LE SVASTIKA ET LA ROUE SOLAIRE EN AMÉRIQUE
Los rechorchos poursuivies depuis quelques années par .M. Alexandre lîerlrand sur certains monuments anciens de FEul’ope occidentale, ont conduit ce savant et judicieux archéologue à attribuer les symboles qui les particularisent, croix gammée roue, etc., à des inllueuces religieuses dont il est allé chercher avec raison la source jusque dans l’Extrême Orient. Lacroix gammée, dont il a étudié avec le plus grand soin la distribution géographique, est bien, en elTet, le svastika bouddhique ; la roue gauloise n’est autre que la roue solaire, celle du lîuddba imitée du disque de Vichnou ’, etc. , etc.
.le me propose de montrer, dans cette courte note, que les mêmes signes ont franchi le Pacifique sous des influences toutes semblables à celles que M. Bertrand vient de mettre en lumière eu ce qui concerne l’Europe^, et qu’il s’est conservé dans les pratiipies religieuses de certaines tribus du Xouveau-Monde des traces bien manifestes de l’intervention des disciples de Çakya Mouni.
M. d’Eichlhal a déjà fait ressortir quelques-uns de ces traits de ressemblance entre l’,\sie et l’Amérique dans l’important mémoire qu’il a donné en 186o à la Jievue archéo/of/if/ue^. .le rappellerai seulement en passant ce que dit ce savant ethnographe des analogies qui existent entre le pock-honrf des Maudans et le churruk-pouja des Indous du Bengale , entre les légendes relatives à la tortue chez nombre do tribus Peaux-
II Cf. E Senart. Essai sur la Irgendc du liuddhn, son caractère et ses origines, 2e éd. Paris, Leroux, 1882, pass. — H. üaidoz. Le dieu gaulois du Soleil et le symbolisme de la roue. (Rev. Archdolog série, t. IV. pag. IG et suiv. Juin. 1884.)
2) M. Bertrand vient de faire de ces importantes questions l’objet d’un cours très détaillé professé à l’Ecole du Louvre.
3) G. d’Eichthal. Eludes sur les origines bouddhiques de la civilisation amériçaine, partie. Paris, Didier, 1865, p. 46 et suiv.
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Hoiigcs, et les récits du second avatar de Vichnou, enfin entre certaines sculptures de Palenqué (Chiapas) ou d’Uxmal (Yucatan) et d’autres copiées à Elloradans l’Inde ou à Bôrô-Boudour, dans nie de Java.
On trouverait dans une étude détaillée des monuments religieux des régions mexicaines bien d’autres arguments à faire valoir en faveur des origines asiatico-boaddhignes (le mot est de M. d’Eichthal), de l’une au moins des civilisations qui ont anciennement fleuri dans ces contrées.
Je ne veux m’occuper aujourd’hui, comme le dit le titre de cet article, (jue de deux des symboles les mieux caractérisés du bouddhisme, c’est-à-dire du svastika et de la roue, qui ont suggéré à M. Bertrand de si curieu.x rapprochements.
Le svastika ne s’est jamais rencontré, à ma connaissance du moins, sur aucun monument du Mexique proprement dit; mais les dernières recherches poursuivies chez les pneblos du Nouveau- -Mexique ont nettement démontré la présence do ce signe sur des objets encore aujourd’hui en usage dans certaines cérémonies de ces Indiens demi-civilisés.
Ces Pueblos, dont la propagande catholique, quoique longuement poursuivie, n'a entamé ni les croyances, ni les habitudes religieuses, et qui ont conservé jusqu’à nos jours un rituel archaïque particulièrement curiepx, brandissaient encore dans certaines danses , au moment de l’expédition de M. Stevenson (18711), des hochets formés d’une calebasse discoïde, ornée de peintures polychromes et dont le centre était décoré d’un svastika bien dessiné'.
.M. Stevenson vient de donner, sans commentaire, la représentation d’un de ces curieux engins qu’il a recueilli chez les Wolpi’,
1) Deux croix obliques coupent la lifrne noire qui encadre la circonférence de la calebasse.
