LA CROIX DE TEOTIUUACAN AU MUSÉE DU TROCADÉRO
Lorsque les Espagnols, conduits par Francisco Hernandez de Cordova, abordèrent en 1517 à la côte de Campêche, ils furent extrêmement étonnés de voir sur ce rivage encore inexploré des <( images en forme de croix, peintes de figures d’indiens' » qu’adorait ce peuple inconnu et qu’il plaçait sur les tombes de ses morts.
L’année suivante (1318) Grijalva et ses compagnons trouvaient dans 1 île de Cozumel, une croix de très grande dimension. « Il v avoit, dit Ilerrera dans son Histoire tjénérale des Indes occidentales un petit enclos basty de pierre et de cbaux, carrelé et fort reluisant et au milieu une croix de neuf ou dix pieds de hauteur*. >» L’historien castillan ajoute que les Indiens « tenoientcette croix
t) Bprnal Diaz. Véridique histoire des événements de la conquête de la Nouvelle Espagne, ch. lu, irarl. J. M. de Heredia. Paris, 1878, in-12, t. I, P* 20. — Cette trouvaille dut avoir un certain retentissement: le Portugais Galvàn lui a consacré un paragraphe de son livre sur la découverte du monde. Oviedo, qui en dit aussi quelques mots d’après le témoignage du pilote de l’expedition Anton de Alaminos, croit devoir en repousser le récit comme fabuleux. (Hisloria general y nalural de las Indias, islas y tierra firme del Mar Oceano, lib. XVI 1, cap. 3. Real Acad, de la Historia, Madrid, 1851, in-4, t. I, p. 497.)
2) Brasseur de Bourbourg dit que « c’est à cause de cette croix que Grijalva donna à cette ile le nom de Santa Cruz. {Hist. des nations civilisées du Mexique et de l Amérique centrale, t. IV, p. .41, n® 3. Paris, 1859, in-8). Le chapelain de la flotte de Grijalva, dont M. Icazbalceta a réimprimé le texte publié en italien en 1552 par Varthema, assure pourtant que l’île fut ainsi nommée « parce que c’était le jour de la Sainte- Croix >> c’est-à-dire le 3 mai, qu’on l'avait découverte. {Itinerario de lurmata del re cathrdico in India verso la isola de luchatan del anno .)!. D. XVll alla quai fu présidente et capitan general loan de Grisalva: el quel e facto per el capillo maggior de dicta Armada a sua altezza, texte italien et traduction espagnole m Cfdleccion de Documentes para la Historia de Mexico publicada por Joaquin Garcia Icazbalceta, t. I, p. 282. .Mexico, 1858, in-8. — Cf. Petrus Martyrus (ab Angleria), De insulis nuper inventis et de moribus incolarum earumdem (De rebus Oceanis et Orbe Novo. Basileæ, 15.-13, f* 69 r“. — Oviedo, lib. XVII, cap. 8 el 9. Ed. cit., t. I. p. 504-505.
DEOAUES AMEHICAN.E
pour le Dieu de la pluie et se tenoient pour asseurez que quand l’eau du ciel leurmaiiquoil et qu’ils prioieiit dévotement, il pleuvoil tout aussitôt*. »
Les progrès de la découverte firent successivement rencontrer d’autres monuments, jilus ou moins identiques à celui de Cozumel. « Ce n’estoit pas seulement en cet endroit, ajoute llerrera, qu’il y avoit de ces sortes de croix, il yen avoit par toute l’isle, et en plusieurs isles de Yucatan. Ils en virent aussi de lamesme façon, peintes, mais non pas de laton, comme dit Gomare*, car ils n’eurent jamois de cette sorte de métail, sinon de pierre et de bois’. « Dans l’île d’Ulua la croix était « de marbre, blanche et grande » et surmontée de ce que le narrateur du voyage de Grijalva appelle'» une couronne d’or*. »
Ces emblèmes cruciformes furent d’abord considérés comme d’origine récente, on en lit honneur, on ne sait vraiment trop pourquoi, aux Maures « chassez d’Espagne qui seraient passé par » On chercha ensuite à eu expliquer la présence par le naufrage de Ieroni.iio de Aguilar qui avait mis une première fois les Indiens en rapport avec les Castillans®. Enfin on attribua l’érection de toutes les croix yucatèques à un certain prophète maya, dont il est souvent fait mention dans les récits des premiers conquérants sons les noms de Chilam Cambal ou Cliilan Dalan. Ce pontife'*, qui n’ignorait sans doute pas l’arrivée des Européens dans les îles et leur culte pour la croix®, aurait parcouru la
t) Herrera. Histoire générale des voyages et conquestes des Castillans dans les Isles et Terre Ferme des Indes Occidentales, Irad. N. de la Cosle. Paris, 1660, in-4. t. 11, p 159.
2) « AMi se hallaron cruces de laton y palo sobre muertos, » avait écrit Goinara. {Hist. de las Indias, cap. 52.) « Entre ellos (dioses) niuchas cruces de palo y laton. » ( Ibid., cap. 54.)
3) llerrera, Trad. cit., t. H, p. 159.
4) Icazbalceta, Coleccion de Documentas para la Historia de Mexico, t. 1, p. 307.
5) llerrera, Trad. cit., t. II, p, 159.
6) Ce naufraf,^e, dont le diacre leronino de Aguilar et le marin Gonzalo Guerrero avaient été les seuls survivants, avait eu lieu en 1511 « en los baxos... de las Vivoras. » (Fr. L. de Gomara, Historia de .Mexico, con et descubrnniento de la iSueva Espana. .Envers, 1551, in-12, !• 212. — IJ. Uiaz, trad. cit., ch. xvn et XXIX.) Lorsque, six ans plus tard, Cordova vint à Catnpèche, les Indiens l’accueillirent aux cris de Castila, Castila. (B. üiaz, trad. cit., ch. ni et xxvii.)
7) Il était urand prêtre de Tixcacayorn Cauich, en .Muni.
8) Dès 1502, les marchands du Yucatan avaient entendu parler de l'arrivée