‹ Mémoires d'archéologie et d'ethnographie américainesChapitre 22 sur 43 · L.\ CROIX DE TEOTIHUACAN AU MUSÉE DU TROCADÉRO · texte numérisé non relu

L.\ CROIX DE TEOTIHUACAN AU MUSÉE DU TROCADÉRO

contrée peu de temps avant la conquête, une vingtaine d’années peut-être après le premier voyage de Colomb, annonçant la venue à bref délai d’hommes blancs et barbus qui allaient arriver du côté de l’est et arborer ce symbole que lui-même érigeait, par anticipation en quelque sorte, dans la cour des temples yucatèques'.

Les croix que Francisco de Montejo avait trouvées chez les Tululxius, dont la capitale est Mini, à quatorze lieues environ de la ville actuelle que Mérida, pouvaient donc être modernes, aussi bien que celles que Cordova, Grijalva, etc., avaient rencontrées sur la côte, et Torquemada, qui se refusait à croire à l’antiquité des croix de la Nouvelle-Espagne, n’a point manqué de récuser les unes comme les autres. Cet écrivain ne tenait malheureusementaucun compte du rôle traditionnel que jouaient ces symboles dans le culte des Mayas. Lespratiques religieuses toutes spéciales, dont la croix était entourée, ne pouvaient cependant en aucune façon se rattacher à la prédication récente du prophète Chilam Cambal, bien moins encore au séjour de quelque naufragé de Castille ou de quelque Maure expulsé de la péninsule ibérique. On ne voyait point, en effet, de lien bien apparent qui pût rattacher l’idée de pluie à une forme cruciale. Il était donc raisonnable de croire que l’on se trouvait en présence d’un signe ayant subi des déformations assez grandes pour qu’il fût devenu impossible au

(les blancs aux Antilles (Man. Orozeo y Bc’rra, anlig. y de la Con-

cquista de México. Mexico, 1880, in-8, t. 111, p. 484). C’élaieiil depuis lors de continuelles alarmes; les rumeurs qui couraient à ce sujet jetaient [lartout la onslernation, car l’accomplissement des anticjues prophéties impliquait l’extermination des nations.

1) « .. L’on apprit que peu d’années auparavant que les Castillans y arrivassent, un Indien, l’un de leurs principaux Lrestres afipelé Chilam Cambal, qu’ils tenoienl entre eux pour grand prophète, dit ; « Que dans peu de temps il arrive- <( roit en leur terre des gens barbus et blancs qui viendroient d’où sort le soleil, « et qu’ils porteraient l’estendard de la Croix, semblable à celle qu’il leur montra, a devant laquelle leurs dieux n’oseroient paroistre, et fuieroienl devant elle; que « ces gens dornineroient la lerre et ne feroient point de mai à ceux qm voudroient « vivre en paix avec eux, et qui abandonneroient leurs idoles et adoreroient un « seul Dieu, qui est ceiuy que ces hommes adoroient. » 11 fil tistre une couverture de cotlon, et dit que le tribut qu’iis dévoient payer à ces gens-là dexoit esire semblable à cela, et manda au seigneur de Mmi, aj pelé Muhan Xtu, qu'il ollrist cette couverture aux idoles, aliti qu'elle lusi garuée, et fit laire la croix de pierre et la mit dans les cours (les temples, afin qu’elle Inst veüe, disant que c estait là le véritable arbre du Monde. » (Heriera, trad. cil., t. Il, p. lOy-lüO.)

DECADES AMERTCAN.E

XVI® siècle d’en démêler l’origine et qu’il fallait dès lors faire roremonter à une date relativement reculée.

On signalait d’ailletirs successivement d’autres monuments cruciformes, bien loin dans l’intérieur des provinces centrales, à Puebla par exemple, à ïlaxcala,à Cholula.à Texcoco, à Tula*, à Guatulco au sud-ouest de Tehuantepec, à Chacala enfin*, non loin du petit port de Compostelle, sur l’Océan Pacifique*.

Dans toutes ces localités, largement disséminées à la surface du pays, les croyances populaires faisaient des monuments cruciformes les emblèmes de la même divinité. C’était toujours Tlaloc qu’on adorait, Tlaloc, dieu de la pluie, de l’orage qui la produit et de la montagne où elle prend naissance. On invoquait partout cette divinité archaïque sous la forme de croix en pierre ou en bois plus ou moins analogues à celles des chrétiens et que, dans les descriptions d’ailleurs fort vagues des anciens auteurs castillans, on trouve comparées tantôt à des croix grecques et tantôt <à des croix latines.il devenait donc de plus en plus impossible d’attribuer à ces diverses figures si nombreuses et en même temps si éparses, les origines modernes que leur assignait Torquemada*. On se voyait contraint de reconnaître que si plusieurs de ces

1) Cf. Torquemada, Monarquia Irvliana, lib. XVI, cap. 27. Sevilla, 1615, in-P*, t. 111, p. 229; Holurini, Idea de una nueca hisloria general de la America Septentrional, fundada sobre malerial copioso de figuras, sgmbolos, caractères y geroglificos, cantares y manuscritos de autores indios ultimamenle descubiertos, Madrid, 1746, in-4, p. 43 el 50-52; Veytia, Ilistoria antigua de Méjico, éd. ürlega. Méjico, 1836, in-8, t. 1, p. 169-174.

2) Celle croix de Cliacala élail, dit Manuel Gulierrez, « une croix bien travaillée el sur son piédeslal certaines lettres antiques inconnues avec des pointillés en cinq lignes. » Ces caractères semblaient, ajoule-l-il un peu plus bas, « hébreux ou syriaques. » Ligerisimas noticias sobre antiguedades de Indias en la provincia de Nueva Galicia (Holetin de la Sociedad de Geogr., etc. 2» Ep., t 111, p. 279-280). Ce renseignement pris à un vieil auteur est, dit avec raison .M. Bancrol't, un spécimen des racontars absorbes sur une prédication ancienne de l’Evangile en ditrérents points du pays, qui font encore foi chez un grand nombre de personnes d'une certaine classe du peuple du Mexique (vol. IV, p. 573).

3) Je ne parle pas de la croix de Tepic, dont l’antiquité n’est rien moins que contestab'e. Ce symbole qui se développait sur le sol dans la direciion .N. 1/4 N.-E, S. 1/4 S. -0., à l’intérieur d’une petite construction élevée en son honneur, était un phénomène « végétal » dont on trouvera les mesures el la description sommaire dans le livre de ü. M ilias de la .Mole Padilla. {Ilistoria de la Conquista de la trovincia de la Xueva-Galicia escrita por el Lie. D. Matias de la Mota Padilla en 1742, publicada por la Soc. .Mexic. Mexico, 1870, in-4, p. 184-185).

4) Torquemada, Monarquia indiana, lib. XVT, cap. 28. Ed.cit., t. 111, p. 234.

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