2) J. Stevenson. Iltustnited Caloloijue of thr Collection obtnined frornthe Inilians of New Mexico and Arizona in i879 {Second Annual Report of the Rureau of Ethnologij t» the Secretary of the Smithson Instit. Washington 1883 in-8, p. 394). Voici en quels termes M. Stevenson décrit ce hochet de danse : Dancerattle mnd from a smal gourd, cmbellished in colorsof black, red and white. The gourd is perforated at ench side, through v'hich a stick is passed fora handle Cross S's on eaeh side. See fig. ôtVJ.
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et le Musée du Tmcadéro doit à la générosité de AI. Spencer- Baird, secrétaire de l’inslitution Smilhsonienue, uii autre instrument fort semblable dont la (ig. 4o ci-jointe reproduit une des faces.
On pourrait encore prendre pour autaut de svastikas quelque peu modifiés, les tètes d’oiseaux à longs becs gravées à la surface
Fig. 4ü. Hochet de danse des Indiens Wolpi, formé d’une gourde aplatie percée de deux trous par lesquels passe un manche en bois léger. Le swastika est peint eu noir sur fond blanc, au centre de chaque face et au milieu d’un disque rayonnant. (1/4 grand, nat. Mus. d'Elhnogr. Coll. Inslit. Smiths.)
de plaques de coquilles découvertes à diverses reprises dans des 7nounds. AI. Holmes a réuni dans les planches LVIII et LIX de son beau mémoire Art in ShelfA les dessins de quatre de ces disques à tètes d’oiseaux, dont trois proviennent des stone graves du Tennessee *.
Les deux premiers offrent au centre une ligure en forme de roue dentée, à quatre rayons droits, encadrée d’un triple carré bouclé à scs quatre angles. Dans le troisième, l’ornement médian est réduit à un disque centré d’un petit rond ; sur le dernier, le
1) \V. H. Holmes. Art in Shell of the nneient Americnns. (Second Annual Report of the Bureau of Elhnologg. p. 282-284, pl. LVIII-LI.X.)
2) Trois sont du Tennessee, le quatrième est étiqueté « Mississipi » sans autres détails.
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symbole a été eiïacé par l’usure et l'on ne peut plus voir que quatre larges œillets, destinés à attacher la plaque.
De chacune des faces des carrés, entre les boucles angulaires, émergent, je l’ai déjà dit, des tètes d’oiseaux à longs becs largement ouverts , qui regardent toutes dans la même direction que les crochets terminaux des quatre bras du svastika des Pueblos. Ces tètes d’oiseaux rappellent de bien près les tètes de chevaux qui formeut les extrémités de cette espèce de svastika que Lambert a rencontré sur quehjues médailles gauloises *.
Il n’est point sans intérêt de juxtaposer à ces observations sur
Fig. 46. Disque feslouué Iscalloped disk) représentant la figure solaire. (D'après uu dessin de M. VV. Putnaui.)
l’existence du svastika en Amérique quelques renseignements relatifs à la roue, qui se rencontre parfois aussi sur des monuments du Nouveau-Monde. Cette roue est le plus ordinairement formée d’une sorte de croix grecque inscrite dans un cercle *. M. Holmes a représenté, à l’article The Cross de son mémoire déjà cité, quatorze roues simples à (juatre rayons droits gravés ou découpés dans le cuivre, la coquille, etc. s. Deux autres sont gammées, c’est-à-dire que chacun des rayons se recourbe vers la
t) Lambert. Kssai sur la nuinismaliijuc yauhjisc, 2” partie, pl. .\1I, n® 19, l’aris, 1864, in-4.
2) W. IL Holmes, op. cil. pl. Ll, LU, LUI.
3) Ces croix se montrent pour la plupart sur des hausse-col en coquille {shell gorgets) provenant des mouiids du Tennessee, de l’Ohio, de l’Illinois. D’autres sont gravées sur pierres peintes, sur poteries ou découpées en cuivre (\V. H. Holmes, op. cil., p. 273). L’usage île ces shril gorgets ornés d’une roue s’est maintenu longtemps chez quelques tribus indiennes, ce sont les « runtees ». tld. ibid., p. 228 et suiv. et pl. XXX VI. — Cl’. Schooicraft. Ilislory of the Indian Tribes, vol. 111, p. 79, pl. X.XV.)
