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LE SVASTIKA ET LA ROEE SOLAIRE EN AAIÉRIQUE

plus étroites que celle dont M. .1. Jones entretenait ses lecteurs il y a quelques années.

Il reste acquis, en tous cas, et cela ne manque point d’oflrir une réelle importance, il reste ac({uis, dis-je, qu’il a existé chez les peuples civilisés de l’Amérique, une conception symbolique commune représentée par un cercle coupé d’un nomljre variable de secteurs plus ou moins incurvés. An >[exique, le signe du jour était ainsi circulaire et partagé en quatre secteurs courbes*. Un cercle à trois secteurs beaucoup plus incurvés, figurait au centre des scalloped diaks des .Monnds builders. Enfin chez les Yuncasel les Chimus de la cote péruvienne, le cercle n’était plus décomposé qu’en deux secteurs d’égale étendue*.

Quoiqu’il en soit d’ailleurs, toutes ces roues américaines, celles des scalloped disks en particulier, rentrent dans le type des roues solaires, et l’on peut s’expliquer leur dilTusion à travers le Nouveau Monde, par la prédication bouddhique qui a importé dans les mêmes contrées le svastika dont je parlais plus haut, les attitudes spéciales, les croyances et les cérémonies que M. G. d’Eichthal a rappelées, enfin tout cet ensemble d’institutions d’un caractère si particulier qui se résume dans les noms de Quetzalcoatl^ de Cucidkan ou de Viracocha.

1) Cf. Ctavifrero. 9>lwia Antica del Messico. Cesena, 1780, in-4, t. II, p. 192, fig. A. — Etc.

2) Elle fait partie de la collection d’antiquités américaines que M. Boban vient d'emporter à .'\Iexico.

DEUXIlvMK J)ÉCAI)K

LE ClMiaiKIlK ÜK TKMiNKl'ANCO ICT MiS SACHIKICKS A TLALOC

M. Désiré Charnay explorant, pour la preniièro fois, il y a vingt-six ans, les pentes septentrionales du Popocatepetl, avait découvert à une liauteur considérable, sur un petit plateau appelé lonenepanco, dos débris d'antiquités, vestiges de quebjue station funéraire antérieure à l'arrivée des Espagnols.

Les circonstances se prêtaient mal, en 1859, à l’organisation d une fouille régulière et méthodique. Notre voyageur dut donc se contenter d’effleurer le sol et (renlevcr quelques menus objets ; mais il s’était promis de revenir un jour exploiter ce singulier gisement, que son altitude lui faisait à bon droit considérer comme véritablement exceptionnel.

De longues années s’écoulèrent sans (jiie M. Charnay put réaliser ce projet. Placé enfin à la tête d’une mission scientifique que subventionnaient, à la fois, le Ministre de l’Instruction publi(}ue et .M. Pierre Lorillard, de New-York, M. Charnay eut à sa disposition les moyens d'action qui lui avaient autrefois fait défaut et le 7 juillet 1880 il entreprenait, à la tète d’une escouade de travailleurs, une exploration méthodi(|ue du cimetière indien de Tenenepanco, dont le Tour du .]fo7idr, <lu o novembre 1881, a fait connaître les principaux résultats '.

Les montagnards qui avaient vu notre voyageur rapporter de son ascension de 1859 quelques terres cuites plus ou moins ébi échées avaient tenté d’en trouver d’autres, pour les vendre aux antiquaires de .Mexico. Ils avaient bouleversé en partie le plateau, où les premières recherches avaient été faites. Les dalles qui circonscrivaient l’enceinte funéraire ou en recouvraient les tombes, avaient été en partie arrachées, et de nombreuses pièces,

1) D. Charnay, Mes découvertes au Mexique et dans l’Amérique du Centre (le Tour du Monde, I. XLII, p. 289 et suiv.,5 nov. 1881). — Cf. td. Les anciennes villes du youveau Monde. Paris, Hachette, 1885, in-i, p. 139- 146.

DKOAÜKS AMliaiCAl.N KS

exlrailos sans précaution dos sépultures, avaient été descendues mutilées à Amecameca.

Il restait tuntefois assez de choses en place pour récompenser largement de ses j)eines notre vaillant explorateur. .Malgré les obstacles natunds oj)posés à ses recherches, M. Charnay a pu contitlèlement fouiller à quatre mille mètres au-dessus de la mer un espace de douze mètres sur trente (lig. oO) et y recueillir trois cent soixante-dix pièces, à peu près intactes, qui sont aujourd’hui déposées dans les musées de .Mexico et de Paris.

