considérables, encouragées par une victoire tout récemment remportée sur un général romain. Le rusé Pharnace savait César pressé de partir pour Tltalie ; il essaie donc de l'amuser par de feintes protestations de soumission et de trompeuses négociations ; il espère l'amener ainsi à se contenter d'une apparence d'accommodement. Une fois que César se serait éloigné, qu'il serait occupé ailleurs, qui donc pourrait empêcher Pharnace de reprendre ses projets, de poursuivre et d'achever la conquête de r Asie-Mineure? César vit le piège et ne s'y laissa

point prendre. Tout en recevant, tout en écoutant les députés de Pbarnace, il n'interrompit pas sa marche. Il rencontra Tennemi, au bout de quelques jours, dans la partie méridionale du Pont, auprès de la ville de Zéla, et le jour même où il l'aperçut, il le battit et le mit en pleine déroute, victoire si vite gagnée que sur l'un des écriteaux que l'on portait au milieu des trophées, dans la pompe de son triomphe, il avait résumé toute la campagne en ces trois mots devenus célèbres : Veni^ vidi^ met (1).

En 1861, d'Amasia, où nous avaient conduits, MM. Guillaume, Delbet et moi, nos éludes sur l'art primitif de l'Asie-Mineure qui devaient suivre notre exploration de la Galatie, nous avons été visiter Zilehj l'ancienne Zéla, tout exprès pour étudier cette brillante campagne et chercher auprès de cette ville le théâtre même de l'action, le lieu de la rencontre. En relisant sur le terrain le récit si net et si vif d^Hirtius, le digne continuateur des Commentaires du grand capitaine dont il était un des meilleurs lieutenants, nous avons retrouvé le

(i) Suétone, Jul. Cœsar, § 37: c Pontico triumpho inter pomp» fercula trium verborum praetiUit titulum veni, vidi, vigi, non acta belU signilicantem sicut ceteris, sed celeriter confecti notam. * Nous avons suivi là Suétone de préférence à Plutarque ; selon celui-ci, ce serait dans une lettre adressée par César à un de ses amis de Rome que se trouverait la phrase en question. Il serait possible que Suétone et Plutarque eussent tous deux raison ; ce serait d^abord dans une lettre écrite d'Asie même que César aurait écrit : Veni, vidi, vûn, et le succès que ce compte-rendu laconique obtint aurait engagé César à répéter, dans les inscriptions triomphales qui passaient sous les yeux de la foule, cette même formule déjà populaire.

champ de bataille : il ne reste point, dans notre esprit, de doute à cet égard. Je commencerai par donner la traduction du récit d'Hirtius, puis j'exposerai les motifs d'après lesquels s'est formée notre conviction et qui nous ont amené à dresser le plan qui est joint à ce mémoire (planche IX).

t< Zéla est une place du Pont, assez forte, par sa position même, pour une ville située en plaine, car au centre de la cité une élévation naturelle, que l'on dirait faite de main d'homme, porte à son sommet un mur qui entoure toute la plate-forme. Tout -autour de cette place se dressent de nombreuses et hautes collines, coupées de ravins : parmi elles il en est une, la plus élevée de toutes, qu'une chaîne de hauteurs et des chemins fréquentés rattachent pour ainsi dire à la ville; la victoire qu'y remporta Mithridate, l'échec qu'y essuya Triarius, le désastre qu'y subit notre armée, lui ont donné une grande célébrité dans toute cette contrée ; elle n'est pas à beaucoup plus de trois mille pas de Zéla. C'est cette colline que Pharnace occupa avec toutes ses troupes, après avoir relevé les anciens ouvrages de ce camp qui avait porté bonheur à son père.

i< César avait placé son camp à cinq mille pas de l'ennemi; il voyait que les ravins, qui servaient de défense au camp du roi, couvriraient également de leur profondeur son propre camp, si par bonheur l'ennemi ne l'avait prévenu en s'emparant de hau-

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leurs qui étaient bien plus voisines de la posilion de Pharnace que du point où étaient parvenus les Romains. César ordonne donc de réunir dans l'enceinte du camp tous les matériaux du retranchement, et cette opération s'accomplit avec rapidité. La nuit suivante, à la quatrième veille, il part, en laissant au camp tous les bagages, avec les liions débarrassées de tout ce qui aurait pu retarder leur marche ; à la pointe du jour, sous les yeux de l'ennemi surpris, il s'empare de la position même où Mithridate avait battu Triarius. Aussitôt, mettant ses soldats à travailler au fossé et ne voulant pas en déranger un seul, il ordonne aux valets d'armée de transporter en ce lieu, du premier camp, tous les matériaux nécessaires à l'achèvement de l'enceinte : le creux du ravin, qui séparait les retranchements de l'ennemi des travaux commencés du camp de César, ne mesurait guère plus d'un millier de pas.

