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LES STATUES DE TEHUACAN DE LAS GRANADAS

particulièrement terrible, ainsi que le démontre l’hiéroglyphe dont le sculpteur a caché le relief derrière la tête (fig. 21). Cet hiéroglyphe représente en effet une tête de mort vue de profil, entourée de deux séries de rayons et à droite de laquelle sont huit, petits disques numériques. Cet ensemble doit se lire Chicuei (huit) Miquiztli (mort) ; huit, mort.

Or Chicuei Miquiztli est dans le calendrier astrologique mexicain, le huitième jour de la septième treizaine {ce-quiauitl) et c'est le seul jour dans la série du tonalamatl où le signe

Fig. 58. Hiéroglyphe représenté en relief sur l'occiput de la statue de .Miquiztli.

Miquiztli, nom du jour, coïncide avec le même signe Miquiztli, employé comme symbole du cinquième des Seigneurs de la \

las manos eslan en actitud de hacer presa, y las tiene encallecidas de tomar hombres para la muerle ; la adorna una enagua de culebras. Es tambien Coatlicue, la tierra en la nocbe, la muerte. » Et dans ses notes au catalogue de M.M. Mendoza et Sancbez, il dit encore (Ibid., t. Il, p. 484) : « No solamente Miquiztli, otras deidades tienen per cabeza una calavera, como son Coatlicue i Izpapalotl : asi es que para classificar las justamente, es preciso atender a sus otros attributos. Aqui es Coatlicue que significa enagua de culebras, y en efecto, tal enagua se ve en el idolo. Coatlicue es una de las representaciones de la terra en cuyo seno se depositan los cadaveres, y por eso la vemos con las manos encallecidas de tomar muertos. » M. Cbavero n’a pas vu plus que ses prédécesseurs les hiéroglyphes placés sur l’occiput de la statue, et sur l'étude desquels repose l’interprétation que je propose.

1) On nomme tonalamatl le calendrier archa'ique d’origine manifestement lunaire (les Nabiias l’appelaient aussi Metztlapohualli, compte de la lune) qui se combinait chez les Mexicains avec le calendrier vulgaire divisé en vingt trcizaines. L’année y est de 260 jours. Les ligures des 20 jours de chacun des mois du calendrier vulgaire s’y suivent dans l'ordre habituel, mais la numération change à partir de 13, de sorte que la seconde treizaine ou tridécatéride voit coïncider son premier jour avec le quatorzième de la série vulgaire. Il résulte de cette combinaison que dans la période des 260 jours, aucun signe n’est affecté deux fois du même numéro d’ordre dans les treizaines, et que par conséquent la combinaison du numéro d’ordre dans la treizaine et du nom du jour suffit à caractériser ces 260 jours du tonalamatl. .Mais le deux cent soixante et unième jour de l’année vulgaire répéterait exactement le premier

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C’est un jour plus particulièrement placé sous la puissance de la mort, jour terrible entre tous et dont l’influence était regardée comme particulièrement néfaste. Sahagun nous apprend que « ceux qui naissaient ce jour-là étaient mal vus et détestés de tout le monde. » Ils avaient d’ailleurs, ajouta-t-il, selon les Mexicains, « toutes les mauvaises inclinations et les pires vices qui existent »

II. — A celte horrible figure de la mort fait pendant, dans la salle d’entrée du musée de Mexico, une seconde statue, aussi trouvée à Tehuacan de las Crenadas et dans les attributs un peu indécis de laquelle on est tout porté à chercher exactement le contraire de ce que la première vient de nous montrer si clairement. A la déesse de ténèbres et de mort on veut opposer un dieu de lumière et de vie ; à côté de celle qui détruit on place celui qui crée, X.iublecuhtlitletl, dont M.Chavero croit retrouver les ornements symboliques en quelqnes parties de la sculpture*.

« L’autre statue, écrit le savant archéologue dans le mémoire cité plus haut sur la Piedm del Sol, représente un beau jeune homme aux yeux vifs faits d’ivoire (?), il a sur l’épaule les rayons symboles de la lumière et le faisceau de quatre feuilles qui forme le cycle ou xiuhmolpilli ; sur sonmanlelet (ayatl) se voit une bordure d’étoiles dans l’azur du firmament. Quelques-uns croient que ce pourrait être Iluitzilopocbtli, ajoute M. Chavero,

si une nouvelle combinaison n’intervenait. C’est celle des «< nueve Buenos, Senores o Acompanados de la noche. » des neuf gardiens, seigneurs ou accompagnateurs de la nuit, superposés sur le tonalamatl aux signes des jours dans chaque treizaine, et dont les combinaisons avec ces jours et ces treizaines peuvent s’élever au nombre de 2340, puisque 20 X 13 X 9 = 2310.

