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LA CROIX DE TEOTIHÜACAN AU MUSÉE DU TROCADÉRO

Non seulement ils ne se demandaient point si ces croix ne dérivaient point de quelque symbole inconnu ou inexpliqué, mais ils se contentaient des descriptions /ozi/ à fait sommaires que leur avaient léguées les écrivains dontils acceptaient si facilement les conclusions hasardées. On chercherait, en effet, vainement des renseignements précis dans les divers auteurs que nous avons nommés, sur les formes ou les dimensions de ces « images en forme de croix », sur les sculptures ou les peintures dont elles étaient ornementées'. Ces monuments ont disparu pour la plupart sans avoir été jamais figurés ni mesurés', quelques découvertes récentes, celles entre autres que nous devons à M. Désiré Charnay*, ont heureusement permis d’aborder la solution scientifique du problème, solution bien différente, je me hâte de le dire, de celle qu’avaient adoptée les pieux historiens de la Nouvelle-Espagne.

C’est dans la vieille capitale de l’empire toltèque, que M. Charnay a découvert en 1880 les précieux monuments dont la planche IV et la figure 69 donnent une idée assez exacte. Ces symboles cruciformes, au nombre de deux, ont été rencontrés dans les fouilles exécutées au sein d’un monticule qui se dresse au nord du Rio de S. Juan et à l’ouest de la grande voie qui mène à la ypramide de la Lune.

Ils gisaient sur un ancien sol à 2"',o0 de profondeur, la face sculptée en dessous, à l’intérieur des constructions que .M.Charnay désigne dans ses récits et sur ses plans sous le nom de palais

1) L'une des rares descriptions un peu détaillées de monuments plus on moins analogues à la croix, est celle que donne Boturini de la « Sanlissima Cruz del Cerro Tianguiztepec » dont il fait sans hésiter « la croix du Christ » en même temps qu’il retrouve, dans l'écu aux cinq boules blanches qui l’accompagne, le symbole des « cinq plaies du Rédempteur » Or cette croix du Christ n'est autre qu’un TAU, d'une coudée de hauteur, peint en bleu sur la roche et semé d'espèces d'étoiles blanches. (Lor. Boturini Benaduci, Catalogo del Museo indiano. Idea de una iSueva Historia General, etc., § XX, p. 43 et 51. Madrid, 1746. in-4.)

2) D. Charnay. Mes découvertes au Mexique et dans l'.imérique du Centre, § Xll. (Tour du Monde, n® 1088, 12 nov. 1881, t. XLII, p. 311-312).

DECADES AMERtCANÆ

tohèqve *. L’im d’eux fermait incomplètement l’entrée d’un souterrain, à laquelle on l’avait adapté.

En vertu des conventions passées avec le gouvernement mexicain, l’une de ces pièces a été transportée dans les galeries du Museo Nacional de Mexico, tandis que l’autre était envoyée à Paris et installée dans la galerie du musée du Trocadéro. C'est cette dernière que représente notre planche; en voici la description.

Elle se compose d’une grande dalle de grès, haute de 1“,33, large de épaisse de 0“,t3 offrant en maintes places des

restes de couleur rouge et portant grossièrement sculptée l’image d’une croix qui reposerait sur une espèce de socle.

Un bandeau de pierre de O”,! 2 de hauteur, encadré d’un rebord de 0",06 à 0“,07, faisant une saillie d’un centimètre environ, en forme le sommet. Ce bandeau se replie latéralement en manière de grecque aux angles émoussés, dont le cadre dessine de chaque côté de ce que l'on peut nommer la tête de la croix deux bras courts et trapus.

Ue la base du bandeau descendent en même temps quatre pendentifs en léger relief de forme conique allongée, qui se partagent à peu près également la largeur do la pierre sensiblement rétrécie à ce niveau (0"*,60) et toujours encadrée de la même façon que dans ses parties supérieures. Le monument se dilate de nouveau (l'“,08) un peu au-dessous des appendices que je viens de signaler pour former une large base, du milieu de laquelle s'élève une sorte de support dont l’extrémité s’insinue entre les deux pendentifs médians.

Si l’on fait abstraction de la base du monument et du support vertical qui la traverse, on retrouve sans trop de peine, dans ce bandeau replié et dans ses appendices, le symbole bien connu de la divinité la plus archaïque du panthéon mexicain. TIaloc, dieu de la pluie, de l'orage et de la montagne, est on otfet presque constamment symbolisé par ces deux emblèmes combinés. Les anciens habitants du massif du Popocatepetl, aussi bien

1) D. CliarnaV, /oc. cil., p. 3l0.

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