(( Dès que parut le jour, Pharnace, s'étant aperçu du mouvement de César, rangea toutes ^es troupes en bataille devant son camp; quant à César, voyant qu'une goi^e profonde séparait les deux armées, il pensait que si Pharnace faisait sortir ses troupes, c'était plutôt pour obéir à une sorte de routine militaire, ou bien pour ralentir les travaux des Romains, en les forçant à retenir plus de soldats sous les armes, ou enfin pour faire parade d'une loyale confiance, en semblant compter, pour

défendre sa position, moins sur la force de ses retranchements que sur la valeur de ses troupes. Aussi, tout en laissant sa première ligne rangée en bataille devant le rempart qui s'élevait, il ne fit pas interrompre au reste de l'armée ses travaux. Mais soudain Phamace prend un parti qui trompe toutes les prévisions. Espérait-il que ce lieu lui porterait bonheur comme à son père ? Se laissa-t-il entraîner par des augures et des prédictions favorables, aux* quelles, nous le sûmes depuis, il avait prêté une oreille crédule ? Se rendit-il compte du petit nombre d'hommes que nous avions en ligne, et prit-il pour des soldats désarmés cette foule d'esclaves qui, suivant l'habitude, apportaient des fascines pour le retranchement ? Fut-ce excès de confiance dans son armée, presque toute composée de vétérans que ses généraux se vantaient d'avoir vu combattre et vaincre vingt-deux fois en bataille rangée, et mépris de la nôtre, qu'il savait avoir battue quand elle était sous les ordres de Domitius ? Quoi qu'il en soit, résolu à engager sur l'heure le combat, Pharnace commença tout d'un coup à descendre la pente du ravin. César rit d'abord, pendant un instant, de cette vaine bravade, qui entassait des soldats dans un fond où jamais un ennemi sage n'eût pensé à s'engager. Cependant Pharnace, descendu dans le ravin en colonne d'attaque, se mit à remonter du même pas la pente opposée, en déployant ses troupes.

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« Gësar, frappé d'une témérité, ou d'une audace si incroyable, pris à Timproviste et avant d'être prêt à recevoir l'ennemi, se voit obligé de songer à tout à la fois. Au même temps il rappelle les soldats des travaux ; il leur fait prendre les armes, dispose en avant les légions, range l'armée en bataille : la nécessité d'exécuter en un clin d'œil tous ces mouvements jeta beaucoup de trouble et de frayeur dans notre armée. Les rangs n'étaient pas encore formés que déjà les chariots armés de faux se précipitent sur les soldats en désordre ; cependant une grêle de traits les repousse. Par derrière eux arrive l'armée ennemie, et le combat s'engage avec de grands cris. Nous sommes favorisés d'abord par l'avantage du lieu, puis par la bienveillance des dieux immortels, qui, partout présents aux hasards de la guerre, n'interviennent nulle part d'une manière plus manifeste que dans les renccmtres dont la sagesse du chef n'a pu à l'avance assurer le succès.

i< Après une chaude et opiniâtre mêlée, l'aile droite, où était placée la sixième légion des vétérans, commença la victoire. De ce côté, les ennemis étaient déjà renversés en désordre sur la pente, quand enfin, beaucoup plus tard, mais toujours avec l'aide des mêmes dieux, à l'aile gauche et au centre toutes les troupes du roi entrent en ])leine déroute : si un instant auparavant elles avaient gravi la colline avec facilité, maintenant, culbutées

et poursuivies, elles la descendaient bien plus rapidement encore, accablées par le désavantage de la position. Beaucdup de soldats furent tués par les Romains ou écrasés sous la chute des leurs ; ceux que sauva leur agilité, et qui purent traverser la gorge et regagner la hauteur, n'étaient point en état d'en défendre l'accès; pour mieux fuir, ils avaient jeté leurs armes. Animés par le succès, nos soldats n'hésitèrent point à gravir le versant opposé et à attaquer les retranchements. En vain Pharnace y avait laissé des cohortes pour le défendre : le camp fut bientôt enlevé. Tout fut tué ou fait prisonnier. Pharnace s'enfuit avec quelques cavaliers, et si l'attaque du camp ne lui eût donné plus de facilité pour s'échapper librement, il serait tombé vivant au pouvoir de César.