Ce cimetièr(; de Tenenepanco n’étail pas un cimetière ordinaire : non seulement il était situé dans des conditions d’accès particulièrement difficiles, à cent cinquante mètres au-dessus des limites de la végétation aihorescente et à quatre ou cinq lieues de toute habitation; il se présentait en outre sous un aspect de désordre tout à fait singulier. Les lombes étaient creusées comme au hasard, sans aucune orientation, sans aucune espèce de méthode, et les corps y avaient été jetés pêle-mêle dans les fosses, tantôt seuls et tantôt groupés, dans toutes les attitudes et à toutes les profondeurs. L’un était ramassé sur lui-même les genoux touchant le menton et les bras repliés autour; l’autre était couché tout eu long et la tête de son voisin était placée entre ses jandjes. Telle tombe gisait à vingt ou viugt-ciuq centimètres, telle autre se dissimulait sous un mètre quatre-vingt de sable mélangé d’argile, do tobé, de cendres et de pierres ponces.

Les ossements étaient complètement pourris pour la plupart, M. Charnay recouvrait vainement les moins endommagés d’une couche de stéarine bouillante ; il ne réussissait à sauver que des débris suffisants (ce qui était essentiel, on va le voir) pour déterminer l’àge des sujets, mais malheureusement dépourvus de toute signilication ethnicjue'. C’étaient des portions de crénes plus ou moins déformés, des morceaux de mâchoires encore

1) Ct‘. E.-T. llamy, Anthropnlogie du Mexique {Recherches zoologiqucs pour servir à V histoire de lu faune de l’Amérùpte centrale et du Mexique, 1« partie, Paris, Imprim. Nat., 188t, in-4, p. 29). « Le poids des terres a déformé presque toutes ces pièces détrempées par l’humidité du sol, et l’on peut seulement constater qu'une bracliycéphalie très marquée dominait chez les mieux conservées. Deux des tètes ont même, dans leur état actuel, le diamètre Iransverse jilus grand que l’antéro-postérieur. »

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Fig. üO. Plan ihi cimetière de Teueuepauco.

!• pii’eclioii de rizlaccihuall. — 2. Tlumacas. — 3. Popocatepell. — l. Pic du .\loiue. .1. Nombril du .Moiue. — 6. Barrauca de -Mispayuulla. (ü'après le dessin original de .M. Désiré Charnay.)

DÉCADES AMÉRICAINES

armées d’une partie de leurs dents, des fragments d'os longs, radius, cubitus, etc. Il n’y avait plus aucune trace du squelette des extrémités.

Chose vraiment remarquable, tous ces os, quels qu’ils soient, dans quelque tombe qu’ils aient été trouvés, sont des os de jeunes sujets. J’ai reconnu dans la caisse adressée au .Muséum de Paris par M. Cbarnay des parties de cinq crânes, ces cinq crânes sont des ci'fhies d'enfants ' et aucun fragment de membre ne signale la présence d’un adulte. Nous aurons à revenir plus loin sur cette particularité.

Chacun de ces squelettes d’enfant est entouré d’objets plus ou moins nombreux, presque tous eu terre cuite ^ Ce sont des sébilles de grandeurs diverses, mais dépassant rarement quinze à vingt centimètres de diamètre (une île ces sébilles s’est rencontrée coiffant une tète qu’elle avait déformée) ; ce sont encore des coupes montées sur trois pieds ; des cruches au ventre plus ou moins rebondi, ornées de peintures rouges qui représentent des disques, dos dents de loup ou une main ouverte; des })Ots de dilféreutes formes, plus ou moins orne'mentés ; des coupelles, des gobelets, avec ou sans anses; des cornets, des biberons, enfin des jouets d’enfants, de modèles très variés.

La matière de tous ces objets est une argile bien épurée, plus ou moins complètement cuite®, adroitement modelée à la main, sans le secours d’aucune espèce de tour, lissée ensuite, lustrée, |)uis parfois peinte avec des couleurs minérales, blanc, rouge orangé, brun ou noir brunâtre.

Les reliefs y sont habituellement obtenus par des procédés assez élémentaires : les formes générales une fois déterminées à l’aide du pétrissage, les détails sont exécutés au moyen de boulettes ou de pastilles, et de petites bandelettes de terre, appli-

1) M. Charnay parle bien dans son texte du Tour du Monde (p. ‘-92), d’une fennme dont il aurait préservé la tête : c’est une erreur. Il n’y a pas. dans les os envoyés de Tenenepanco, le plus petit débris qui provienne d’un adulte.

2) Il y a aussi, dans la colleclion, des obsidiennes taillées de diverses formes, et quelques spécimens de bijoux en pierre polie, chulchihuitl, etc.

3) On voit sur les cassures une zone plus ou moins épaisse d’un rouge orange qui entoure une bande centrale demeurée d’un gris noirûtre.

J.K lIMKTIKUK DK TK.NKNEl’ANCO

quécs sur la pièce par la pression des doigts. L’n h.Uonnet, un peigne d’os ou de bois ont servi à tracer ensuite par-dessus ce past/7la</e certains traits complémentaires.