Au huitième pur de la septième treizaine, Miquiztli, gardien de la nuit, est superposé à Miquiztli, signe du jour, et ce qui fait huit Miquiztli Miquiztli.

1) Fr. B. de Sahagun, Histoire îles choses de la Nouvelle Espagne, liv. IV, ch. XIII, trad. fr. de Jourdanet et Siméon. Paris, 1880, p. 258.

2) « La otia estatua, écrit M. Chavero, dans le mémoire cité plus haut sur la Piedru del Sol (p. 298) est un mancebo hermoso, con ojos vivos formados de morfil ; tiena à la espalda los rayos simboles de la luz, y el haz de cuatro hojas que forma el ciclo o xiuhmolpilli ; y en su àyatl se ve aùn una orla de estrellas en el azul del firmameiito. Alguiios quieren que este dios sea Huitzilopochtli... entonces serian la madré yei hijo, ajoute l’auteur en rapprochant les deux figures, puis il ajoute : Pareceii Xiuhlecuhtlitletl y Coatlicue, el dia y la noche, el creador y la destruciora, la vida y la muerte, los dos dioses que estan à los exlremos de la humaiiidad en el movimiento eterno de los raundos. »

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les deux divinités seraient alors le fils et la mère. « Elles me paraissent être, continue-t-il, Xiuhtecuhtlitlell* et Coatlicue, le jour et la nuit, le créateur et la destructrice, la vie et la mort.

Fig. 59. N.iuhecatl, statue symbolique de Teliuacau de las Grauadas (d’après uu moulage conservé au .Musée d’Ethnographie).

les deux divinités qui dominent les extrêmes de l’humanité dans le mouvement éternel des mondes. »

1) La figure de Xiuhtecuhtlitlell, qui revient si fréquemment dans le tonulamatl comme symbole du premier « de los senores o acompanados de la noche » n’a rien de commun avec l’hiéroglyphe, dont le lecteur a la reproduction sous les yeux (fig. 60) et la description de son image dans Sahagun {trad. cit., p. 28 et suiv.) ne suggère aucun rapprochement avec celle de la deuxième statue de Tebuacan.

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La lecture de l’hiéroglyphe occipital qui a échappé à l’attention de M. Chavero, ne confirme point sa manière de voir. Cet hiéroglyphe représente en effet une tète d’animal fa^ntaslique (fig. 60) au grand œil ovale, au nez relevé en une sorte de petite trompe, à la bouche ouverte d’où l’on voit sortir une langue bifide et pendante, et un gros crochet latéral. Cette tête, entourée de rayons (on en voit neuf dans le profil) est la tête symbolique de Ehecatl, la personnification du vent, l’une des manifestations les plus vénérées du dieu Quetzalcoatl *.

A droite du signe hiéroglyphique sont quatre signes numé-

Fig. 60. Hiéroglyphe représenté en relief sur l’occiput de ta statue de Nauhecatl.

riques et l’ensemble se lit (quatre) Ehecatl (vent) et par contraction Nauhecatl.

Nauhecatl (quatre vents), quatrième jour de la septième treizaine, était encore un jour fort important dans le tonalamatl. « On tuait ce jour-là, nous dit Sahagun, les malfaiteurs qui étaient en prison , le roi avait la superstition d’y faire sacrifier quelques esclaves. Les marchands et les négociants affichaient et vantaient les joyaux qu’ils mettaient en vente, les exposant au grand jour pour que tout le monde les vît et, la nuit étant venue, ils mangeaient et se livraient à la boisson. Ils se pavanaient alors sous les fleurs, continue le vieil historiographe, fumaient leurs tubes parfumés et s’assey.ant sur leurs sièges, chacun commençait à se vanter des gains qu’il avait faits, des pays lointains où il était parvenu, et il parlait des autres avec mépris, disant qu’ils valaient peu de chose, qu’ils étaient moins riches et qu’ils

1) Ce type de Ehecatl paraît dérivé par une série de déformations successives de celui du singe soufQant qui représente si souvent le Dieu.

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