« César, tant de fois victorieux, ressentit de cette victoire une joie incroyable. C'était une grande guerre terminée avec une surprenante rapidité ; c'était un de ces périls soudains dont le souvenir a tant de charme; c'était enfin une victoire facile née de tout ce qui semblait devoir en faire l'extrême difficulté. Le royaume de Pont était reconquis, et tout le butin abandonné aux soldats ; il partit le lendemain, avec sa cavalerie, sans bagages ; il ordonna à la sixième légion d'aller en Italie, pour y recevoir les honneurs et les récompenses qu'elle avait mérités ; il renvoya à Déjotarus ses troupes

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et laissa dans le Pont deux liions sous les ordres de Caelius Viniçianus. »

C'est après cette bataille, si Ton peut donner ce nom à ce choc rapide et décisif (1), que César s'écria, d'après Appien (2) : « Heureux Pompée, qui, en combattant contre de pareils soldats, as pu acquérir la réputation et le nom de Grand ! » La guerre était finie; livrant Sinope à Domitius, Pbarnace partit pour son royaume du Bosphore Cimmérien, où il périt bientôt en combattant des sujets révoltés.

Nous n'avons de données topograpbiques que dans Hirtius. Les autres historiens qui mentionnent la bataille de Zéla, Plutarque (3), Appien (4), Dion Cassius (5), se contentent de dire qu'elle eut lieu auprès de Zéla, Utpt z^lotv. Appien seulement, dans un passage de la Guerre contre Milhridate (6), donne en un mot une indication un peu plus précise : « Le combat eut lieu, dit-il, sur les pentes du mont Scotios, où Mithridate avait déjà battu Triarius. » C'est donc à Hirtius qu'il faut revenir. Or, on l'a vu en lisant son récit, les seuls renseignements généraux qu'il nous fournisse, c'est que la

(1) Suivant Suétone, tout aurait été fini en quatre heures (§ 35). U faut sans doute compter là-dedans le temps employé à la poursuite.

(2) BelL civil., II, 91. Cf. Suétone, César, § 35.

(3) Vie de César, § 50.

(4) Bell. civiLy II, 91.

(5) Hist. rotn.y XLII, 45, 47.

(6) MUhrid. bel, g 120.

U CAMPA«NK DR CÉSAR CONTRE PHARNAGE* 275

hauteur occupée et forli/iée par Pbarnace est la plus élevée de toutes celles qui entourent Zéla^ el qu'elle se trouve dans le wisinage de cette mUe^ à une dis-tance d'un peu plus de trois milles romains, équivalant à environ quatre mille cinq cents mètres.

Il est un premier point qui ne peut faire Tobjet d'aucun doute. La petite ville de Zileh correspond exactement à Tancienne Zéla : elle a conservé, très-légèrement altéré, Tancien noin ; par sa grande foire, à laquelle on accourt de toutes tes parties de la Turquie d'Asie et presque de la Perse même, dans la première quinzaine de décembre (1), elle rappelle l'ancienne importance religieuse et commerciale de Zéla, signalée par Strabon : enfm elle occupe précisément l'emplacement de la ville antique, marqué d'une manière certaine par cette élévation dont parie Hirtius : aujourd'hui comme alors, celte hauteur porte à son sommet une forteresse ; à demi-ruiné, le mur actuel, qui contient beaucoup de débris antiques, parait dater du moyen âge.

C'est vers le nord de Zêta qu'il faut chercher la position de Pharnace. Pharnace venait du nord, César du sud. Or César, on le devine d'après le récit d'Hirtius, ne rencontre Pharnace qu'après avoir dépassé la ville de Zéla. En effet Hirtius, qui suit pas à pas le conquérant, commence par parler de Zéla, puis en arrive au récit de la bataille. Le

(1) Voir mes Souvenirs d'un voyage en Asie»Mineure , in-8», p. 959^366.

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premier camp de César, à cinq milles de Phamace, est donc à deux milles vers le sud de la ville, au débouché des hauteurs qui bornent de ce côté la plaine. Pour gagner son second camp^ celui qui n'est plus qu'à un mille de l'ennemi, César a dû traverser toute la petite plaine, en passant au pied du château de Zéla, et rentrer dans la montagne du côté opposé. Ce qui d'ailleurs tranche à peu près la question, c'est que là seulement, vers le nord de Zéla, se trouve une position militaire dont l'importance frappe les personnes même les plus étrangères à l'art de la guerre.