Cette manière de modeler la terre et de la décorer est relativement archaïque au Me.xique comme dans l’Ancien Monde, c’est celle que l’on rencontre au Cerro de las Calmas, par exemple, dans des sépultures qui sont, à bon droit, considérées comme les plus anciennes connues do tout l’Anahuac. On la retrouve dans les strates inférieures des vieilles villes tôltèijues de Tulaou de Teotibuacan et dans quelques cimetières primitifs des états de Tamaulipas, de Vera-Cruz, de Tabasco, etc.

Les motifs de décoration ne sont pas moins archaïques. Le plus souvent ils se rapportent en efi’et au culte des divinités les plus anciennes que l’on connaisse au Mexique, c’est-à-dire, des divinités des montagnes, des orages qui s’y forment et des eaux qui en descendent : Tlaloc et Chalcliiuhtlicue.

Les pieds des vases ont presque exclusivement la forme de têtes de mammifères ou d’oiseaux aquatiques. Les bords des coupes sont parfois surmontés de tètes de couleuvres, animaux dédiés aux montagnes [tepetl), résidence do Tlaloc cl de sa fidèle su'ur et compagne'.

Cuis ce sont les dieux eux-mèmes dont les images dessinent leurs étranges reliefs sur le galbe des poteries, (^halchiubllicue se présente sous l’aspect d’une femme qui porte sur les épaules, cerclée de plusieurs courroies, une grande cruche pleine d’eau; c’est presque sous le même aspect que s’est montrée à .MM. .1. Sanchez, ff. Mendoza et Yelasco, la gigantesque statue de pierre de la déesse découverte à San-.Miguel Loatlinchan en 1882^

Tlaloc a sa physionomie ordinaire, bien connue des lecteurs de ce recuciP.

Deux boulettes arrondies, entourées d’un large cercle plat, lui

1) Sahapun, Histoire (jàin'iile des choses de la Nouvelle Espayne. Trad. Jourdanet et Siméon, liv. It, ch. xm, p. 71 et74.

2) J. Sanchez, Estatua colosnl delà Diosa del Ayiia. {Anales de! Museo National de Mexico, l. lit, p. 27 et 30, ylam., 1882. Cf. Revue d’Ethnoyr., t. IV, p. 361-302.) — La statue de Coallinchan p'^rtuit la cuve sur la tête.

3) Cf. E.-T. Hamv. Jy/ croix, de Téotîhuacan nu mnsi^e du Troendéro. {Revue d'Elhnot/r., t. I, p. ■/,i()-428. 1882.)

DÉr.ADKS AMÉRICAINES

forment une paire d’énormes yeux, où l’on voit quelquefois se dess'tior vag-uement une prunelle à l’aide de deux fossettes qui limitmt le disque central en dedans et en dehors’. Le nez est grand et droil, orné parfois d’un appendice suspendu à sa cloison, la lèvre porte le tortillon en forme do moustache, image de la nuée, qui est propre cà Tlaloc et d’où se détachent, au nombre de deux, trois, ou quatre, les pendentifs aussi appelés dents, qui représentent la pluie. Les oreilles, à peine indiquées, ont leurs lühules percés, pour loger de volumineux cylindres; le front porte le nœud caractéristique, si souvent figuré dans les anciennes peintures indigènes; le cou est orné d’un collier de grosses pierres; enfin une hlouse serrée à la taille par une ceinture, complète le costume. Le hras droit brandit la foudre figurée sous la forme d’un serpent; tandis que le gauche soulève une espèce de lourde massue.

Tel est habituellement le Tlaloc archaïque de Tenenepanco, tel il se retrouve à peu près dans les vieilles terres cuites des Otomites ou les anciens masques et les statuettes de pierre des Zapotèques.

Tlaloc dont le culte se rattache plus intimement cà la religion des populations des hauts plateaux, Tlaloc passait aussi pour la plus ancienne divinité connue des Ncahuas Bien avant que les immigrants Acolhuas aient atteint les lagunes (xi* siècle de notre ère)* on vénérait sur les sommets qui les enceignent le dieu des eaux. Son culte était notamment établi sur la montagne la plus élevée de la chaine de Tetzcoco, qui portait encore le nom de >no)it Tlaloc au moment de la conquête espagnole.

L’idole que les Acolhuas trouvèrent en haut de ce sommet était taillée dans une pierre blanche poreuse semblable à de la ponce ; sa forme était celle d’un homme assis, la face tournée vers

t) Parfois, l’œil est représenté par une fente liorizontale ménagée dans l’intérieur du cercle en relief, sorte d’oculaire du dieu.

2) « Dicen que este Dios Tlaloc, es et mas antiguo, que huvo en esta Tierra, despues que se poblô de las .\aciones, que aora la poseen. » (Torquemada, lib.VI, ch. xxni, éd. cit., t. II, p. 4.5.)

3) Cf. IMhochWl, Histoire (tes Chkhiini'iiues, ch. v, trad. Ternaux Compans, t. I, p. 37.

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