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circonféreuce coninio dans lo svastika. iJans ruiie de cos roues les quatre gainmas, coinplèteiuent imbriqués, sont cantonnés d’autant de petits cercles; dans l’autre, l’extrémité de chaque rayon s’élargit seulement un peu en nue sorte de triangle irrégulier.
Une dernière roue est régulièrement découpée en huit secteurs, non plus droits, mais courbes, alternativement noirs et blancs et qui forment une sorte de tourbillon.
M. Holmes a encore groupé dans les planches o4, oo et 56 de son mémoire* sept plaques dites festonnées [scalloped disks) provenant de mounds ou lumulus et dont le centre représente, âmes yeux, du moins, autant de roues à rayons courbes. Ces rayons ne sont plus qu’au nombre de trois ou de quatre, et sont encadrés d’abord d’un cercle, puis de deux rangées concentriques de médaillons, au nombre de six ou neuf pour l’interne et de treize à quatorze pour rextorne. La ligure 34 reproduit un do ces scalloped disks, publié par M. l*ulnam dans l’un des rapports du Peabodij Muséum^. Ces plaques, dont la disposition générale rappelle , dans une certaine mesure , la célèbre piedra del sol de -Mexico, sont, à mou humble avis, de véritables monuments solaires, et la ligure centrale y représente l’astre du jour sous une forme simpliliée qui s’écarte peu de l’une de celles qu’il a prises dans quel<iues monuments antiques de l’Ouest de l’Europe.
M..1. Jones, qui a découvert dans le Tennessee un de ces disques en coquille et eu a publié la description très détaillée 3, a rapproché cette pièce de l’ornemout symbolique dit Tae-heih que l’on voit reproduit dans certaines œuvres chinoises et dont nous donnons plus loin (lig. 47) la représentation d’après la céramique de Jacquemart*.
« Dans un sarcophage de pierre construit avec soin, dit l’archéologue de la Nouvelle-Orléans, et dans lequel gisait un squelette
1) \V. n. Holmes, oy. cil-, p. 273-279 el pl. LIV-LVI.
2) F. W. Putnam Arcliu’oloçiicnl exploration in Tcnne.‘isee {Klcvmth Annual Ilpporl of the Truslces of Ihr. Peabodt/ Muséum, vol. Il, n“ 2, p. 3i0, 1878).
3) J. Jones. Exploration of the Aboriijinal liemuins of Tennessee. (Smithson. Contrib. to Knoicledtje, n“ 259. Washington, Smithson. Inslil., oct. 1876, in-i, p. 43.)
4) Jacquemart, Merveilles de la Cérami'jue. Pans, 1866, m-8, t. I, p. 57.
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regardant vers le soleil couchant », fut trouvé ce bel oruemeni coquille, large de 4 pouces 4. Il reposait sur le sternum, la surface concave par-dessus. Cette surface concave avait été couverte de peinture rouge, dont il restait encore des traces bien apparentes.
La surface convexe correspondante est soigneusement polie el plane, à l’exception de trois marques en coup d’ongle et de deux petits trous de suspension, bien apparents aussi sur la face concave ornée d’un ])ctit cercle (ju’entoureut quatre bandes concentriques de dilférent relief. « La première bande est remplie par
une triple volute; la seconde est plane, la troisième est pointillée et porte gravées, à des distances inégales, neuf petites bossettos rondes. La bande externe enfin est formée de quatorze autres petites bossettes ellipticpies dont les contours externes forment le bord festonné de la pièce. »
Le rapprochement proposé par M. .). .loues entre ce symbole et le symbole chinois qu’il lui juxtapose, n’est acceptable (pu* dans une certaine mesure. Ainsi que l’observe d’ailleurs lui-même le savant antiquaire, une division ternaire est substituée dans le disque américain à la division binaire essentielle au 7’ac-//c/ des Chinois'; cette dernière se trouve, au contraire, reproduite à peu
1) « Les philosophes chinois, dit noire auteur, d'après Fr. Davis (The Chinesr. A General Dcseriplion of China and ils inhabitunts, II. p. 147), parlent de l’o-