En sortant de Zéla, la seule route qui mène vers la mer, celle qui conduit tout ensemble à Amasia et à Sinope, les deux capitales du royaume de Pharnace, s'engage dans une gorge étroite, qu'elle remonte dans la direction du nord*nord-ouest. Pendant trois quarts d'heure environ, le sentier — car c'est le seul nom que nous puissions donner à ce que l'on appelle là-bas une route — passe plusieurs fois d'une rive à l'autre du torrent. Dans cette gorge tournent plusieurs moulins. Au-dessus du quatrième de ces moulins, à un peu plus d'une heure de la ville, la gorge se ferme brusquement, ou plutôt elle se partage en deux ravins, dont l'un monte vers l'ouest et l'autre vers l'est, tandis que le chemin, en faisant des détours, s'élève par une pente assez rolde jusqu'au sommet d'une haute colline. Cette colline, de toutes parts entourée de ra-

vins, présente une sorte de plate-forme à peu près rectangulaire. La route, après une montée asse?: pénible, atteint ce plateau, en longe le bord oriental, puis redescend assez rapidement dans un ravin au-delà duquel s'élève toute la masse de VAUiagalchdagh^ la plus considérable des montagnes qui se trouvent dans le voisinage de Zéla. Quand on vient de Zéla, pour déboucher dans la vallée de riris et aller gagner la mer, il faut franchir un col situé tout auprès du sommet de cette montagne (1). C'est, je crois, FAltiagatcbdagh que veut désigner Hirtius quand il dit que v parmi les nombreuses et hautes collines qui entourent de toutes paris Zéla, il en est une, la plus élevée de toutes, où Pharnace établit son camp. » Sans doute on peut s'étonner d'abord d'entendre Hirtius appeler colline une montagne qui s'élève bien à cinq ou six cents mètres au-dessus du niveau de la plaine de Zéla (2) ; il faut, pour comprendre cette expression, se rappeler que jamais la langue des anciens, leur nomenclature géographique, n'a eu la précision que nous cherchons à porter dans ces matières. Hirtius appelle ici collis une assez fière montagne, que nous avions mis deux heures à gravir, sur la pente septentrionale, en venant d'Âmasia ; mais n'emploie-

(1) Voir mon Exploration archéologique de la Galatiey itinéraires, fenille 6.

(2) Nous n*aTons pu la mesurer ; notre baromètre, qui avait résisté à six mois de voyage, venait de se déranger à la suite d'une chute qu'avait faite le cheval qui le portait.

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t-on pas le mot mons en parlant de ces collines de Rome dont plusieurs ont un si faible relief?

On voit d'ailleurs, par un passage d'Appien (1), que Texpression collis n'est ici autre chose qu'une manière de parler propre à Hirtius. Âppien appelle Scotion oros, monl Scotius^ les hauteurs où Mithridate battit Triarius et ou Phamace fut vaincu par César : la montagne d'Âppien, la colline d'Hirtius ne font qu'un (2). N'attachons donc pas d'importance à l'expression employée, et retenons senlement ce fait, que Phamace se fortifie sur la hauteur la plus considérable de ce canton, sur celle qui y fait la plus grande figure : ce ne peut être que l'Âltiagatcbdagh.

Quelle position d'ailleurs plus convenable et mieux indiquée par la nature même des lieux? Ici Phamace couvrait Sinope et Amasia, et en cas de revers il pouvait, comme il le fit, s'enfîiir aisément vers la mer. Il barrait le chemin à l'ennemi et s'assurait une ligne de retraite. Pharnace, qui semble avoir été plus orgueilleux et entreprenant

(1) Mithrid. bel., 120 : inokéiincrs Si [fapobajc] xat av7w KeciVapi xocreXov7c TLoyLitrfiWy crrocvcovît oat' ÂcyuTrTou, ntpi 7o iTuoltw ojoo^, riSa. 6 mcr^ axfJcrij Pu^iW rw àftfc Tpiâpwt cxcs^Tnxti.

(2) Faisons remarquer un détail curieux : le nom moderne de ce sommet et le nom ancien paraissent avoir une origine analogue. Ainsi le mont Scotios, c'est-à-dire ténébreux, c'est sans doute celui que des bois épais coimnient de leur ombre. VAUiagatchdagh, la montagne aux six arbres, est ainsi nommée d'un bouquet de pins qui en ocospe la cime, ce qui indique quels foibles débris cette région a comenrés de ces belles forôts qui en feisaiei&t autrerois la richesee et la parure. Ici pourtant, sur le versant septentrional, il y a encore quelques tJôUis.

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